La rue a eu raison de l’État. Le gouvernement a abrogé hier soir, à l’issue d’une longue séance fiévreuse et passionnée qui s’est achevée vers minuit, les deux mesures de sécurité à l’origine du coup de force du Hezbollah, qui a fait 65 morts et près de 200 blessés. La décision a été accueillie par des tirs nourris et prolongés d’armes automatiques.
« Afin de faciliter les négociations de la délégation de la Ligue arabe et pour préserver l’unité nationale et la sécurité des citoyens, le gouvernement a décidé d’accepter la proposition du chef de l’armée et d’annuler les décisions », a annoncé le ministre de l’Information, Ghazi Aridi, à l’issue d’une réunion du gouvernement.
La décision n’est pas venue facilement, et s’est heurtée à une vive opposition de la part des ministres Joe Sarkis, Nayla Moawad, Ahmad Fatfat, Marwan Hamadé et Jihad Azour, qui ont considéré qu’une démission valait mieux que cette mesure qui porte atteinte au prestige du gouvernement.
Certains ministres ont également mis en cause le rôle joué par l’armée dans ces affrontements, et son incapacité à protéger l’État d’un véritable coup militaire.
La logique de l’État a toutefois prévalu, compte tenu de l’étiolement des institutions, et du fait que le gouvernement n’assume pas seulement ses propres fonctions, mais aussi celles du chef de l’État.
Compte tenu aussi du fait que la supériorité militaire du Hezbollah ne change pas le fait que le gouvernement jouit de la confiance de la Chambre.
Toutefois, la majorité étant favorable à l’abrogation, le gouvernement a finalement pris la décision « à l’unanimité ».
Ni à l’intérêt général
ni à la résistance
Le gouvernement avait annoncé le 6 mai son intention d’enquêter sur un réseau parallèle de télécommunications mis en place par le Hezbollah, et avait limogé le directeur de la sécurité de l’aéroport, Wafic Choucair, qui avait notamment fermé l’œil sur l’installation d’une caméra de surveillance des pistes par le Hezbollah.
Le commandement de l’armée, auquel s’était remis le Premier ministre qui cherchait à faire marche arrière, avait en effet pris sur lui de juger du bien-fondé des décisions du gouvernement.
En date du 10 mai, il avait proposé l’annulation des décisions de révocation de Wafic Choucair et de la mise hors la loi du réseau de télécommunications du Hezbollah, en attendant que le service de transmission de la troupe prenne au sujet de ce réseau la décision qui s’impose de manière à ne porter atteinte « ni à l’intérêt général ni à la résistance ».
Dans le même temps, le communiqué prévoyait le retour à la situation antérieure, la disparition des armes et des miliciens des rues, la réouverture des routes et l’extension de l’autorité de l’armée et de l’État et l’arrestation des contrevenants.
Dans un message aux Libanais, le Premier ministre avait jugé, le même jour, que le communiqué de l’armée formait un tout allant dans le sens du rétablissement de l’autorité de l’État.
La décision d’hier soir couronne ce processus qui a consisté à faire marche arrière sous la pression des armes.
Le Hezbollah réclamait cette abrogation en échange de l’arrêt de sa campagne de « désobéissance civile », dont notamment la levée de son blocus de l’aéroport.
Des prétextes injustifiés
Le Conseil des ministres s’était ouvert sur une intervention du Premier ministre qui a fait le point de la situation et de ses entretiens avec la mission de médiation de la Ligue arabe.
Dans une série d’attendus précédant l’annonce de sa décision, le gouvernement avait justifié sa décision « au vu du nombre des victimes provoqué par les affrontements des derniers jours et des graves conséquences que leur perpétuation pourrait entraîner ».
Il avait quand même souligné que ses décisions « ont été utilisées comme prétextes injustifiés pour envahir Beyrouth, la Montagne ainsi que d’autres régions libanaises par la force des armes, ce qui a ébranlé la paix civile et conduit le pays au bord de la discorde ».
Le communiqué a également souligné que la décision d’annulation des décisions contestées a été prise « pour créer le climat propice à la reprise d’un dialogue constructif en vue d’une sortie de crise ».
Pas de surprise
La décision du gouvernement n’a pas surpris les forces politiques locales. Le texte du communiqué du gouvernement qui l’a annoncé était en fait déjà rédigé quand le Conseil des ministres s’est ouvert, assure-t-on. Il était toutefois décidé qu’il ne serait rendu public qu’après le départ du Liban de la mission de la Ligue arabe. Ainsi, il a été question de renvoyer la décision à aujourd’hui.
Toutefois, sur l’insistance de la commission ministérielle arabe, la décision a été finalement prise hier, histoire de lui donner des arguments solides face au secrétaire général du Hezbollah, qu’elle rencontre aujourd’hui.
Cet épisode de la vie politique libanaise finira-t-il par une table ronde au Qatar ? C’est ce que certains observateurs prévoient, encore que des forces politiques ne voient pas pour quelle raison un accord entre Libanais devrait être conclu ailleurs qu’au Liban.
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« Afin de faciliter les négociations de la délégation de la Ligue arabe et pour préserver l’unité nationale et la sécurité des citoyens, le gouvernement a décidé d’accepter la proposition du chef de l’armée et d’annuler les décisions », a annoncé le ministre de l’Information, Ghazi Aridi, à l’issue d’une réunion du gouvernement.
La décision n’est pas venue facilement, et s’est heurtée à une vive opposition de la part des...