Par Nohad BAROUDI*
Dans le nouveau gouvernement, le Bloc du changement et de la réforme contrôle à la fois la bête noire des finances publiques (l’électricité) et leur poule aux œufs d’or (les télécoms). C’est une lourde responsabilité qui incombe aux titulaires des deux ministères concernés pour lesquels, on n’en doute pas, l’intérêt supérieur de la nation doit primer sur tout autre préoccupation, même à neuf mois des élections législatives.
D’abord, en ce qui concerne l’électricité, deux questions primordiales demandent réponse de la part du ministre de tutelle et du gouvernement d’union nationale :
- Est-il vrai qu’après un déficit de fonctionnement de l’EDL d’un milliard de dollars en 2007 que le Trésor a été forcé de débourser, il faut s’attendre à un trou voisin de 1,8 milliard pour 2008 ? Les statistiques officielles du ministère des Finances montrent que le Trésor a avancé 994 milliards de LL à l’EDL durant les cinq premiers mois de 2008, une augmentation de 85 % par rapport à la même période de 2007 (537 milliards). Sur base du total de l’an dernier (1 479 milliards de LL) et en admettant que l’essentiel de ces transferts concerne le fuel, une simple extrapolation donnerait
2 738 milliards de LL pour l’ensemble de 2008. Une autre approche basée sur l’évolution des cours du fuel (en supposant toutefois que les prix actuels se maintiendront pour le restant de l’année, ce qui paraît être un scénario optimiste) aboutirait à un chiffre analogue.
- Où trouver l’argent ? « On » a insinué récemment qu’un geste généreux de l’émir du Qatar était envisageable. Et l’année prochaine ? Serait-ce l’Iran (ce qui serait du reste plus équitable, connaissant la provenance d’une bonne partie des impayés de l’EDL) ? Ou bien, pour revenir à la pratique de ces dernières années, serait-ce de nouveau les surplus des Télécoms ? Dans ce cas, qu’en pense le nouveau ministre ?
Il faut sortir de cette spirale malsaine. D’autant que l’EDL était avant 1975 une entreprise parfaitement rentable, comme d’ailleurs toutes les compagnies d’électricité du monde. Depuis, et bien que ses tarifs soient parmi les plus chers du monde (nous payons plus cher qu’en France, par exemple, même avec un euro à 1,58 dollar), l’EDL n’a fait qu’accumuler des déficits de gestion de plus en plus énormes, sans parler de quelque deux milliards en dépenses d’investissements qu’elle n’a pas remboursés non plus.
Il est donc impératif et urgent d’étudier la situation de plus près afin de proposer des solutions viables. Pourquoi, par exemple, les pertes techniques sont-elles aussi élevées (plus de 15 %, alors que la normale se situe en dessous de 10 %) ; pourquoi les pertes « non techniques » (bel euphémisme) atteignent-elles presque 30 % de la production ? Pour se faire une idée claire des divers problèmes auxquels fait face l’EDL, il faut faire une analyse objective des comptes financiers.
Oui, mais… comment ? Attendons la suite.
Est-il vrai, aussi incroyable que cela puisse paraître de la part d’une institution d’État responsable de près du tiers de la dette publique, que depuis 2001, l’EDL n’a pas publié de comptes financiers ? En tout cas, c’est ce que semble suggérer leur site Web qui, dans sa dernière mise à jour (22 mars 2008), ne publie que les comptes de 2001. D’ailleurs, même ces comptes-là n’ont pas été approuvés par les commissaires aux comptes Deloitte & Touche, qui, dans leur rapport d’audit daté du 27 janvier 2005 (toujours d’après le site Web), ont formulé de très nombreuses réserves : écritures erronées, omissions délibérées, pièces justificatives disparues, etc. Ces réserves ont-elles été prises en compte par la direction de l’EDL, et des comptes plus crédibles pour 2001 et les années antérieures ont-ils été préparés, comme l’a expressément demandé le Conseil d’administration en mars 2007 ?
Analyser les comptes financiers de l’EDL, ce n’est pas pour demain ! Du pain sur la planche pour qui veut s’y frotter…
Quant aux Télécoms, poule aux œufs d’or des finances publiques, c’est une autre histoire. Objet d’un prochain article.
* Ancien secrétaire général du CDR
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats