Sous les feux de la rampe du Festival de Beiteddine, dans la cour intérieure du Palais des Eaux, deux jeunes talents libanais, Nassib Ahmadieh et Matteo, deux nouveaux espoirs pour reprendre une terminologie très « victoires de la musique »…
Si le premier est encore peu familier des scènes beyrouthines, tout en ayant volé la vedette devant des centaines de milliers de spectateurs, tard dans la nuit de lundi soir sur Arte, avec le film de Paul Smaczny dédié à la « Mémoire d’Édouard Saïd », impénitent amoureux de la musique, passion qu’il partageait avec le dynamique et entreprenant Daniel Barenboïm, le second par contre s’est déjà manifesté plus d’une fois sous les spots des scènes de la capitale libanaise.
En première partie de ce programme bicéphale, place au jeune Nassib Ahmadieh, brillant violoncelliste diplômé du Conservatoire national supérieur de musique de Beyrouth avec une touche remarquable de l’archet grâce à un séjour en Allemagne avec les plus éminents maîtres d’un instrument aux sonorités les plus sensuelles…
Au menu, riche et varié, attestant d’une fine culture musicale et d’une sensibilité à fleur de peau, des pages tous azimuts allant de Beethoven à Piazzolla, en passant par Debussy, de Falla, Ravel et Albenitz.
Le récital débute avec une vibrante sonate pour violoncelle et piano en c majeur op 102 n1 du maître de Bonn. Pour l’accompagner au clavier, Johanna Zmeck. Narration toute en teintes contrastées allant des épanchements en tons à la fois sombres et lumineux aux rêveries les plus diaphanes, les plus impalpables…
Esprit et scintillements français pour un langage musical unique avec une autre sonate pour piano et violoncelle de Debussy, comme jaillie d’une forêt tourmentée et ténébreuse où Pelléas et Mélisande se frayent un chemin de traverse à travers des sous-bois denses et ombrageux, où entre pizzicati et accords jazzy, la musique a curieusement des accents du pays de Cervantes…
Suite naturelle des notes avec les rythmes et la vivacité ibériques en transcription pour violoncelle avec la Danse espagnole tirée de la Vida Breve de Falla, le maître sorcier non seulement du feu, mais des notes et des mélodies envoûtantes... Ravel séduit l’auditoire avec une habanera sensuelle et langueurs mélancoliques, suivie comme eau de source se confondant avec des flots d’une même fraîcheur, d’une Malaguena au lyrisme flamenco ensoleillé, toute en trémolos d’un Albeniz clamant haut et fort ses racines catalanes…
Pour conclure, lumière, embruns, sensualité et un soupçon d’accords et de mélodies visant, avec quelques pointes de spleen, la théâtralité d’un Grand tango où maître Piazzolla ouvre tout en faisant un léger clin d’œil au bal musette et coupe le ruban des danses de salon, se confie sur un ton à la fois sensuel et feutré…
Entre-temps, l’archet de Nassib Ahmadieh, malgré la fraîcheur d’une forte humidité gondolant notes pincées et cordes, a diffusé en toute jubilation, générosité et talent l’essence d’une magie particulière où le violoncelle a des éloquences torrides et convaincantes… Une belle prestation, malgré le miaulement des notes déparées par la fraîcheur de la nuit, pour un jeune homme d’une grande modestie et d’une désarmante simplicité.
Officiant avec une voix remarquablement haut perchée, en toute ambiguïté, théâtralité et un sens aigu du spectaculaire, le jeune contre ténor Matteo, accompagné de l’Orchestre libanais dirigé par Michel Khaïrallah, retrouve un public à qui il sert un programme où la plupart des airs choisis ont déjà été chantés. Constat déjà formulé au concert antécédent (article de L’Orient-Le Jour daté du 24 avril 2008) où le contre ténor tombe dans le déjà entendu…
Un répertoire donc presque totalement réchauffé qui donne l’impression d’un fond de gosier et d’un talent qui a de la difficulté à se ressourcer, à se renouveler…
De l’Ave Maria de Caccini à ce sempiternel cheval de bataille The Cold Song de Purcell en passant par l’aria de Rinaldo de Haendel, la Habanera de Carmen ou le Voi che sapete des Noces de Figaro de Mozart, tous ces duplicata des airs donnés en bis à des concerts antécédents ne sont guère à l’avantage du jeune artiste qui montre une indigence de menu qui a intérêt à se pourvoir d’armes, de séductions vocales et de scènes, plus substantielles, régénérées et inédites…
Edgar DAVIDIAN
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Si le premier est encore peu familier des scènes beyrouthines, tout en ayant volé la vedette devant des centaines de milliers de spectateurs, tard dans la nuit de lundi soir sur Arte, avec le film de Paul Smaczny dédié à la « Mémoire d’Édouard Saïd », impénitent amoureux de la musique, passion qu’il partageait avec le dynamique et entreprenant Daniel Barenboïm, le second par contre s’est déjà manifesté plus d’une fois sous les spots des scènes de la capitale libanaise.
En première partie de ce programme bicéphale, place au jeune Nassib Ahmadieh, brillant...