Jean-Pierre Bemba, ex-vice-président de la République démocratique du Congo, a été arrêté samedi à Bruxelles. Il est le premier suspect entre les mains de la Cour pénale internationale (CPI) dans l’enquête sur les crimes commis à grande échelle en Centrafrique. Interpellé sur base d’un mandat d’arrêt tenu secret, M. Bemba a été présenté hier à un juge d’instruction belge. Dans les cinq jours, la Chambre du conseil se prononcera sur son transfèrement, décision susceptible d’appels. La procédure pourrait prendre un à deux mois. En 2004, la Centrafrique, incapable de juger les graves crimes commis sur son territoire, avait transmis le dossier à la CPI. M. Bemba est poursuivi pour deux chefs de crimes contre l’humanité et quatre chefs de crimes de guerre. Il était à la tête du Mouvement de libération du Congo (MLC), un groupe politico-militaire, qui était intervenu en Centrafrique à l’appel du président Ange-Félix Patassé. Un millier de membres du MLC avaient contribué à mater un coup d’État contre M. Patassé. Ils avaient ensuite fait régner la terreur, tuant, pillant et surtout violant. La Centrafrique a « pris acte » hier de l’arrestation de M. Bemba et veut « laisser la procédure suivre son cours ». Le commissaire européen au Développement, Louis Michel, a indiqué hier également faire « confiance » à la CPI, tout en restant prudent sur les accusations lancées contre M. Bemba.
« Nettoyage ethnique » en Afrique du Sud : 50 morts et 35 000 déplacés
Plus de 35 000 étrangers ont fui la flambée de violences xénophobes dans les townships d’Afrique du Sud, se réfugiant dans des camps de fortune, et des milliers d’autres ont quitté le pays, victimes de ce que la presse taxe de « nettoyage ethnique ». Dans la région de Johannesburg, où se sont concentrées les attaques, « le bilan se monte maintenant à 50 morts », a indiqué à l’AFP Govindsamy Mariemuthoo, porte-parole de la police du Gauteng, la province qui entoure la capitale économique. Aucun bilan national n’était disponible hier. Mais c’est dans la province la plus riche du pays, celle aussi qui concentre d’énormes bidonvilles, que les violences ont été les plus marquées. Elles avaient commencé le 11 mai à Alexandra, dans Johannesburg, avant de s’étendre à d’autres townships de l’agglomération. Depuis, sept des neuf provinces d’Afrique du Sud ont été gagnées à un degré moindre par la flambée xénophobe. La Croix-Rouge a indiqué fournir une assistance à plus de 25 000 déplacés, essentiellement à Johannesburg, mais aussi à Pretoria. Médecins sans frontières a recensé des centaines de cas d’infections respiratoires, mais aussi de diarrhée, les déplacés vivant dans des conditions sanitaires déplorables. De son côté, la presse a appelé ouvertement à la démission du président Thabo Mbeki, qui n’a pas jugé utile de s’adresser à la nation, encore moins de se rendre sur le terrain. Toutefois, hier soir, M. Mbeki est sorti de son silence, dénonçant « les actes honteux de quelques-uns » qui « ont terni le nom » du pays.
Présidentielle au Zimbabwe : la guerre est ouverte entre Mugabe et Tsvangirai
Une guerre sans merci entre le chef de l’État zimbabwéen, Robert Mugabe, et son opposant, Morgan Tsvangirai, s’est ouverte hier avec la campagne pour le second tour de la présidentielle du 27 juin, aucun des deux camps n’entendant céder la victoire. Le plus âgé des présidents africains a appelé ses partisans à l’unité. « La désunion, c’est ce qui nous tue », a déclaré M. Mugabe, en accusant à nouveau l’opposition d’être responsable des violences politiques accrues depuis les élections générales du 29 mars. Il a en outre menacé d’expulser l’ambassadeur des États-Unis, James McGee, lui reprochant de s’immiscer dans les affaires internes du pays et a repris son antienne selon laquelle M. Tsvangirai est à la solde des Occidentaux. « Quand l’ambassadeur américain a dit à Morgan de revenir, il est rentré en courant », a-t-il lancé. Le leader de l’opposition, revenu samedi au Zimbabwe qu’il avait quitté quelques jours après le scrutin du 29 mars, a juré hier d’exiger des comptes sur « les actes criminels » commis par les partisans du régime. La veille, il avait écarté l’idée d’un gouvernement d’unité nationale.
Le torchon brûle entre la RDC
et la Belgique
Les relations entre la République démocratique du Congo (RDC) et la Belgique, son ancienne puissance coloniale, déjà tendues, sont entrées dans une phase ouvertement conflictuelle après l’annonce par Kinshasa du rappel de son ambassadeur à Bruxelles et de la fermeture de son consulat à Anvers. Après de « récentes déclarations du ministre belge des Affaires étrangères (Karel de Gucht) qui reconnaît au gouvernement belge un droit moral sur la RDC et ses dirigeants », Kinshasa « adresse une vive protestation au gouvernement belge », selon le compte-rendu du Conseil des ministres tenu vendredi soir à Kinshasa et diffusé samedi. Le gouvernement congolais « rappelle que la RDC est un pays indépendant, souverain (...) et ne reconnaît donc à aucun autre pays un quelconque prétendu droit moral sur elle (...) ; en conséquence, le Conseil des ministres a décidé de rappeler en consultation à Kinshasa l’ambassadeur de la RDC à Bruxelles et de fermer le consulat à Anvers (...) ; le Conseil a également décidé de procéder au réexamen des termes de la coopération entre les deux pays, afin d’en évaluer l’ampleur réelle et d’en déterminer la nécessité ». Le Premier ministre belge, Yves Leterme, n’a pas souhaité commenter l’événement. Pour sa part, M. De Gucht a maintenu et confirmé ses propos, hier.
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