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L’invasion des « satoutas », ou comment le « made in Iran » a conquis l’Irak

Dans Bagdad paralysé par les embouteillages, les « satoutas » sont aujourd’hui partout. Ces triporteurs pétaradants ont réussi là où les armées du voisin iranien avaient échoué : une invasion – pacifique – de la capitale irakienne. Cinq ans après la chute de Saddam Hussein, longtemps ennemi juré de la République islamique d’Iran, les produits iraniens de consommation, de l’électroménager à l’alimentation, sont omniprésents sur les marchés irakiens. Et pour Safar Abdul Hussein, un Irakien de 20 ans, installé au guidon d’une moto à trois roues, cette percée perse est une aubaine. Sa al-Taleb de 150 cm3 fabriquée en Iran sous licence chinoise, comme toutes les « satoutas », lui a coûté 1 200 dollars. « C’est bon marché », assure-t-il, « pour ce que ça rapporte ». Équipés à l’arrière d’un plateau ou de sièges, ces engins hybrides peuvent transporter des marchandises ou des passagers, et se faufilent entre les voitures. « On aurait préféré plus d’autobus », soupire tout de même un policier. En attendant des transports en commun, ce sont des camions chargés de produits « made in Iran » qui affluent du voisin oriental, dont les États-Unis redoutent tant l’influence dans un Irak dominé dorénavant par un pouvoir chiite. Avant l’effondrement du régime baassiste devant les armées américaines en avril 2003, des liens commerciaux s’étaient déjà tissés entre l’Iran et le Kurdistan, région du nord de l’Irak qui jouissait alors d’une large autonomie. Depuis, les marchands iraniens ont investi le sud du pays sur « une zone de Bagdad à Bassora, confessionnellement homogène (chiite), dont les marchés étaient vides », explique Hosham Dawod, anthropologue au CNRS (Centre national de recherche scientifique) français. « Différentes sources avancent huit milliards de dollars » d’importations iraniennes en 2008, « à prendre avec précaution en l’absence de statistiques officielles », ajoute ce spécialiste de l’Irak. Les échoppes du quartier chiite de Kazimiyah (nord-ouest de Bagdad) regorgent de cuisinières, de réfrigérateurs, de climatiseurs, de générateurs, tous fabriqués en Iran, mais aussi de jouets, de tapis et de produits alimentaires. L’électroménager persan « se vend bien », explique Abderadah Abed Saleh, 51 ans, dans sa boutique de la rue al-Chossa. « Ce n’est pas de la bonne qualité, mais ça consomme moins d’électricité et c’est bon marché », dit-il. En face, Alaa al-Salaf vend les mêmes produits et partage le même avis : « Bon marché mais mauvaise qualité. Et les Irakiens commencent à comprendre. » De fait, assure Hosham Dawod, « si les Iraniens ne changent pas (...), ils ne seront pas concurrentiels face aux produits taïwanais, chinois et autres », qui sont déjà en Irak. Pour Yasser Idan qui vend des jouets iraniens et des tapis persans dans la rue Bab al-Qibla, déjà « les clients préfèrent les produits chinois, mieux présentés, plus colorés, et de meilleure qualité ». Pour autant, la présence iranienne sur les étals a encore un bel avenir. La nourriture iranienne est appréciée : yaourts, fromages, légumes, poulets, biscuits, épices... « Le rapport qualité-prix est bon », raconte Kaled Fadel, patron d’une épicerie bagdadie. Les voitures iraniennes aussi connaissent un franc succès : À Kout, dans la province de Wassit (sud-est de Bagdad), un importateur d’État fait attendre ses clients trois mois avant d’honorer ses commandes. Pour Hosham Dawod, percée commerciale ne veut toutefois pas dire mainmise politique. « Les produits iraniens ne sont pas vraiment une arme politique », assure-t-il. Pour lui, il s’agit avant tout d’une coopération pragmatique entre deux économies complémentaires. « Les marchandises vendues à l’Irak (...) sont une bouffée d’oxygène pour l’économie iranienne », poursuit-il. Et, prévient le chercheur, les Iraniens « ne sont pas capables de fournir d’infrastructures. Si demain l’Irak se lance dans une reconstruction lourde, ils ne seront pas concurrentiels dans ce domaine ». L’économie du pèlerinage, un marché énorme en plein essor Par centaines de milliers, les pèlerins iraniens visitent chaque année les lieux saints du chiisme en Irak depuis la chute de Saddam Hussein, et leur nombre doit encore croître, constituant une source importante de revenus. Leurs destinations sont les villes de Najaf, où se trouve le mausolée de l’imam Ali, fondateur du chiisme, et de Kerbala, où est enterré l’imam Hussein, figure légendaire de ce courant de l’islam, majoritaire en Iran et en Irak. Ils se rendent également à Bagdad, dans la mosquée de Kazimiyah, où reposent deux autres imams chiites très révérés. « L’économie du pèlerinage est un marché énorme », souligne Hosham Dawod, anthropologue au CNRS (Centre national de recherche scientifique) français. « Pour 2007, les chiffres avancés sont de deux millions de pèlerins en Irak, dont près de 90 % d’Iraniens », explique le chercheur, précisant que « ces chiffres sont sujets à caution en l’absence de statistiques officielles ». Londres défavorable à un calendrier de retrait Le ministre britannique de la Défense Des Browne s’est dit défavorable à l’établissement d’un calendrier de retrait pour les forces étrangères basées en Irak, comme l’a récemment demandé le Premier ministre irakien Nouri al-Maliki. « Je ne suis un adepte des échéances dans des environnements opérationnels aussi changeants que l’Irak ou l’Afghanistan », a déclaré M. Browne à Washington, faisant écho à la position de l’administration américaine. Ces décisions « dépendent des conditions sur le terrain et sont basées sur les conseils des commandants sur place », a-t-il affirmé dans une conférence au centre de réflexion Brookings. Les États-Unis et l’Irak négocient un accord qui codifierait la présence à long terme des troupes américaines après le 31 décembre 2008. Un haut responsable irakien, Mouaffak al-Roubaïe, a déclaré mardi que le gouvernement irakien n’accepterait aucun accord sans date spécifique de retrait complet des soldats étrangers. La nomination du général Petraeus confirmée par le Sénat Le Sénat américain a confirmé la nomination du général David Petraeus au poste de chef du commandement central pour toutes les opérations militaires au Moyen-Orient, y compris en Afghanistan. Le général David Petraeus, 55 ans, aura désormais la responsabilité des opérations militaires américaines au Moyen-Orient et en Asie centrale, héritant de la supervision des deux guerres que les États-Unis mènent de front en Irak et en Afghanistan. Il remplacera l’amiral William Fallon, qui avait démissionné de ses fonctions mi-mars après avoir été décrit comme opposé à la politique du président George W. Bush au sujet de l’Iran. Nommé par George W. Bush début 2007 à la tête des forces de la coalition en Irak, le général Petraeus a supervisé la stratégie d’envoi de renforts ordonnée par le président américain l’an dernier. Crédité d’une réputation de stratège hors pair, tenu pour le spécialiste de la contre-insurrection, David Petraeus sera remplacé en Irak par son ancien bras droit, le général Raymond Odierno. Un site assure que des avions israéliens s’entraînent en Irak, Bagdad dément Un site d’information irakien, citant des sources non identifiées, a affirmé que des appareils israéliens s’entraînaient en Irak pour des frappes contre l’Iran, provoquant un démenti hier du ministère de la Défense irakien. Nahrainnet.net, dont la crédibilité n’est pas établie, a assuré dans un article mis en ligne mercredi que des chasseurs-bombardiers israéliens utilisaient depuis un mois une base sous contrôle américain dans le désert occidental irakien pour d’éventuelles missions contre des installations du programme nucléaire iranien. Le site cite des sources non identifiées du ministère de la Défense irakien, qui s’appuient sur des déclarations d’officiers à la retraite dans la province d’al-Anbar (Ouest) pour avancer que les appareils israéliens survolent l’espace aérien jordanien avant de se poser sur une base à Haditha, 260 km au nord-ouest de Bagdad. « Nous n’avons pas d’informations sur des appareils israéliens utilisant l’espace aérien irakien pour des vols d’entraînement », a assuré l’AFP le porte-parole du ministère irakien de la Défense, le général Mohammad al-Askari. Un porte-parole militaire israélien a indiqué à l’AFP « n’avoir aucune information à ce propos ».
Dans Bagdad paralysé par les embouteillages, les « satoutas » sont aujourd’hui partout. Ces triporteurs pétaradants ont réussi là où les armées du voisin iranien avaient échoué : une invasion – pacifique – de la capitale irakienne.
Cinq ans après la chute de Saddam Hussein, longtemps ennemi juré de la République islamique d’Iran, les produits iraniens de consommation, de l’électroménager à l’alimentation, sont omniprésents sur les marchés irakiens. Et pour Safar Abdul Hussein, un Irakien de 20 ans, installé au guidon d’une moto à trois roues, cette percée perse est une aubaine. Sa al-Taleb de 150 cm3 fabriquée en Iran sous licence chinoise, comme toutes les « satoutas », lui a coûté 1 200 dollars. « C’est bon marché », assure-t-il, « pour ce que ça rapporte ».
Équipés à l’arrière...