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Actualités - Opinion

Pour Uribe, « échec et mat » est un succès bienvenu

Il y eut le temps de l’émotion. Le visage d’Ingrid Betancourt, sur le tarmac de l’aéroport militaire de Bogota, comme un soleil se levant enfin après une trop longue nuit sans lune. Puis ceux des otages colombiens, barrés d’un large sourire. Dix ans, pour certains d’entre eux, qu’ils étaient aux mains des FARC. Dix ans loin de leurs proches, dont certains arboraient la photo sur leur tee-shirt. Il y eut aussi la joie des familles, la fin du cauchemar pour les filles, les fils, les mères et les pères de tous ces otages. Après l’émotion, viendra inéluctablement le temps des questions. Sur le timing de l’opération colombienne notamment. Une telle opération ne se monte pas au dernier moment, elle requiert une longue préparation. L’affaiblissement des FARC est indéniablement un élément à prendre en considération. Depuis quelques mois, les FARC n’étaient en effet plus au mieux de leur forme. Entre mars et mai derniers, l’organisation rebelle marxiste a dû faire face à la mort de son chef, Marulanda, l’élimination lors du bombardement d’un campement en territoire équatorien de son numéro deux Raul Reyes, l’assassinat, par son garde du corps, d’Ivan Rios, un des commandants des FARC, et la désertion de Katrina, seule femme qui dirigeait un front. Le succès de l’opération pour la libération des otages, baptisée « Échec et mat », tombe toutefois également à point nommé pour le président Alvaro Uribe qui, malgré un fort soutien populaire, est en position précaire sur la scène politique nationale. Depuis plusieurs années déjà, le président est touché par le « scandale de la parapolitique », un terme qui fait référence aux liens entre certains politiciens et les paramilitaires d’extrême droite. Scandale qui a coûté leur poste à de nombreux proches d’Uribe, parmi lesquels sa ministre des Affaires étrangères, Maria Consuelo Araujo, et le directeur de la principale agence de renseignements colombienne, Jorge Noguera. En avril dernier, l’étau s’est resserré autour du président, avec l’arrestation de son cousin, Mario Uribe Escobar, ex-sénateur. Aujourd’hui, une soixantaine de parlementaires, dont 80 % d’alliés du président, sont incarcérés ou inculpés par la Cour suprême pour leurs liens avec les paramilitaires, liés de près au trafic de cocaïne. Alvaro Uribe a, en outre, personnellement été mis en cause par un ancien paramilitaire dans un scandale concernant un massacre de paysans accusés d’aider les FARC à el Aro en 1997, dans la province d’Antoquia dont le président fut gouverneur. Il y a quelques jours, la Cour suprême a par ailleurs mis en doute la légalité de la réélection du président en 2006. Cette prise de position fait suite à la condamnation d’une ancienne parlementaire, Yidis Medina, qui a avoué avoir accepté des pots-de-vin du gouvernement d’Uribe pour voter au Congrès en faveur d’un changement constitutionnel permettant la réélection du président. Démentant toute tentative de corruption, Alvaro Uribe a demandé au Congrès d’organiser un référendum sur une nouvelle élection présidentielle. Pour de nombreux analystes, le président cherche ainsi à contourner la justice en faisant appel au peuple. Une confirmation par les urnes de son élection, même si elle ne réglerait pas les questions judiciaires, serait un moyen pour Uribe d’asseoir sa légitimité, populaire du moins. Avec 80 % d’opinions favorables au sein de la population colombienne et le succès de l’opération « Échec et mat », Alvaro Uribe est en bonne voie de gagner son pari. Émilie SUEUR
Il y eut le temps de l’émotion. Le visage d’Ingrid Betancourt, sur le tarmac de l’aéroport militaire de Bogota, comme un soleil se levant enfin après une trop longue nuit sans lune. Puis ceux des otages colombiens, barrés d’un large sourire. Dix ans, pour certains d’entre eux, qu’ils étaient aux mains des FARC. Dix ans loin de leurs proches, dont certains arboraient la photo sur leur tee-shirt. Il y eut aussi la joie des familles, la fin du cauchemar pour les filles, les fils, les mères et les pères de tous ces otages.
Après l’émotion, viendra inéluctablement le temps des questions. Sur le timing de l’opération colombienne notamment. Une telle opération ne se monte pas au dernier moment, elle requiert une longue préparation. L’affaiblissement des FARC est indéniablement un élément à prendre en...