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Actualités - Analyse

Éclairage Des intellectuels indonésiens s’inquiètent des atteintes à la liberté religieuse dans l’archipel

La liberté religieuse est en danger dans le pays musulman le plus peuplé du monde, s’alarment des intellectuels indonésiens inquiets par les persécutions visant une secte islamique récemment qualifiée officiellement d’« hérétique ». Depuis la semaine dernière, assurent-ils, la Constitution garante d’une identité confessionnelle plurielle est « violée ». L’Agence coordinatrice pour la surveillance des cultes (Bakor Pakem) a en effet appelé le 23 avril le président Susilo Bambang Yudhoyono à dissoudre l’ahmadiyah, un mouvement spirituel issu de l’islam. Le Bakor Pakem est un organisme gouvernemental composé de responsables religieux, de représentants du ministère de l’Intérieur, de la police, du bureau du procureur général et du ministère des Affaires religieuses. « Pour la première fois dans l’histoire de la République, l’État, qui affirme être ni théocratique ni séculier, s’est ingéré dans le domaine de la religion », a commenté dans un éditorial le quotidien The Jakarta Post. « Peu importe ce que disent la Constitution et le “Pancasila”, l’idéologie d’État – que la liberté religieuse est garantie et que les citoyens sont protégés dans la pratique de leur foi. Aujourd’hui, ce sont des mots creux. La réalité est que l’État a commencé à persécuter des personnes en raison de leur croyance religieuse », a poursuivi le journal. L’ahmadiyah (ou ahmadisme en français), fondée en Inde à la fin du XIXe siècle, affirme rassembler des millions de fidèles dans le monde. La secte prônant un islam pacifiste compte 200 000 membres dans l’archipel indonésien, selon un institut indépendant. Hérésie suprême pour les musulmans sunnites majoritaires en Indonésie, les ahmadis sont convaincus que Mohammad n’était pas le dernier prophète. Cela leur vaut d’être harcelés, battus, chassés de leur domicile. Les fondamentalistes musulmans auteurs des persécutions s’appuient sur une fatwa du Conseil des oulémas d’Indonésie (MUI). La décision du Bakor Pakem renforcera désormais la vindicte publique, déplorent des associations. Une mosquée de la secte a ainsi été attaquée et incendiée lundi dans le village de Parakan Salak (ouest de Java). « Il s’agit d’un signe clair que l’appel gouvernemental à la dissolution ne peut que susciter violence et hostilité », a déclaré à l’AFP Usman Hamid, un ardent militant indonésien des droits de l’homme. Selon lui, les autres confessions minoritaires d’Indonésie (catholiques, protestants, bouddhistes, hindouistes, etc.), à l’ombre des 88 % de musulmans, sont à terme menacées. « Une fois obtenue aujourd’hui la dissolution de l’ahmadiyah, chaque minorité sera bannie demain. » Ahmad Suaedy, directeur du Wahid Institute qui œuvre pour un islam tolérant, a organisé hier une conférence de presse pour exhorter le président Yudhoyono à rejeter la résolution du Bakor Pakem. « Nous demandons au gouvernement d’arrêter la dissolution promise de l’ahmadiyah car celle-ci viole la Constitution. Le gouvernement doit aussi mettre un terme aux violences (visant les croyants minoritaires) », a-t-il dit à l’AFP. Mais, a ajouté M. Suaedy, le président « est sous la pression des groupes radicaux ». Sébastien BLANC (AFP)
La liberté religieuse est en danger dans le pays musulman le plus peuplé du monde, s’alarment des intellectuels indonésiens inquiets par les persécutions visant une secte islamique récemment qualifiée officiellement d’« hérétique ». Depuis la semaine dernière, assurent-ils, la Constitution garante d’une identité confessionnelle plurielle est « violée ». L’Agence coordinatrice pour la surveillance des cultes (Bakor Pakem) a en effet appelé le 23 avril le président Susilo Bambang Yudhoyono à dissoudre l’ahmadiyah, un mouvement spirituel issu de l’islam. Le Bakor Pakem est un organisme gouvernemental composé de responsables religieux, de représentants du ministère de l’Intérieur, de la police, du bureau du procureur général et du ministère des Affaires religieuses.
« Pour la première fois dans...