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Les prosyriens veulent atermoyer jusqu’aux législatives Émile KHOURY

Le Hezbollah et ses alliés cherchent aujourd’hui, avec la bénédiction manifeste de la Syrie, à geler tout débat, et partant toute décision, jusqu’aux législatives. Leur manœuvre de retardement porte, principalement, sur la question de l’armement, sur les nominations, et sur le sort du Conseil supérieur syro-libanais, si cher à Damas. Ils misent, bien entendu, sur une nette victoire aux élections. Ce qui leur permettrait d’arracher leur part de pouvoir aux souverainistes, de l’accaparer tout entier, en remisant leur vieux slogan de la participation. Et donc de décider de tout à leur convenance, de n’en faire qu’à leur tête. On entend ainsi sayyed Hassan Nasrallah prédire que « toute tension mènerait au blocage tant du processus de dialogue que de l’action gouvernementale. On en arriverait de la sorte à quelques semaines des élections et, d’ici là, advienne que pourra ». Or des tensions, il n’en est aucune qui ne soit causée par les nouvelles exigences exorbitantes des prosyriens. Aussi bien pour ce qui est de la composition de la table ronde de dialogue que pour les prérogatives du vice-Premier ministre, que l’on veut renforcer, ou pour les prérogatives du président du Conseil, que l’on veut réduire. Sans compter que le Hezb propose de n’entamer le dialogue qu’après adoption de la loi électorale version 1960. Et qu’il prétend maintenant qu’avant de discuter de son armement, on doit s’entendre sur la restructuration de l’État, excusez du peu, ainsi que sur un plan socio-économique longue durée. Dès lors, nul ne s’attend à ce que la Syrie donne autre chose, dans les prochains mois, que l’échange d’ambassadeurs. Un geste juridiquement important, certes, mais politiquement insignifiant, du moins pour le moment. Car il ne modifie en rien les données, et le clivage, de base. Et n’altère en rien l’influence locale du régime syrien. Qui se retrouve fort aise du statu quo jusqu’aux législatives. Maintenant que ses fidèles du cru ont décroché, au sein du cabinet dit d’union, ce tiers de blocage qui leur permet de contrer toute résolution, politico-sécuritaire ou économique, ne convenant pas à leur parrain. Néant humain Les prisonniers libanais en Syrie vont donc, selon toute probabilité, continuer à pourrir dans leurs cachots. Aussi bien ceux qui ont fait l’objet de condamnations fermes que ceux qui une fois arrêtés restent en attente d’un procès, depuis des années et des années. Éludant les requêtes du président Sleiman au sujet de ce dossier, son homologue syrien lui a proposé d’en transmettre l’étude, forcément interminable, aux ministères de la Justice des deux pays. En bref, il est clair que le régime syrien ne veut rien céder, même sur le plan humanitaire. Cette quasi-certitude s’appuie sur les propos cyniques de Walid Moallem renvoyant les Libanais aux fosses communes des guerres de trente ans. En lisant le sort de ces détenus, bien réels et bien vivants, du moins on peut l’espérer pour la plupart, à l’identification de tous les morts, libanais et syriens confondus, ainsi qu’à la détermination du sort de tous les disparus. En oubliant l’adage, également commun, qui juge que lorsqu’on a une maison en verre, on ne lance pas de cailloux sur la demeure du voisin. Autrement dit, en oubliant que la plupart des évaporations, qui se comptent par milliers, ont eu lieu sous la tutelle syrienne, du temps sinistre des charniers et des salles de torture. Du temps de Anjar et de Ramlet el-Baïda. À part le pari sur les élections, le Hezbollah mise également sur l’évolution de la situation régionale et internationale. Sur des développements qui, si jamais un débat sur la stratégie de défense devait s’ouvrir effectivement, en modifieraient le tracé. Pour mieux autoriser le maintien de l’armement milicien. Contre-effet Sauf que ce genre de calculs est hasardeux, risqué. Car les développements en question peuvent aboutir à des bazars, entre décideurs étrangers, contraires aux vues du Hezb. On pense ainsi aux pourparlers de paix syro-israéliens. S’ils devaient progresser sensiblement, et à plus forte raison s’ils devaient aboutir à un accord rapproché, il est peu probable que la Syrie ne convienne pas que l’armement du Hezbollah ne se justifie plus. Sur l’autre versant du même raisonnement, mais avec le même effet pratique, une dégradation accentuée du tableau régional pourrait provoquer des confrontations militaires qui, a priori, ne seraient pas favorables au tandem syro-iranien et à son acolyte local. Il est dès lors compréhensible que le Hezb mette plutôt, et surtout, ses œufs dans le panier des élections. Il est pressé de voir la 1960 amendée, sans la batterie de réformes proposées par la commission Boutros. Le Hezb, épaulé par le CPL, mène donc campagne, à cette fin, pour une séance de plébiscite rapprochée. Mais il ne semble pas devoir réussir. Car la majorité réplique que les accords de Doha n’amputent pas le projet de loi électorale des retouches susmentionnées. En effet, le document final de la conférence précise, noir sur blanc, que « les dispositions réformatrices établies par la commission nationale dirigée par le ministre Fouad Boutros seront diligentées, sans faute, à l’Assemblée nationale pour étude et débat, conformément à la règle ». La règle constitutionnelle, bien entendu. D’ailleurs, la commission parlementaire de l’Administration et de la Justice, dirigée par Robert Ghanem, a déjà progressé dans l’étude du dossier, réformes en tête. Et, à l’exact opposé des vœux du Hezb, l’on s’attend plutôt maintenant à une adoption de la mouture révisée, actualisée, lors de la session extraordinaire qui s’ouvre place de l’Étoile. À noter, sur un plan arithmétique, qu’un match nul, une séance sans vote par suite d’un défaut de quorum provoqué par l’une ou l’autre partie, sonnerait en fait le glas des espérances des prosyriens. Soit qu’il n’y aurait pas d’élections, soit que l’on continue, comme en 2005, avec la 2000 qui, paradoxalement et pour inique qu’elle soit, favorise, par ses découpages, l’actuelle majorité.
Le Hezbollah et ses alliés cherchent aujourd’hui, avec la bénédiction manifeste de la Syrie, à geler tout débat, et partant toute décision, jusqu’aux législatives. Leur manœuvre de retardement porte, principalement, sur la question de l’armement, sur les nominations, et sur le sort du Conseil supérieur syro-libanais, si cher à Damas. Ils misent, bien entendu, sur une nette victoire aux élections. Ce qui leur permettrait d’arracher leur part de pouvoir aux souverainistes, de l’accaparer tout entier, en remisant leur vieux slogan de la participation. Et donc de décider de tout à leur convenance, de n’en faire qu’à leur tête.
On entend ainsi sayyed Hassan Nasrallah prédire que « toute tension mènerait au blocage tant du processus de dialogue que de l’action gouvernementale. On en arriverait de la sorte à...