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Actualités - Opinion

L’arsenal et l’appétit du Hezbollah font trembler le Liban politique

Le fusil qui parle. Et qui est même très loquace. Quoi de plus éloquent, de plus clair, de plus net, de plus précis que le langage musclé du Hezbollah. Un discours, mieux que menaçant, décisionnaire. Au point que l’on se surprend à sourire de la naïveté qu’il y a eu à perdre du temps sur la déclaration ministérielle. Quoi qu’en dise le texte, le parti n’en fera qu’à sa tête en faisant donner corps à ce qu’il veut et en torpillant ce qui ne lui convient pas. Par tous les moyens, en commençant au besoin par les armes, pour faire court et pour soumettre l’État à sa volonté, en attendant de se l’approprier. Sinon en totalité, du moins en légataire principal d’un indivis avec les intrus traditionnels que l’on sait, et leurs bons amis du cru. Des députés loyalistes rappellent qu’au lendemain de la guerre de juillet 2006, alors que le Hezb criait à la victoire divine pour avoir pu éviter l’élimination, Assad n’avait pas hésité à déclarer que le pouvoir devait revenir, au Liban, à ce vainqueur. En base de l’équation, sans doute héritée du passé éliminateur de son propre père, qui veut que celui qui l’emporte sur le terrain ait le droit de régner. Un point de vue militarisé, quasi dictatorial, approuvé de suite alors par le général Michel Aoun en sa qualité d’allié indéfectible du triomphateur. Torpillage Les circonstances régionales et internationales ne lui permettant pas de renverser la table, et le pouvoir, le Hezb a donc entrepris de le paralyser. En retirant ses ministres du gouvernement, en lançant le sit-in des tentes, en multipliant les provocations et les troubles de rue, en organisant des manifestations et des grèves, en poussant Berry à fermer le Parlement. Puis en bloquant la présidentielle pendant six mois. Toujours sous la menace de son armement qu’il a d’ailleurs fini par utiliser en mai pour envahir Beyrouth-Ouest et attaquer la Montagne. Pendant tout ce temps, le président Siniora et la majorité ont su tenir bon. En résistant, malgré leur bon droit, à la tentation de faire remplacer les ministres démissionnaires, pour ne pas inciter le Hezb à une rébellion armée qui aurait fait sauter le pays. Et en faisant d’importantes concessions apparentes, qui étaient en réalité autant de pièges qu’en face on ne pouvait éviter. Comme de présenter la candidature du général Sleiman, en retirant de la course les candidats du 14 Mars. Comme de consentir, à Doha, à la loi électorale de 1960. Ou comme d’octroyer aux prosyriens le fameux tiers de blocage. En se contentant, qui plus est, d’un portefeuille régalien contre deux au président. La Syrie y a trouvé matière à crier de nouveau victoire. En affirmant avoir elle-même inspiré, sinon fabriqué, l’accord de Doha, en faveur de ses fidèles du Liban. Là où elle a manifestement raison, c’est dans le fait que cet accord s’est trouvé tout de suite, à son profit, aussi tronqué et dévié que Taëf. Par exemple, en ce qui se rapporte à ses clauses ordonnant que seule règne l’autorité sécuritaire de l’État, sans recours aux armes nulle part sur le territoire, par qui que cela soit. La réponse ne s’est pas fait attendre : des agressions aux missiles contre des bastions loyalistes dans la Békaa, notamment à Taalabaya, à deux pas de la frontière syrienne. Succession Mais, à moins d’un improbable retournement total de la situation extérieure, il est exclu que Damas puisse rétablir sa tutelle directe sur le Liban. C’est donc le volet purement intérieur, articulé sur la volonté de domination du Hezbollah, qui marque l’actualité. L’épée de Damoclès de l’armement a servi pour imprimer, au bout de trois semaines, un sens déterminé à la déclaration ministérielle, au programme du gouvernement. Le Hezbollah a exigé que l’on évoque, en bien et en soutien naturellement, la résistance qu’il prétend incarner. Donc son droit, tout aussi prétendu, de décider seul de la guerre, comme il l’a fait en juillet 2006, quand les bombardements de l’aviation, de l’artillerie terrestre, des chars et de la marine d’Israël se sont acharnés sur l’infrastructure nationale, les ponts, les chaussées, les centrales électriques, bien plus que sur les positions du Hezb, volatiles par définition de guérilla. Encore une fois, mention spéciale pour Rabieh. C’est là que des responsables du Hezb, en visite, ont lancé des accusations de trahison contre tous ceux qui s’opposent à l’armement du parti, dirigé vers l’intérieur. Pour ajouter qu’il n’y a pas de Liban sans la résistance, et pas de déclaration ministérielle. Prenant les devants, leur hôte avait déclaré que « l’arsenal du Hezbollah est un armement de résistance dont le Liban ne peut se départir avant que ne soient réglés tous les problèmes relatifs à Israël, dont celui du retour des réfugiés palestiniens et du rejet de l’implantation ». Faisant fi de ses anciens principes, du temps de sa propre résistance à certain autre occupant, il consacre ainsi la pérennité de fait d’un armement irrégulier, au mépris de l’État souverain, libre, indépendant. Il lie en effet le désarmement à un règlement global irréalisable avant de longues années, voire des décennies. En foulant aux pieds le droit élémentaire du Liban de dissocier sa propre cause du conflit israélo-arabe, question palestinienne en tête. Leçon d’histoire Un droit tout à fait vital que le regretté président Élias Sarkis défendait à cor et à cri devant le monde entier, bien qu’il eût eu les pieds et les poings liés. Ainsi, la note libanaise à la conférence de paix de Madrid précisait clairement que « la participation du Liban ne signifie pas qu’il lie la solution de son problème au règlement du conflit régional. Car le Liban estime qu’il faut traiter sa question de manière séparée, en raison de son caractère d’urgence, de son effet destructeur sur ses structures politiques, économiques et sociales ». Autre homme d’État libanais, et bien qu’étant durant la guerre dans un camp différent, le regretté président Rachid Karamé a certifié cette même nécessité de dissociation dans son intervention à l’ONU, le 5 octobre 1984. De plus, en quoi l’armement du Hezbollah peut-il influer sur la question de l’implantation ou du retour des réfugiés palestiniens ? On ne voit pas trop, d’autant que ce problème ne relève pas de la responsabilité du seul Liban, mais de celle de tous les pays arabes. Comme l’ont reconnu les résolutions du sommet arabe tenu à Beyrouth. Si les alliés de la Syrie veulent vraiment rejeter l’implantation, le meilleur moyen c’est encore de la prier de ne pas conclure d’accord avec Israël tant que le droit de retour n’aura pas été assuré. Enfin, le général Michel Aoun souhaite-t-il maintenir son blanc-seing à un armement qui a été dirigé vers l’intérieur ? Veut-il que ce fusil commande Beyrouth puis le Liban tout entier ? Croit-il encore que l’arsenal est réservé à la libération, alors que l’armée et la Finul se sont déployées au Sud et que Chebaa va passer sous tutelle de transmission onusienne ? Émile KHOURY
Le fusil qui parle. Et qui est même très loquace. Quoi de plus éloquent, de plus clair, de plus net, de plus précis que le langage musclé du Hezbollah. Un discours, mieux que menaçant, décisionnaire. Au point que l’on se surprend à sourire de la naïveté qu’il y a eu à perdre du temps sur la déclaration ministérielle. Quoi qu’en dise le texte, le parti n’en fera qu’à sa tête en faisant donner corps à ce qu’il veut et en torpillant ce qui ne lui convient pas. Par tous les moyens, en commençant au besoin par les armes, pour faire court et pour soumettre l’État à sa volonté, en attendant de se l’approprier. Sinon en totalité, du moins en légataire principal d’un indivis avec les intrus traditionnels que l’on sait, et leurs bons amis du cru.
Des députés loyalistes rappellent qu’au lendemain de la...