Les maoïstes, qui contrôlent la nouvelle République du Népal, ont mis en garde hier le roi déchu, Gyanendra, contre son hypothétique retour en politique et accentué leurs pressions pour diriger le prochain gouvernement. Au lendemain du départ de l’ex-souverain de son palais de Katmandou, les anciens insurgés lui ont conseillé de « ne pas perturber le développement de la République et (de) s’abstenir de s’engager dans des actions contre-révolutionnaires ». « Nous ne voulons pas qu’il soit utilisé comme une arme (aux mains) de forces contre-révolutionnaires dans cette période transitoire et sensible », a averti le n° 2 maoïste, le commandant Baburam Bhattaraï, un ex-guérillero reconverti en homme politique.
En partant vivre comme un « citoyen normal », Gyanendra avait assuré, mercredi, accepter la décision historique – votée fin mai – d’abolir la dernière monarchie hindouiste du monde et d’instaurer une République « fédérale, démocratique et laïque ». Le « dieu-roi », vénéré comme l’incarnation de Vishnou, s’était de facto vu retirer sa couronne le 28 mai par une Assemblée constituante élue le 10 avril et dominée par les maoïstes, qui a tiré un trait sur 239 ans de dynastie royale des Chah. Mais l’ancien monarque – un autocrate réputé habile tacticien et qui conserve des soutiens dans l’armée et au sein de groupes hindous – a aussi averti qu’il resterait au Népal pour continuer à « travailler pour le bien du pays ». L’éditorial du Kathmandu Post estimait ainsi hier « qu’en choisissant de partir pacifiquement, le roi déchu Gyanendra laisse la porte ouverte à son entrée dans la vie démocratique ».
Avant un éventuel retour en politique, la chute de Gyanendra marque en tout cas l’aboutissement d’un spectaculaire scénario démarré en avril 2006 : les partis politiques népalais s’étaient alors alliés aux maoïstes dans des manifestations démocratiques, forçant le roi à renoncer au pouvoir absolu qu’il s’était arrogé en février 2005. Le 21 novembre 2006, toutes ces forces politiques avaient scellé un accord de paix historique après plus de 10 ans de guerre civile, au prix de 13 000 morts et d’une économie ruinée dans ce pays pauvre de l’Himalaya enclavé entre l’Inde et la Chine.
Mais maintenant que Gyanendra est sorti de la scène politique, les partis népalais risquent de perdre leur bête noire commune, le ciment de leur alliance de circonstance nouée il y a deux ans. Ils se disputent ainsi depuis deux semaines le partage du pouvoir, notamment les postes de Premier ministre et de futur président de la République. Le parti maoïste contrôle plus du tiers des sièges de l’Assemblée constituante. En conséquence, le Premier ministre sortant, Girija Prasad Koirala, a chargé fin mai le chef maoïste, Prachanda, de former et de diriger un gouvernement de coalition avec deux autres formations, le Parti du congrès népalais (centre-droit) et le Parti communiste du Népal marxiste-léniniste unifié (centre- gauche). Les anciens rebelles d’extrême gauche de Prachanda, dit « le redoutable », veulent absolument rafler le poste de Premier ministre, voire celui de président, et les grands portefeuilles ministériels. Pour renforcer la pression, les sept ministres maoïstes de l’actuelle autorité intérimaire, désignée en 2007, ont formellement présenté leur démission à Prachanda. Mais ce coup d’éclat ne revêt aucune valeur constitutionnelle tant que ces démissions ne sont pas soumises au chef du gouvernement provisoire.
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En partant vivre comme un « citoyen normal », Gyanendra avait assuré, mercredi, accepter la...