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Actualités - Analyse

Analyse L’Irlande, amoureuse de l’Europe, mais exigeante envers Bruxelles

L’Irlande aime l’Europe, sait qu’elle lui doit beaucoup, et si le nombre de partisans du « non » au référendum sur le traité de Lisbonne est si important, c’est surtout à cause d’un déficit de communication de Bruxelles, estiment les analystes. «Un pays instinctivement proeuropéen ». C’est ainsi que le quotidien Irish Examiner décrit l’Irlande, s’étonnant de voir que de récents sondages donnent une majorité, ou presque, au « non » lors du référendum d’hier. Ils étaient en effet moins de 16 % d’Irlandais à rejeter l’entrée de leur pays en 1973 dans ce qui n’était que la Communauté économique européenne (CEE). L’île était alors l’État membre le plus pauvre, avec un revenu par habitant qui ne représentait que 58 % de la moyenne européenne. Il est actuellement de 130 %. En 35 ans, « l’arrière-cour de l’Europe », un pays essentiellement agricole et pauvre dont les habitants s’exilaient en masse, est devenu le « tigre celtique », avec une croissance qui ira jusqu’à dépasser les 10 % en 2000 et un taux de chômage d’environ 5 % qui fait affluer les immigrés d’Europe de l’Est. « L’Europe a transformé un marigot pauvre et stagnant en un des pays les plus riches au monde », ajoute l’Irish Examiner dans un éditorial. Le « miracle » celtique est dû en bonne partie aux fonds européens qui ont permis de passer en quelques décennies d’une société agricole typique du XIXe siècle à une économie de services et d’exportations du XXIe, s’accordent à penser les experts. Depuis 1973, les Irlandais ont reçu une contribution nette de plus de 40 milliards d’euros de l’Union européenne. « L’UE a fait de grandes choses pour l’Irlande... Personne ne doute que cela a été positif », souligne Alan Barrett, économiste à l’Institut de recherches économiques et sociales de Dublin. « Tous les sondages le montrent : les Irlandais sont les plus grands partisans de l’Europe », renchérit Ben Tonra, expert des relations européennes au University College of Dublin. « Mais il ne s’agit pas de confiance aveugle », précise son collègue Peadar O’Broin, de l’Institut international des affaires européennes de Dublin. Ceux qui accusent les Irlandais d’ingratitude ont cette « présomption arrogante qui voudrait que les gens acceptent quelque chose d’abstrait, tout ça parce qu’ils ont largement bénéficié de l’Europe », juge le politologue. Les Irlandais ont beau aimer l’Europe, ils n’en sont pas pour autant des inconditionnels. « On demande à la population de se prononcer purement sur la base de la confiance » envers les gouvernements qui leur disaient de voter « oui », souligne M. O’Broin. Il n’y a pas eu de problème pour les premiers référendums : le « non » ne recueillait que 30 % des suffrages en 1987 (Acte unique européen) et en 1992 (Maastricht), mais il a commencé à gonfler pour dépasser les 38 % en 1998 (traité d’Amsterdam) et dépasser les 50 % en 2001, contre Nice. Un second référendum avait dû être organisé en catastrophe un an plus tard pour finalement faire approuver le texte, amendé pour répondre aux craintes des Irlandais. « Depuis les années 90, la présomption d’une confiance envers le gouvernement s’est érodée de manière significative », rappelle M. O’Broin. La responsabilité de persuader revient donc dorénavant à l’Union européenne : « Il faut que Bruxelles communique », estime-t-il. « Il faut s’attaquer au manque de connaissance » que les Irlandais ont de l’Europe, comme les autres nationalités, ajoute Ben Tonra. L’Irlande, devenue riche, va bientôt de plus se retrouver en position de payer à son tour pour les autres et en particulier pour les pays de l’Est nouvellement rentrés dans l’Europe. Dublin deviendra un contributeur net à l’UE en 2013. « L’argent va vers l’Est maintenant », souligne M. O’Broin.
L’Irlande aime l’Europe, sait qu’elle lui doit beaucoup, et si le nombre de partisans du « non » au référendum sur le traité de Lisbonne est si important, c’est surtout à cause d’un déficit de communication de Bruxelles, estiment les analystes.
«Un pays instinctivement proeuropéen ». C’est ainsi que le quotidien Irish Examiner décrit l’Irlande, s’étonnant de voir que de récents sondages donnent une majorité, ou presque, au « non » lors du référendum d’hier. Ils étaient en effet moins de 16 % d’Irlandais à rejeter l’entrée de leur pays en 1973 dans ce qui n’était que la Communauté économique européenne (CEE). L’île était alors l’État membre le plus pauvre, avec un revenu par habitant qui ne représentait que 58 % de la moyenne européenne. Il est actuellement de 130 %.
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