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Actualités - Opinion

Une tempête dans un verre d’eau ? Non, plutôt la secousse d’une alarme sérieuse

Le moustique commun de nos étés moites fait tellement partie de la famille qu’il porte le nom, tout à fait officiel, de cousin. Un cousin qui pique. Hassan el-Chahhal, délégué d’une dizaine de groupuscules d’un salafisme lui-même nain, est bien placé pour savoir ce que c’est. L’encre du document d’entente qu’il venait de signer lundi avec le Hezb, représenté par Ibrahim Amin el-Sayyed, n’avait pas encore séché que son cousin, Daii el-Islam el-Chahhal, lui plantait un dard des plus venimeux pour le rappeler à l’ordre du droit d’aînesse d’abord, car c’est ce Daii qui a fondé le mouvement au Liban, et ensuite, à l’ordre moral, entendre à l’intégrisme sunnite intraitable, et intraitant, que défendent désormais, au Yémen et ailleurs, des chevaliers de la régression organisés comme les Templiers ou les Teutoniques. Petites causes grands effets, et petits causeurs, grands effets de manches. Ce qui est étonnant, dans cette affaire de famille, c’est le fracas de bombe sonore qu’elle produit. Le landernau local en est tout secoué. L’agitation est certes la plus vive au sein de la communauté sunnite, concernée, voire déchirée, au premier chef par la controverse. Mais les ondes de choc se répercutent également, à un moindre degré, sur le clivage traditionnel 14-8 Mars, pour en alimenter la querelle d’un thème nouveau. Retour à cheikh Chahhal senior. Il fulmine, en fait, bien plus contre le Hezbollah que contre les salafistes égarés qui, selon lui, auraient été dupés par le parti chiite. Trompés, assure-t-il, aux fins d’affaiblir les leaderships sunnites authentiques pour mieux faire passer la pilule de l’agression de mai contre Beyrouth. Et, en même temps, pour faire progresser, sur l’échelle des rapports de force locaux, l’avance d’un Hezb armé jusqu’aux dents. Un Hezb qui, comme Horace avec les Curiace, s’efforce d’isoler ses cibles, de les prendre une par une, pour les abattre plus facilement. Subtilement modeste, le cheikh cité ajoute qu’en choisissant dans la communauté sunnite des interlocuteurs salafistes de dimension forcément réduite, le Hezb veut insidieusement montrer combien les déséquilibres pèsent en sa faveur pour décourager, ou miner, toute velléité de résistance à ses projets de domination. Dans la majorité, on s’interroge sur les arrière-pensées du Hezb. Pourquoi, se demande-t-on, va-t-il maintenant au Nord, qu’y trouve-t-il à faire, lui que le Sud habite si pleinement ? Pourquoi se rabat-il sur un courant sunnite mineur en ignorant les vrais acteurs, les premiers rôles, de cette communauté ? Autrement dit, pourquoi conclut-il une entente qui ne va nulle part, qui ne peut rien donner en pratique, alors qu’il aurait dû chercher à dialoguer avec des leaderships confirmés, s’il voulait vraiment la paix ? Doutes Les loyalistes mettent donc en cause les intentions réelles du Hezbollah. En rappelant qu’avant, et surtout après le 7 mai, Hassan Nasrallah a méprisé la main tendue par Saad Hariri et refusé de le rencontrer. Même chose pour Joumblatt qui a adopté, lui aussi, une ligne d’ouverture que le Hezb et les prosyriens ignorent délibérément. Tout comme le parti a refusé de s’amender pour ce qu’il a fait et défait à Beyrouth, en s’abstenant même de rendre des visites de courtoisie et d’excuses aux pôles religieux de la communauté sunnite, afin de commencer à apaiser les tensions. Allant plus loin dans la suspicion, les majoritaires estiment qu’en signant un document d’entente avec les salafistes après les affrontements et les attentats de Tripoli, le Hezb se désigne lui-même comme partie prenante active dans ces troubles sanglants. Tout comme Chareh et Moallem avaient eux-mêmes désigné Damas comme suspect dans l’affaire de l’assassinat du président Hariri, en exigeant que le tribunal international se base autant sur la loi syrienne que sur le code pénal libanais. Les loyalistes relèvent ensuite que le Hezb fait, une fois de plus, un pied de nez à l’État comme à la loi en multipliant les traités parallèles, confirmant qu’il se pose en État dans l’État pour usurper, entre autres, la prérogative de protéger la sécurité du citoyen libanais qui appartient exclusivement à l’État de droit. Ou qu’il tend à favoriser une sorte de système de confédération tacite en cosignant un document qui prohibe de verser le sang musulman. Comme si c’était à lui de prohiber, ou de permettre, quoi que cela soit, et non à la loi de la République. Et comme si, par défaut, verser le sang de Libanais non musulmans est autorisé à ses yeux. Par ricochet, les loyalistes s’inquiètent beaucoup des blancs laissés dans l’organigramme du dispositif sécuritaire national, des nombreux postes de commandement encore vacants. Ils soulignent qu’il faut les remplir au plus vite, car tout donne à penser que certaines parties misent toujours sur la déstabilisation sécuritaire du Liban, en provoquant des troubles çà et là. En fait, le Conseil des ministres devrait cette semaine même procéder aux nominations attendues. Le pays, disent-ils, suit avec attention les efforts du président Sleiman pour le doter d’une meilleure ceinture de sécurité et de stabilité. Les prosyriens (pas tous, cette fois, pas nombre de cadres sunnites en tout cas) répondent que la pratique des traités bilatéraux, ou même multilatéraux, est une bonne chose pour la stabilité intérieure, politique et sécuritaire. Ils soulignent les effets largement bénéfiques, selon eux, du traité initial entre le Hezb et les aounistes. Pour affirmer qu’en définitive ce document a prévenu nombre de risques et permis Doha ainsi que la table ronde de dialogue. Philippe ABI-AKL
Le moustique commun de nos étés moites fait tellement partie de la famille qu’il porte le nom, tout à fait officiel, de cousin. Un cousin qui pique. Hassan el-Chahhal, délégué d’une dizaine de groupuscules d’un salafisme lui-même nain, est bien placé pour savoir ce que c’est. L’encre du document d’entente qu’il venait de signer lundi avec le Hezb, représenté par Ibrahim Amin el-Sayyed, n’avait pas encore séché que son cousin, Daii el-Islam el-Chahhal, lui plantait un dard des plus venimeux pour le rappeler à l’ordre du droit d’aînesse d’abord, car c’est ce Daii qui a fondé le mouvement au Liban, et ensuite, à l’ordre moral, entendre à l’intégrisme sunnite intraitable, et intraitant, que défendent désormais, au Yémen et ailleurs, des chevaliers de la régression organisés comme les...