Béchara el-Khoury écrit dans ses mémoires que le pacte de 1943 était «?l’entente des deux éléments qui constituent la nation libanaise, la fusion de leurs opinions dans une croyance unique?: indépendance complète du Liban sans le recours à une protection occidentale, ni à une unité ou une union avec l’Orient.?»
Dans sa déclaration ministérielle le 7 octobre 1943, Riad el-Solh affirma?: «?Nous voulons une indépendance véritable?; nous voulons notre souveraineté nationale exclusivement (…). À cet effet, nous nous entendons avec notre sœur, la Syrie, sur l’administration des services appelés aujourd’hui d’“intérêts communs” (…). Le Liban est une patrie au visage arabe, qui puise dans la culture occidentale ce qui lui est bon et utile. Le gouvernement agira en vue d’asseoir les relations entre le Liban et les pays arabes frères sur des bases solides qui garantissent le respect des États arabes à l’indépendance du Liban, à sa souveraineté absolue et à l’intégrité de ses frontières actuelles.?»
Bachir Gemayel souhaitait redéfinir la neutralité libanaise dite négative car reposant sur la formule «?ni Orient ni Occident?» du pacte national?: «?L’Occident doit comprendre à son tour que le Liban n’est pas sa voie d’accès aux gisements pétrolifères. L’Orient doit comprendre à son tour que le Liban n’est pas sa tête de pont menant à la civilisation des loisirs de luxe. Au Vatican aussi de comprendre que les chrétiens du Liban ne sont pas un matériel expérimental pour le dialogue islamo-chrétien. Le “Liban-pont” est terminé.?» (I)?
Sélim Jahel écrit?: «?Un statut de neutralité pour le Liban, avec une garantie internationale à l’instar de celui dont bénéficiait à cette époque l’Autriche, permettait de conjurer toute nouvelle menace de conflit tant d’ordre interne qu’international. Antoine Fattal fut chargé de plancher sur la question. Ce n’était pas une mince affaire.?» (II)?
En effet, pour Bachir Gemayel, la neutralité suisse ne serait pas acceptée par les Arabes au Liban car elle signifierait à leurs yeux l’isolationnisme. Ainsi, il appuyait l’esprit de la neutralité du pacte national?: le Liban considérant les Arabes comme des frères devait être à leurs côtés quand ils s’entendent et resterait sur la touche, neutre, quand ils se disputent (III). Toutefois, il convient ici de préciser que la neutralité du Liban en tant que telle n’est pas rejetée par les Arabes puisque celle-ci fut reconnue dans le document 11 du protocole d’Alexandrie fondant la Ligue arabe. C’est pourquoi il se pencha avec le groupe gamma sur la neutralité autrichienne.
À Mohammad el-Kholi, le chef des services de renseignements de l’armée de l’air syrienne, qu’il rencontra au palais présidentiel de Baabda en 1981 à l’initiative du président Sarkis, Bachir Gemayel lança?: «?Un accord, dans la mesure où il est possible, ne peut être que total et global. Je veux un État et non un bordel. J’ai cet État. Je veux un allié dans la région. Soit le Syrien, soit l’Israélien, soit l’Américain, soit le Soviétique. Mais je n’accepterai de traiter que d’égal à égal. C’est uniquement dans ces conditions que nous pouvons négocier. Je veux le Nord, Zahlé et le Chouf.?» (IV)? Interrogé sur son alliance avec l’État hébreu, Bachir Gemayel répondit?: «?En politique, il n’y a rien de permanent, vous n’avez ni d’alliés permanents ni d’ennemis permanents. Nous devons prendre les plus grands avantage et bénéfice du changement dans la balance des pouvoirs et dans l’équilibre des pouvoirs au Liban.?» (V)?
Devenu président, il prévint?: «?Notre action de la résistance et de la libération se situe au niveau de la nation et à ce niveau-là, nous postulons que l’unité existe, sans quoi il n’y aurait même pas de nation. À ce niveau-là, nous n’acceptons que l’unité, nous parions sur l’unité, et nos paris sont toujours gagnants. Que ça plaise ou non au Vatican, aux États-Unis, à la France (VI) ou aux Nations unies, nous sommes disposés à prendre avantage de n’importe quel développement pour tirer le Liban de la crise dans laquelle il se débat. Nous n’avons de comptes à rendre à personne. Nous prendrons leurs conseils en considération, mais en fin de compte, la décision sera purement libanaise et je vous garantis que je la prendrai.?»
«?En 1989, jugeant un accord interne incomplet pour résoudre la crise, le sociologue Theodor Hanf avait préconisé, dans un article publié par La Revue des deux mondes, l’idée d’une seconde conférence, d’un second accord sur le Liban, non plus entre les acteurs internes, mais entre les différentes puissances régionales, pour immuniser, sanctuariser définitivement le Liban. Sans quoi ce dernier continuerait à être victime des velléités des uns, des complexes des autres et des fantasmes de chacun.?» (VII)?
Marie Semaan définit la neutralité, «?selon le droit international classique et d’une façon générale?», comme étant «?la situation d’un État qui demeure en dehors de tout conflit armé intéressant d’autres États et en dehors des hostilités du temps de guerre. Ce statut est un statut type préorganisé par l’ordre juridique international global (…). Par neutralité, il faut entendre?: un État de droit défini par un ensemble de droits et d’obligations, et non pas une simple expression de fait momentanée comme c’est le cas pour le neutralisme par lequel un État n’entend pas se lier à un groupe de puissances, soit en vertu d’un instrument juridique formel, soit du fait de l’analogie du comportement politique?». (VIII)? En ce qui concerne les droits, l’État neutre bénéficie de «?l’inviolabilité de son propre territoire (terre, ciel et mer) et la liberté de ses relations économiques avec les États belligérants.?» (IX)? Pour les devoirs, l’État neutre doit rester impartial et s’abstenir de toute participation aux hostilités (X).
(I) Dans son discours à Okaïbé le 25 octobre 1980.
(II) Dans «?L’Orient-Le Jour?» du 14 septembre 2007.
(III) Dans «?L’Orient-Le Jour?» du 14 mars 2007.
(IV) Alain Ménargues, «?Les secrets de la guerre du Liban?», Albin Michel, Paris, 2004.
(V) Dans un entretien accordé à la chaîne de télévision ABC le 9 juillet 1982.
(VI) Lire l’article de Percy Kemp publié dans «?L’Orient-Le Jour?» le 8 mars 2007.
(VII) Dans «?L’Orient-Le Jour?» du 27 décembre 2006.
(VIII) Dans le «?Magazine de défense?» le 1er octobre 1998.
(IX) Voir l’article de Marie Semaan sur la neutralité dans le «?Magazine de défense?» du 1er octobre 1998.
(X) Voir l’article de Marie Semaan sur la neutralité dans le «?Magazine de défense?» du 1er octobre 1998.
Prochain article?: En attendant une nouvelle formule d’entente pour l’application du pacte national
Article paru le vendredi 23 mai 2008
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Dans sa déclaration ministérielle le 7 octobre 1943, Riad el-Solh affirma?: «?Nous voulons une indépendance véritable?; nous voulons notre souveraineté nationale exclusivement (…). À cet effet, nous nous entendons avec notre sœur, la Syrie, sur l’administration des services appelés aujourd’hui d’“intérêts communs” (…). Le Liban est une patrie au visage arabe, qui puise dans la culture occidentale ce qui lui est bon et utile. Le gouvernement agira en vue d’asseoir les relations entre le...