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Actualités - Opinion

Un amalgame redoutable : l’armement du Hezbollah et le dossier de l’implantation Émile KHOURY

Le général Michel Aoun lie l’armement du Hezbollah au droit de retour des réfugiés palestiniens. On ne voit pas bien le rapport. Aussi, des professionnels, espérant obtenir quelques éclaircissements, posent cette question de base : et si l’implantation se confirmait comme un fait accompli irréversible ? Que ferait-on alors avec les Palestiniens ? Tenterait-on de les chasser de force, au prix d’une guerre dont personne ne peut prédire les conséquences et les résultats ? A-t-on oublié la guerre libano-palestinienne dite des deux ans, qui a été à l’origine de tant d’autres conflits dévastateurs ? De tant d’invasions, de tant d’occupations et de tant d’oppressions subies depuis lors par ce pays, qui a failli partir en fumée, et qui, sous la soi-disant tutelle syrienne, avait pour ainsi dire perdu son âme, sa liberté, sa souveraineté, son indépendance ? On ne peut sérieusement envisager de régler par les armes le problème des réfugiés palestiniens. Ni attendre du Hezbollah qu’il entre en guerre contre eux, comme l’avaient fait jadis les Forces libanaises. Avec pour résultat un visa d’entrée délivré aux forces syriennes pour faire main basse sur le Liban. Les cadres cités relèvent que le seul moyen d’empêcher l’implantation c’est d’aider à la création effective d’un État palestinien pour accueillir les réfugiés qui voudraient, ou pourraient, regagner la terre d’origine, leur nombre potentiel étant, logiquement, assez réduit. D’une part, parce que les Israéliens ne veulent absolument pas voir des millions affluer dans leur proximité. Et, d’autre part, parce que les capacités d’absorption de leur État, déjà surgonflé sur le plan démographique, seraient trop limitées. Mais la création d’un État palestinien permettrait de normaliser, légaliser, la situation des masses qui resteraient au-dehors, les États-hôtes les classant alors comme des ressortissants étrangers ordinaires, avec des passeports leur permettant de voyager librement, de s’installer là où ils veulent sans plus craindre leur implantation et leur naturalisation. Programme Il a été question, dans le temps, d’un plan de répartition de réfugiés palestiniens entre pays arabes et occidentaux, avec un quota de quelque 150 000 pour le Liban, dont ceux qui, ayant épousé des Libanaises, ont pu obtenir la nationalité. Beyrouth s’était opposé au projet qui prévoyait d’indemniser ceux qui resteraient dans les pays d’accueil en soulignant qu’il fallait, au contraire, proposer des subsides à quiconque manifesterait la volonté de retourner en Palestine, pour encourager le mouvement de retour et contrer l’implantation. Malgré le slogan national du droit de retour, des dirigeants palestiniens ont régulièrement pressé, dans les coulisses, les pays-hôtes à naturaliser les réfugiés, donc à les implanter parce qu’ils savaient que ce droit de retour n’était qu’un rêve irréalisable. À Beyrouth, on s’en tient à la répétition des proclamations en l’air de tous les sommets arabes. La récente déclaration ministérielle affirme l’attachement du Liban aux décisions de l’ONU concernant les droits des Palestiniens, dont la résolution 194 consacrant le droit de retour. Le gouvernement redit le rejet de l’implantation et promet la réalisation d’un plan diplomatique à cet effet. Il conclut en affirmant que le non-retour serait, le cas échéant, imputable à la communauté internationale. Faut-il rappeler que l’alinéa i du prologue de notre Constitution elle-même édicte que « le départage de la population sur base de n’importe quelle appartenance que ce soit est prohibé ; de même que le morcellement, la partition et l’implantation ». Il reste qu’un plan diplomatique pour lutter contre la menace de l’implantation implique forcément un effort commun avec les Palestiniens et l’ensemble des Arabes. Pour la création d’un État palestinien, d’abord, pour mieux répartir les réfugiés ensuite, en fonction des capacités des pays-hôtes, actuels ou potentiels. Car il ne faut pas se faire d’illusions : dans le meilleur des cas, si retour il y a, il serait insignifiant et l’implantation deviendrait une réalité définitive. On devra donc s’employer à l’alléger autant que possible, en permettant aux réfugiés d’aller, par exemple, s’installer en plus grand nombre dans le Golfe ou d’émigrer dans des continents comme le Canada et l’Océanie. Histoires et citations Dès le 30 décembre 1976, Abdel-Halim Khaddam, alors ministre syrien des AE, déclarait devant les pôles musulmans réunis à Aramoun : « Il n’y a aucune solution pour faire partir les Palestiniens du Liban, même si Israël devait accepter la création d’un État palestinien. » En 1977, comme le signale dans un ouvrage le journaliste-écrivain Hikmat Abi Zeid, le ministre des AE, Fouad Boutros, relevait, à New York, que les USA sont déterminés à implanter les Palestiniens au Liban. Le président Élias Sarkis proclamait son refus de ce projet. Et comme des diplomates étrangers s’étonnaient qu’il l’évoquât alors que personne n’en parlait, il leur avait répondu : « Ils travaillent assidûment à l’implantation. Ils m’ont proposé quatre milliards de dollars pour la reconstruction du Liban si j’accepte leur plan. » Bien plus tard, en 1992, lors d’un entretien avec le sous-secrétaire d’État US, Lawrence Eagleburger, Boutros insistait sur les dangers et les conséquences néfastes de l’implantation. Pour s’entendre répondre : « Mais où pourraient-ils aller ? ». En 1980, le président Rachid Karamé déclarait : « Nous sommes tous contre l’implantation et prêts à lui résister. Mais nous devons réaliser qu’Israël et ceux qui sont derrière lui veulent et agissent pour qu’elle se fasse au Liban. » En 2003, l’ancien ministre Ghassan Salamé observait que « la plupart des nations ne comprennent pas que le Liban puisse rejeter l’implantation. Les Israéliens sont unanimes à refuser le retour aux frontières de 1948. La création d’un État palestinien octroyant une nationalité aux Palestiniens de la diaspora semble être la seule solution objective au problème des réfugiés ». En mai dernier, l’ambassadeur Khalil Mekkaoui avançait devant un congrès anti-implantation que « les Libanais commettraient une faute historique en exploitant le vocable d’implantation à des fins de polémique politique étriquée. Et en s’en servant comme d’un instrument d’intimidation à des fins démagogiques et à travers la mobilisation de bandes sectaires ou partisanes. Le respect des droits du peuple palestinien, consacré dans la résolution 3089, n’est pas négociable, notamment son droit à l’autodétermination. » Il appelait enfin à la formation d’un lobby libano-arabo-international en faveur du droit de retour. L’ambassadeur Abdallah Bouhabib plaidait, pour sa part, en faveur d’une réhabilitation humanitaire des camps, de leur dépollution côté criminalité et terrorisme. En tout cas, le problème ne se résout pas avec les armes, et surtout pas avec l’armement du Hezbollah. Et il ne convient pas de l’évoquer pour apporter un argument supplémentaire à la défense du maintien des armes de ce parti.
Le général Michel Aoun lie l’armement du Hezbollah au droit de retour des réfugiés palestiniens. On ne voit pas bien le rapport. Aussi, des professionnels, espérant obtenir quelques éclaircissements, posent cette question de base : et si l’implantation se confirmait comme un fait accompli irréversible ? Que ferait-on alors avec les Palestiniens ? Tenterait-on de les chasser de force, au prix d’une guerre dont personne ne peut prédire les conséquences et les résultats ? A-t-on oublié la guerre libano-palestinienne dite des deux ans, qui a été à l’origine de tant d’autres conflits dévastateurs ? De tant d’invasions, de tant d’occupations et de tant d’oppressions subies depuis lors par ce pays, qui a failli partir en fumée, et qui, sous la soi-disant tutelle syrienne, avait pour ainsi dire perdu son...