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Actualités - Opinion

Commentaire L’avenir de la Russie passe par l’Ukraine Par Andrei PIONTKOVSKY*

La Russie et l’Occident s’éloignent à nouveau l’un de l’autre. Ce jeu d’attraction-répulsion dure depuis des siècles. Les historiens ont recensé jusqu’à 25 cycles de ce type depuis le règne du tsar Ivan III. Dans le passé, la Russie a déjà fait des virages à 180° dans son antioccidentalisme virulent, souvent par simple nécessité – après que les relations aient touché le fond. Aujourd’hui au contraire, la détérioration des relations semble être animée d’un mouvement propre. Quatre éléments expliquent cette situation : – La disparition de la guerre froide et avec elle du statut de superpuissance impériale de la Russie, ce qui a provoqué une crise profonde qui se prolonge encore aujourd’hui dans la mentalité de la classe politique russe. Les dirigeants russes continuent à imaginer l’Occident comme un ennemi dans le contexte de toute la mythologie de la politique étrangère russe traditionnelle. – Le rêve de modernisation de la Russie ne s’est pas réalisé à la fin du second mandat présidentiel de Poutine. En guise de modernisation, il y a eu une nouvelle redistribution des richesses au profit des gens au sommet de la pyramide, notamment ceux issus de la mairie de Saint-Pétersbourg et du FSB (le nouveau KGB). L’image de l’Occident comme ennemi est devenue la seule justification idéologique de Poutine en faveur d’un État conçu comme une entreprise. – Avec la hausse du prix du pétrole, les résidents du Kremlin ont cru qu’ils étaient tout-puissants. La Russie d’aujourd’hui qui se pense « comme un grand pays riche en énergie » tourne maintenant en dérision ses anciennes ambitions médiocres visant à rattraper le petit Portugal en termes de niveau de vie. – Une série d’erreurs et de malchances du côté de l’Occident, une crise dans les relations transatlantiques, un manque de leadership et la montée de la menace du fondamentalisme islamique (tant au Moyen-Orient qu’en Europe) ont conduit les dirigeants russes à croire que l’Occident était un navire en train de sombrer qu’il fallait abandonner aussi vite que possible. Si malheureusement ce point de vue n’est pas sans fondement, il a un seul défaut : la Russie fait partie intégrante du navire. Elle peut faire des avances au Hamas, au Hezbollah et à l’Iran, et rappeler au monde arabe l’aide que l’Union soviétique a apportée à son développement et la protection qu’elle lui a offerte au Conseil de sécurité. Mais aux yeux des extrémistes islamistes, la Russie appartient à l’Occident démoniaque – elle en constitue même l’élément le plus vulnérable. Aussi, avec son taux de naissance à la hausse chez les musulmans, elle constitue pour eux la meilleure cible pour leur expansion idéologique et pour une prise du pouvoir. Il est cependant possible de mettre un terme à la confrontation autodestructive de la Russie avec l’Occident et d’arrêter une fois pour toutes ses sempiternels débats entre pro-Occidentaux et slavophiles. Cela dépendra cependant du succès de l’Ukraine sur le chemin du développement européen qu’elle a choisi lors de la révolution orange de 2004-2005. L’Ukraine constitue effectivement une menace, mais pas à la sécurité de la Russie, comme les propagandistes du Kremlin le prétendent. La véritable menace vise le modèle étatique autoritaire de Poutine, assimilé à une entreprise et hostile à l’Occident. Pour les résidents du Kremlin, c’est une question de vie ou de mort : les pays de l’ex-Union soviétique qui ont choisi un autre modèle de développement – l’Ukraine en tête – ne doivent en aucun cas devenir un exemple à suivre pour les Russes. L’exemple des pays baltes ne représente pas une menace sérieuse pour le Kremlin, car ils sont perçus comme étrangers à la psyché russe. D’ailleurs, dans les films soviétiques, ce sont généralement des acteurs baltes qui jouaient le rôle des généraux nazis ou des espions américains. Par contre, les Ukrainiens sont proches de nous par leur culture et leur mentalité. S’ils font un choix différent, pourquoi ne ferions-nous pas de même ? Le succès de l’Ukraine marquera la fin politique du poutinisme, cette sinistre philosophie des « capitalistes du KGB ». Si l’Ukraine réussit dans son choix européen, cela répondra à la question qui tourmente la culture russe depuis des siècles : la Russie ou l’Occident ? Aussi, la meilleure manière d’aider aujourd’hui la Russie est-elle de soutenir l’Ukraine dans sa marche vers l’Europe et de l’aider à renforcer ses institutions. Cela pèsera plus que tout autre chose sur la mentalité politique russe. Car si la paranoïa antioccidentale de la Russie se prolonge et si le fantasme eurasiatique du Kremlin d’une alliance avec la Chine dure encore 10 ou 15 ans, la Chine finira par absorber l’Extrême-Orient russe et la Sibérie. La Russie affaiblie que laissera Poutine perdra alors le Caucase du Nord et la région de la Volga au profit de leurs populations musulmanes en expansion. Ce qui restera de la Russie n’aura d’autre choix que le rattachement à l’Ukraine, qui devrait alors être un membre à part entière de l’Union européenne, avec tous les avantages qui en découlent. Après 1 000 ans, la Russie aura alors accompli un cercle complet, revenant au Kievan Rus (du point de vue historique l’Ukraine et la Russie) après être passé par les hordes mongoles, l’empire, le communisme et la farce du poutinisme. Aussi la Russie est-elle maintenant devant un choix : le plan A ou le plan B pour l’Ukraine. *Andrei Piontkovski est un analyste politique basé à Moscou. © Project Syndicate, 2008. Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz.




La Russie et l’Occident s’éloignent à nouveau l’un de l’autre. Ce jeu d’attraction-répulsion dure depuis des siècles. Les historiens ont recensé jusqu’à 25 cycles de ce type depuis le règne du tsar Ivan III. Dans le passé, la Russie a déjà fait des virages à 180° dans son antioccidentalisme virulent, souvent par simple nécessité – après que les relations aient touché le fond. Aujourd’hui au contraire, la détérioration des relations semble être animée d’un mouvement propre.
Quatre éléments expliquent cette situation :
– La disparition de la guerre froide et avec elle du statut de superpuissance impériale de la Russie, ce qui a provoqué une crise profonde qui se prolonge encore aujourd’hui dans la mentalité de la classe politique russe. Les dirigeants russes continuent à imaginer...