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Actualités - Opinion

La réconciliation sur le terrain peut-elle s’étendre au domaine politique ?

La détente plutôt que la gâchette : Baal Mohsen et Bab el-Tebbaneh mettent les armes de côté, cessent leurs accrochages et se donnent la main. Cette réconciliation va-t-elle s’étendre au domaine politique ? Va-t-on sortir sous peu du garde-meubles cette table ronde qui s’y trouve remisée depuis deux ans ? Ou doit-on penser que Tripoli est un cas tout à fait à part, sans lien avec la situation politique interne ? Un cas à retombées régionales potentielles. Pouvant rapidement faire tache d’huile, comme l’a souligné le ministre égyptien des Affaires étrangères lors de sa visite au Liban. Et qu’il a fallu traiter en urgence parce qu’il risquait, à la fin des fins, de provoquer ces clashes entre sunnites et chiites que l’Arabie saoudite et l’Iran redoutent et prohibent pareillement. Quoi qu’il en soit, Saad Hariri, lui-même très alarmé, a pris le taureau par les cornes. Mais non sans précaution : avant de se projeter au Nord, il a donné nombre d’iftars préparatoires et oratoires pour appeler les Nordistes à la réconciliation. Il redoutait que les affrontements ne s’étendent à d’autres régions et à d’autres franges du pays. Et il craignait que la persistance de la tension sur le terrain ne vienne apporter de l’eau au menaçant moulin de Bachar el-Assad. Qui avait, comme on sait, annoncé clairement la couleur en évoquant la gravité de la situation au Liban-Nord. En attaquant l’Arabie saoudite, sans toutefois la nommer. Et en critiquant l’autorité sécuritaire libanaise, laissant entendre qu’il risquerait lui-même d’intervenir si elle continuait à s’en abstenir. Donc de faire rentrer ses troupes au Liban. Cela devant le président français, l’émir du Qatar et le Premier ministre turc. Ses allusions, Assad les a étayées, selon des sources informées, de contrevérités. Il a ainsi prétendu que le président Sleiman, relancé pour envoyer des renforts au Nord, lui aurait répondu qu’il n’en dispose pas parce qu’il doit maintenir une forte présence de l’armée au Sud. Selon ces sources, il est évident que le président syrien a voulu prévenir qu’il saurait pallier, à sa manière, les carences sécuritaires d’un État libanais trop faible. Or, le gouvernement, appliquant les résolutions secrètes du Conseil supérieur de défense, a élaboré un plan de sécurité en règle. Et déployé au Nord 2 500 hommes de plus. Avec ordre de réprimer toute tentative des fauteurs de troubles de jeter de l’huile sur le feu. Cette réunion du Conseil de défense a eu lieu sous la direction du président Sleiman avant qu’il ne se rende à Damas. Ce fait parle par lui-même et fait ressortir l’invraisemblance, euphémisme poli, des propos d’Assad. Le Conseil des ministres devrait mettre les points sur les i. Tant pour le Nord que pour le Sud, ou pour commenter l’invitation qu’Assad lance au Liban pour intégrer les pourparlers avec Israël une fois qu’ils seront directs. Troubles tournants Un autre souci de Hariri : éviter que, sous un prétexte ou sous un autre, Tripoli, déjà déchirée de l’intérieur, ne subisse, comme Beyrouth le 7 mai, une invasion en règle. En effet, nombre de sources nordistes ont établi que des parties extérieures à la région tentent, par divers moyens, d’y attiser la discorde. Des loyalistes craignent que, le Nord étant calmé, des fractions déterminées ne cherchent à provoquer des troubles dans d’autres régions. Toujours pour montrer la faiblesse de l’État légal. Donc pour contrer sa riposte, et celle de la majorité, aux sorties d’Assad. Sur le plan politique, la manœuvre des prosyriens vise à saboter le projet de dialogue national. De fait, les entraves sont telles qu’un cadre du 14 Mars se dit convaincu qu’il n’y aura pas de table ronde avant l’an prochain. À son avis, les prosyriens, qui estiment avoir décroché la timbale via le tiers de blocage et les quotas à Doha, ne sont pas pressés d’engager le dialogue. D’autant moins, ajoute-t-il, que le Hezbollah cherche manifestement à éviter le débat sur la stratégie de défense, donc sur son armement. En inventant d’autres thèmes lourds à discuter d’abord, comme la restructuration de l’État ou l’élaboration d’un plan économique longue durée. Un cadre du 14 Mars se demande cependant où en sont vraiment, aujourd’hui, les relations entre le Hezbollah et Damas. Le parti, suppose-t-il, n’a sans doute pas beaucoup apprécié la demande faite à Sleiman par Assad d’intégrer le processus de négociations avec Israël. Car cela revient à dire que l’État libanais tourne le dos à la Résistance ; une Résistance déjà indisposée, dans son idéologie, par l’ouverture de la Syrie sur Israël et par son abandon du front de refus dont elle se disait la championne. Ce cadre note, à ce propos, la subtilité et la force de la réponse indirecte de Nasrallah au président syrien : le leader du Hezb a déclaré que le parti resterait en armes même après la récupération de Chebaa. Car la confrontation avec l’ennemi resterait ouverte. Retour à la réconciliation : le président Sleiman devrait s’efforcer de la promouvoir lors de l’iftar rassembleur élargi qu’il donne à Baabda. Il y a convié les pôles religieux et politiques de tous bords dans l’espoir de rompre la glace. Et d’améliorer le climat général pour faciliter la reprise du dialogue national. Un objectif qu’il poursuivra également durant sa prochaine tournée arabe. Philippe ABI-AKL
La détente plutôt que la gâchette : Baal Mohsen et Bab el-Tebbaneh mettent les armes de côté, cessent leurs accrochages et se donnent la main. Cette réconciliation va-t-elle s’étendre au domaine politique ? Va-t-on sortir sous peu du garde-meubles cette table ronde qui s’y trouve remisée depuis deux ans ? Ou doit-on penser que Tripoli est un cas tout à fait à part, sans lien avec la situation politique interne ? Un cas à retombées régionales potentielles. Pouvant rapidement faire tache d’huile, comme l’a souligné le ministre égyptien des Affaires étrangères lors de sa visite au Liban. Et qu’il a fallu traiter en urgence parce qu’il risquait, à la fin des fins, de provoquer ces clashes entre sunnites et chiites que l’Arabie saoudite et l’Iran redoutent et prohibent pareillement.
Quoi qu’il en soit,...