Beyrouth, la Montagne et le Akkar en mai, Saadnayel-Taalbaya hier, et maintenant Jabal Mohsen-Bab el-Tebbaneh à Tripoli. Autant de sérieux avertissements qui mettent en relief une question lancinante : comment larguer l’armement extralégal ? Quel qu’en soient les justifications, sa présence met en danger la paix civile, brise le règne de la loi, mine l’autorité de l’État de droit souverain, qu’elle menace d’ailleurs de faire exploser un jour. La mise en place d’un gouvernement dit d’union ne servirait à rien du moment que les parties qui le composeraient procèderaient finalement de cet armement hors la loi. Tandis que la présidence de la République n’aurait plus que valeur de vague symbole figuratif, protocolaire. Bien entendu, les mécanismes sécuritaires publics seraient réduits à une impuissance totale. Et du reste soumis à la volonté des milices.
Comme en attestent ces propos de Nawwaf Moussaoui, le communiquant du Hezbollah : « Il n’y aura à la tête d’aucun service de sécurité au Liban, comme d’aucun organisme militaire un cadre dont la sincérité patriotique ne semblerait pas satisfaisante aux yeux de la Résistance. C’est là une promesse ferme. Nul ne pourra désigner un responsable au patriotisme douteux, ou qui serait soupçonné de comploter contre la Résistance. Personne ne pourra non plus édifier un potentiel sécuritaire ou militaire pour le dresser contre la Résistance. Nous nous conduisions d’une manière simplement prévenante et préventive. Aujourd’hui, nous ne permettrons pas que prenne forme un corps sécuritaire ou militaire qui nous frapperait dans le dos. » À bon entendeur salut.
Moussaoui enfonce le clou en rajoutant cette menace à peine voilée : « Doha est à nos yeux un arrangement au plus petit dénominateur commun. Si nous entendions utiliser les armes pour modifier les rapports de force politiques, l’affaire aurait pris plus d’un jour. »
Conclusions
Traduction, sous forme interrogative, de ce texte incendiaire par les loyalistes : un État, pourquoi faire, du moment que le Hezbollah est le plus fort ? Et pourquoi faire un gouvernement, quelle qu’en soit la composition ? Quel besoin a-t-on encore de services sécuritaires qui ne sauraient rivaliser avec le dispositif du Hezb ? Enfin, pourquoi les autres parties politiques ne comprennent-elles pas qu’elles sont à la merci du parti, capable de faire crouler le temple sur leur tête quand il le veut ?
Lu ainsi, le message remet sur le tapis la question de mai : est-ce que l’armement du Hezbollah est véritablement voué à l’unique fin de la libération ? Exclusivement réservé à la Résistance face à l’ennemi israélien ? Pourquoi Moussaoui omet-il d’en parler ?
D’ailleurs, la libération est accessible par la négociation diplomatique. Cette voie, moins coûteuse et plus rapide, a été adoptée par la Syrie elle-même pour le Golan. Étant entendu qu’un jour ou l’autre, il faudra conclure la paix avec Israël. À ce moment-là, l’armement de la Résistance n’aurait plus lieu d’être. Si tant est du reste que, même maintenant, il se justifie. Car le danger israélien, c’est l’État de droit libanais qui est seul chargé de le parer, au regard de la loi internationale. Étant entendu qu’il est autorisé à profiter de tout avantage disponible, donc du dispositif de la Résistance, à condition qu’il l’intègre dans son propre potentiel.
Ce n’est pas de services sécuritaires que le Liban n’a pas besoin comme le laisse entendre Moussaoui. Mais, tout au contraire, de l’armement du Hezb. Car sa destination initiale se trouve abolie dans les faits. Le dernier lopin encore occupé par Israël, Chebaa, va passer sous contrôle de l’ONU, avant d’être rendu au Liban, une fois que la Syrie aura finalisé sa part dans l’homologation. Donc, cet armement du Hezb n’est plus tourné que vers l’intérieur, comme on l’a vu en mai. Et cela, c’est aussi injustifiable qu’inadmissible.
La menace est plus forte que l’exécution, proclamait Nimzowitch, stratège échiquéen. Ainsi l’intimidation latente de l’armement extralégal risque de fausser les prochaines législatives, et de replacer le Liban sous tutelle. Ou d’en faire, pratiquement, un État hezbollahi. Avec ou sans un paravent de couverture chrétienne.
Émile KHOURY
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Beyrouth, la Montagne et le Akkar en mai, Saadnayel-Taalbaya hier, et maintenant Jabal Mohsen-Bab el-Tebbaneh à Tripoli. Autant de sérieux avertissements qui mettent en relief une question lancinante : comment larguer l’armement extralégal ? Quel qu’en soient les justifications, sa présence met en danger la paix civile, brise le règne de la loi, mine l’autorité de l’État de droit souverain, qu’elle menace d’ailleurs de faire exploser un jour. La mise en place d’un gouvernement dit d’union ne servirait à rien du moment que les parties qui le composeraient procèderaient finalement de cet armement hors la loi. Tandis que la présidence de la République n’aurait plus que valeur de vague symbole figuratif, protocolaire. Bien entendu, les mécanismes sécuritaires publics seraient réduits à une impuissance totale....