La classe politique locale, toutes tendances confondues, se focalise en cette fin de semaine sur les redoutables déclarations faites, au sujet du Liban, par le président Assad. Propos dont l’importance et l’effet de choc se trouvent démultipliés par le fait qu’ils ont été tenus devant le chef de l’État français, l’émir du Qatar et le Premier ministre turc.
Bien entendu, les réactions enregistrées à Beyrouth sont divergentes, et c’est le moins qu’on puisse dire. Mais c’est la majorité qui a le plus commenté les surprenantes sorties d’Assad. Partant d’abord du global, les loyalistes estiment qu’en soutenant avoir reçu du président Sleiman la promesse que le Liban participerait aux négociations avec Israël, quand elles deviendraient directes, Assad cherche à enfoncer encore plus ce pays dans les conflits régionaux, en tournant le dos à l’initiative de paix arabe lancée lors du sommet de Beyrouth en 2002 sur impulsion d’Abdallah d’Arabie saoudite, qui était alors prince héritier. Un document qui prenait en compte la constante officielle du Liban : être le dernier à signer la paix avec Israël. Et, en attendant, s’en tenir, comme le traité de Taëf le confirmait, à la convention d’armistice de 1949, signée à Rhodes.
Assad, au nom du slogan de communauté de sort bilatérale, veut donc entraîner le Liban dans son sillage, loin du plan arabe et de Taëf. Alors qu’à Beyrouth, même le président Hoss, personnalité connue pour n’être pas hostile à Damas, conseille aux Syriens de ne pas répéter l’erreur commise par Yasser Arafat qui avait décidé de s’engager en solo dans des pourparlers avec Israël, reniant toute solidarité arabe. Et larguant une ligne initiale fondée sur une négociation collective groupant les volets palestinien, syrien, égyptien et jordanien. Ce qui a donné les résultats que l’on sait : des paix séparées pour les Jordaniens et les Égyptiens, au grand profit d’Israël, et toujours pas d’État palestinien.
Manœuvre
Les loyalistes ajoutent qu’en citant le président Sleiman, Assad tente de creuser un fossé entre le régime libanais et la Résistance. Car, selon eux, le président Sleiman ne peut s’engager dans des négociations avec l’ennemi alors qu’il reconnaît la légitimité de la Résistance, et qu’il tient à en préserver la spécificité.
Pour les majoritaires, Assad commet une nouvelle série de flagrantes, d’effrontées, immixtions dans les affaires intérieures du Liban. Il veut dicter à ce pays ce qu’il doit faire au Sud, mais aussi au Nord, en traitant des affrontements qui se produisent dans cette région. Et en pointant du doigt les salafistes, tout en laissant entendre qu’ils sont à la solde de l’Arabie saoudite. Alors que, affirment les loyalistes, plus de cent officiers syriens opèrent sur le terrain à Baal Mohsen, pour provoquer des troubles. Les allusions à peine voilées d’Assad concernant Riyad ont forcé le président français et l’émir du Qatar à lui répondre, pour louer le rôle saoudien conciliateur, au Liban comme dans la région. Ils ont, de plus, indiqué que tout doit être fait pour tenir le Liban à l’écart des conflits régionaux.
De son côté, lors de sa visite à Beyrouth, le ministre égyptien des Affaires étrangères avait mis l’accent sur la gravité de la situation au Nord-Liban, soulignant que la discorde pourrait finir par déborder les frontières de ce pays. Il avait émis l’espoir qu’après le sommet syro-libanais, l’amélioration des relations bilatérales s’étendrait au reste du monde arabe et déboucherait sur une réconciliation syro-saoudienne.
Modus operandi
Les majoritaires posent ensuite une question pratique simple : si les Syriens pensent que Riyad manipule les salafistes, qu’ils disent donc comment les armes leur arrivent. Il n’y a, rappellent-ils, dans la région qu’un seul parcours terrestre possible, venant de Syrie. Et si c’est par voie maritime, il n’y a au Liban qu’une seule partie assez fortement armée pour fournir de l’arsenal.
Les cadres cités souhaitent que l’on revienne à l’équation de 1943 : le Liban est avec les Arabes quand ils s’entendent, et reste neutre quand ils se disputent. Baabda souhaite aujourd’hui que les Libanais aient assez de bons sens pour ne pas s’impliquer dans les tiraillements extérieurs et pour bien s’entendre entre eux. Pour ne pas provoquer de malentendus ou un surcroît de polémiques, le président Sleiman s’abstient de commenter le sommet quadripartite de Damas. Il préfère attendre d’éventuels résultats positifs pour le Liban. Il évite donc de réagir aux propos relatifs à des négociations avec Israël, quitte à confirmer avec le gouvernement, et en temps opportun, l’attachement du Liban à l’initiative arabe du sommet de Beyrouth.
Après Qatar, qui joue un rôle primordial dans les tentatives d’une réconciliation interarabe, le président Sleiman doit se rendre à New York, pour l’Assemblée générale de l’ONU et, le mois suivant, en Arabie saoudite, en prélude à une tournée arabe générale pour plaider la cause du Liban, solliciter des aides. Et demander le concours de tous pour que ce pays soit préservé des tensions et ne serve plus de lice aux conflits extérieurs.
Soulignons enfin que des sources autorisées jugent que le président Assad a commis une lourde erreur en évoquant le Liban comme il l’a fait, lors du sommet quadripartite. Ces sources autorisées soulignent que, par contre, le président français et l’émir du Qatar ont bien défendu, et soutenu, le Liban à cette même occasion.
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Bien entendu, les réactions enregistrées à Beyrouth sont divergentes, et c’est le moins qu’on puisse dire. Mais c’est la majorité qui a le plus commenté les surprenantes sorties d’Assad. Partant d’abord du global, les loyalistes estiment qu’en soutenant avoir reçu du président Sleiman la promesse que le Liban participerait aux négociations avec Israël, quand elles deviendraient directes, Assad cherche à enfoncer encore plus ce pays dans les...