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Actualités - Opinion

Un rêve récurrent : la réconciliation nationale au bout du dialogue Émile KHOURY

Tout le long de leur histoire contemporaine, si agitée, les Libanais ont dialogué pour des sorties provisoires de crise. Sans jamais se réconcilier vraiment pour de bon, pour toujours. Mais tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie, et inversement. Aujourd’hui, une nouvelle chance leur est donnée de transformer l’essai de Doha en union véritable. La table ronde que le président Sleiman doit animer après son retour de Damas prend valeur, au-delà de la nécessité de régler le lourd contentieux en suspens, de porte idéale donnant sur une entente pérenne. Pour laquelle il suffit de s’accorder autant sur des dénominateurs communs minimaux, estampillés constantes nationales, que sur des mécanismes d’échanges et de communication. On notera que l’Église peut encore jouer un rôle pilote en stimulant un processus d’entente entre les pôles chrétiens antagonistes. En vue d’étendre ensuite le processus de rabibochage à l’ensemble des communautés nationales. Mais le bât blesse d’avance, et déjà, au niveau du premier principe, qui est en même temps un principe premier, la notion d’État. D’État nation ? Pas tellement, car c’est un postulat inscrit dans un pacte de coexistence dont personne ne renie les fondements, même si certains réclament d’importantes retouches. Mais d’État souverain, détenteur d’une autorité tout aussi souveraine, d’une libre décision plénière, ni négociable ni contestable. Décision de guerre ou de paix ou décision de plan économique, tout va ensemble. Un État indépendant, maître unique du territoire en son intégralité, comme de l’univers des perspectives libanaises. Un État de droit, de justice, de sécurité, de stabilité, seul armé. Étant entendu qu’en démocratie, surtout dite consensuelle, la quiétude ne peut être assurée par le fusil sans volonté politique nationale unifiée. Sans entente, sans cohésion interne cimentée par le sens du bien commun. Sans éradication d’un phénomène sournois, permanent, de cinquièmes colonnes manipulées de l’extérieur. Téléguidées pour que ce malheureux pays continue de servir d’essuie-pieds, de bouc émissaire, de lice commode d’affrontements étrangers par Libanais interposés. Priorité Il est bon d’œuvrer à l’assainissement des relations avec la Syrie. Mais il est encore meilleur, il est même vital de réguler, de normaliser les rapports entre Libanais. En les rendant linéaires, partant d’un premier point, le pacte national de Taëf, pour aboutir à un État qui, pour être rassembleur, doit être nécessairement fort, capable. C’est-à-dire suzerain, chaque groupe se plaçant sous son ombrelle protectrice sans plus le défier. Il ne faut pas charger de trop de sens la mise en place d’un cabinet d’union nationale. C’est là, certes, un label trompeur sur le fond. Car le gouvernement ne rassemble, en définitive, que les contradictions du pays politique, mélange qui peut être explosif. À moins, et c’est là l’intérêt de la démarche, qu’on ne cherche à montrer de la sorte qu’on a bien identifié le but à poursuivre et qu’on veut avancer sur cette voie. Si c’est bien le cas, et on l’espère, les membres du cabinet devront sortir de leurs tranchées respectives, éviter de s’affronter sur tout et sur rien, et coopérer au mieux. En attendant que la table ronde de dialogue produise l’union nationale véritable. Pour justifier le nom de baptême du bébé. Pour le moment, comme le débat de confiance houleux (doux euphémisme en réalité) l’a montré, le climat reste à la confrontation politique entre mobilisés à fond du 14 et du 8 Mars. Les voix du modérantisme, que le néocentre présidentiel prône, ne se sont fait entendre que… modérément. Les prises de bec enflammées, surexcitées, les insultes à gogo ne sont pas seulement répréhensibles en termes de savoir-vivre, mais aussi très inquiétantes. Dans ce sens que lorsqu’on a vraiment l’intention de dialoguer, de s’ouvrir à l’autre pour s’entendre, on adopte un ton, une approche mesurés, sinon avenants. C’est la moindre des choses, et quand la moindre des choses n’y est pas, on peut se demander où tout ce petit monde-là veut aller. On le verra à Baabda, autour de la table ronde. Si les participants décidaient de commencer par s’expliquer franchement pour rétablir sinon la confiance perdue, du moins un climat tolérable, ce serait bon signe. Et s’ils entreprennent d’aborder de suite, bille en tête, les sujets qui fâchent, comme l’armement, alors advienne que pourra.
Tout le long de leur histoire contemporaine, si agitée, les Libanais ont dialogué pour des sorties provisoires de crise. Sans jamais se réconcilier vraiment pour de bon, pour toujours. Mais tant qu’il y a de l’espoir, il y a de la vie, et inversement. Aujourd’hui, une nouvelle chance leur est donnée de transformer l’essai de Doha en union véritable. La table ronde que le président Sleiman doit animer après son retour de Damas prend valeur, au-delà de la nécessité de régler le lourd contentieux en suspens, de porte idéale donnant sur une entente pérenne. Pour laquelle il suffit de s’accorder autant sur des dénominateurs communs minimaux, estampillés constantes nationales, que sur des mécanismes d’échanges et de communication.
On notera que l’Église peut encore jouer un rôle pilote en stimulant un...