La récente visite à Damas du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, ne rajoute strictement rien aux résultats du sommet Sleiman-Assad, le seul acquis tangible étant à cet égard l’établissement de relations diplomatiques libano-syriennes. C’est ce que confirment, à l’unisson et à Beyrouth, officiels et professionnels dûment informés.
D’où la question : est-ce que la France va accentuer son ouverture sur la Syrie sans attendre, ou est-ce qu’elle va procéder au pas par pas, en fonction des progrès du comportement syrien sur la scène libanaise. Prudence d’autant plus justifiée, en bonne logique, que le régime syrien pourrait être tenté d’exploiter l’empathie française non pas pour donner, mais pour prendre encore plus !
Soucieuse de l’indépendance du Liban, soucieuse donc de le voir échapper à l’immixtionnisme syrien, la France ne devrait pas tarder à être fixée sur l’attitude de Damas. En effet, si la présidentielle et la ministérielle sont maintenant derrière nous, il reste en aval les législatives de l’an prochain. Et, sous peu, les nominations relatives aux postes de première catégorie administratifs, diplomatiques, sécuritaires et militaires. En commençant par le pourvoi de la vacance au niveau du commandement de l’armée.
Sur le plan des désignations, il convient de le préciser, les canaux d’irrigation syriens ne sont plus à ciel ouvert, éhontés comme du temps de la tutelle. Mais subsistent, avec débit atténué, en sous-sol.
Via des relais, et l’on en vient à une autre demande française, assurés par des suppôts locaux bien placés. À ce propos, Paris souhaite, comme Baabda d’ailleurs, que le régime syrien se résigne à n’entretenir avec le Liban que des relations institutionnelles d’État à État. En d’autres termes, qu’il cesse de manipuler des parties locales déterminées pour mieux les dresser contre le pouvoir légal. Et, dans le même esprit, qu’il renonce à son système de chantages successifs diversifiés, exercés par le truchement de ses alliés, pour faire plier le Liban.
À Beyrouth, on espère qu’au cours de sa visite en Syrie dans les jours à venir, le président Sarkozy aurait la présence d’esprit de soumettre ses interlocuteurs à un test efficace d’aptitude et d’attitude. En les relançant avec insistance sur le dossier des prisonniers libanais détenus dans leurs geôles. Et en leur posant des questions précises, serrées, pour cerner leurs intentions sur le tracé des frontières, Chebaa en tête.
Scepticisme
On espère, mais on doute. Car le régime syrien s’est dérobé, face au pouvoir libanais, sur ces deux dossiers. Il prétend lier le problème des prisonniers au sort de tous les disparus de guerre syriens au Liban, ajoutant que les cas des condamnés en justice dans les deux pays doivent être étudiés par leurs ministères qualifiés respectifs.
Quant à Chebaa, le régime syrien refuse de contribuer à l’homologation de sa libanité par l’ONU, sous prétexte que l’enclave étant sous occupation israélienne, il n’est pas possible d’y procéder à un relevé topographique pour en délimiter les contours. Il fait ainsi le jeu d’Israël, qui, à son tour, refuse de livrer les hameaux à l’autorité de l’ONU, pour transmission ultérieure au Liban. En faisant valoir qu’on doit d’abord savoir ce qui appartient aux Libanais, et ce qui appartient aux Syriens. Être fixé sur les parcelles qui relèvent de la 242 relative au Golan et les lopins qui sont sous juridiction de la 425. La différence étant que la 242 n’ordonne pas, comme la 425, de retrait inconditionnel.
La collusion d’intérêts se vérifie par les transgressions israéliennes permanentes de la 1701, à travers des survols, ce qui autorise indirectement le Hezbollah à enfreindre cette résolution à son tour. En fait, pour ce qui est de Chebaa, le régime syrien se soucie moins de faire plaisir à Israël que de servir le Hezbollah, et de justifier le maintien de son arsenal. Voire de veiller à sa constante augmentation, par un intense trafic transfrontalier, au nom de la poursuite de la lutte pour la libération de Chebaa et des hauteurs de Kfarchouba.
Alors que l’armement en question n’est plus vraiment tourné vers cet objectif, après la 1701 et la pacification de la ligne bleue, mais vers l’intérieur, comme on l’a vu en mai. Et comme on risque de le revoir lors de la campagne des législatives. On retombe donc, tout étant lié, sur le point relatif aux formes que l’immixtionnisme syrien peut prendre par rapport aux affaires intérieures libanaises.
Les Français le savent et l’ont dit : des relations diplomatiques libano-syriennes, c’est bien, mais cela peut rester vide de sens positif, s’il n’y a pas de fait un respect réciproque, sous-entendu syrien, de l’indépendance et de la souveraineté de chacun des deux pays, sous-entendu du Liban. On attend donc d’eux qu’ils se souviennent de cet axiome, et en tiennent activement compte. Surtout quand entre en jeu l’humanitaire, si cher à Kouchner, avec les prisonniers libanais détenus en Syrie. Et, avec Chebaa, le régionalo-international, si cher à Sarkozy, inventeur de l’UPM.
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D’où la question : est-ce que la France va accentuer son ouverture sur la Syrie sans attendre, ou est-ce qu’elle va procéder au pas par pas, en fonction des progrès du comportement syrien sur la scène libanaise. Prudence d’autant plus justifiée, en bonne logique, que le régime syrien pourrait être tenté d’exploiter l’empathie française non pas pour donner, mais pour prendre encore plus !
Soucieuse de l’indépendance du Liban, soucieuse donc de...