En intervenant la première et de manière spectaculaire le 9 août 2007 pour secourir un système bancaire au bord de l’asphyxie, la jeune Banque centrale européenne a assis sa crédibilité internationale.
Ce jour-là, la BCE décide de prêter très rapidement près de 95 milliards d’euros aux banques installées dans la zone euro, soit plus qu’après le 11 septembre 2001. Son homologue américaine, la Fed, l’imitera aussitôt, mais de manière moins radicale.
Au total, en une semaine, la BCE aura mis environ 200 milliards à la disposition de banques en manque de liquidités à court terme, rendues très nerveuses avec l’éclatement de la crise du « subprime », les crédits hypothécaires à risque venus des États-Unis.
Une fierté pour une institution d’à peine dix ans à l’époque, alors que la Fed a été créée en 1913. Son président, le Français Jean-Claude Trichet, n’a d’ailleurs pas manqué de se féliciter à plusieurs reprises du bon fonctionnement du système de vigilance de la BCE.
Sa rapidité « est liée au mode opératoire des différentes banques centrales », expliquent des sources bancaires à Francfort.
Selon elles, quand la Fed américaine intervient presque quotidiennement sur les marchés, avec une plus grande volatilité du taux de l’argent au jour le jour, la BCE peut se contenter d’actions plus espacées. « Le matelas obligatoire de réserves que les banques doivent constituer auprès de la BCE étant très important, il réduit le besoin d’interventions », rappelle un spécialiste du secteur. Le taux au jour le jour reste donc plus stable.
Conséquence, dès que ce taux se tend le 9 août 2007 sur les écrans de la BCE à Francfort (ouest de l’Allemagne), l’équipe chargée de surveiller les marchés est en alerte. « L’anomalie ressort plus nettement à la BCE qu’à la Fed ; le signal était fort », rapporte une source bancaire.
L’institution monétaire décide donc d’agir tout de suite : elle dispose déjà d’une marche à suivre en cas de crise, avec des outils suffisamment souples qu’elle a expérimentés après le 11 septembre 2001. « Du point de vue technique, cela a été un bon précédent », estime cette source.
Depuis sa création, la BCE dispose d’un dispositif technique souple pour pouvoir faire des opérations sur les marchés avec des volumes importants.
L’institution peut notamment faire des « opérations d’open market » qui consistent à apporter ou à retirer des liquidités sur le marché interbancaire, très variées. Exemple : contrairement à la Fed, la BCE disposait déjà de prêts à trois mois, qui se sont multipliés depuis la crise.
Elle avait aussi une liste de contreparties – garanties obligatoires pour participer à un « refi » – de 300 à 500 banques, quand son homologue américaine ne traite qu’avec 20 gros établissements. La BCE, enfin, accepte une gamme de collatéraux, recevables en échange de prêts, bien plus large que la Fed ou la Banque d’Angleterre : ils incluent même les actifs titrisés (ABS) violemment touchés par la crise.
Au total, la BCE, qui prête des liquidités à des conditions plus ou moins favorables, n’a pas accordé plus d’argent aux banques depuis le début de la crise : elle l’a simplement distribué différemment et de façon plus flexible.
« Le succès de la BCE a été sa jeunesse. Ses statuts sont mieux adaptés », explique Sylvain Broyer, économiste de Natixis, dans un entretien. « La BCE a pu mettre des instruments en place en profitant de l’expérience d’autres banques centrales », précise Michael Schubert, de Commerzbank.
Il n’empêche, un an après l’intervention spectaculaire de la BCE, les tensions sont toujours vives sur les marchés. Signe que la marge de manœuvre des banques centrales reste limitée en cas de crise financière.
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Ce jour-là, la BCE décide de prêter très rapidement près de 95 milliards d’euros aux banques installées dans la zone euro, soit plus qu’après le 11 septembre 2001. Son homologue américaine, la Fed, l’imitera aussitôt, mais de manière moins radicale.
Au total, en une semaine, la BCE aura mis environ 200 milliards à la disposition de banques en manque de liquidités à court terme, rendues très nerveuses avec l’éclatement de la crise du « subprime », les crédits hypothécaires à risque venus des États-Unis.
Une fierté pour une institution d’à peine dix ans à l’époque, alors que la Fed a été...