Le 26 avril 2005, Damas retirait les responsables de ses services de renseignements qui avaient régné en véritables maîtres du pays, et les derniers de ses 14 000 soldats, dont le nombre avait culminé à 40 000. Depuis, la révolution du Cèdre est passée par là, mais le chemin est encore « très long », comme l’a souligné Walid Joumblatt, même si ce chemin ne semble pas exclure un dialogue entre les deux camps, comme il l’avait lui-même affirmé mercredi dernier. Timide signal d’ouverture qui devrait se clarifier dans les prochains jours, à la lumière d’une réunion plénière du 14 Mars, dont les divers pôles planchent activement en ce moment sur les différents projets de loi électorale. Saad Hariri serait ainsi rentré hier à Beyrouth à cet effet et serait en passe de se réunir avec M. Joumblatt.
Il reste que le dernier délai accordé par Nabih Berry à la majorité pour qu’elle avalise ou non sa proposition – qui, rappelons-le, comprend la rédaction d’une déclaration d’intention sur la composition du nouveau gouvernement et la loi électorale – expire demain samedi.
Or, pour l’heure, ce sont plus les signaux – sécuritaires – négatifs qui se sont succédé qu’une adhésion tous azimuts à la proposition Berry. En effet, le double crime de Zahlé, la mutinerie de la prison de Roumié (même si, pour l’heure, rien ne prouve qu’elle ait été amorcée pour des motifs politiques) ne sont pas de nature à présager un dénouement rapide de la crise, d’autant que le président de la Chambre rechigne toujours à fixer une date pour la tenue de la prochaine – et toujours très hypothétique – séance électorale présidentielle. « Nabih Berry ne fixera pas demain (aujourd’hui) de date pour la tenue de la prochaine séance électorale afin de laisser une chance aux concertations », a déclaré une source parlementaire de l’opposition. Or, cette phrase, dans sa tournure même, rappelle de mauvais souvenirs aux Libanais car elle a été utilisée plus d’une fois – durant la longue série des 19 reports de la séance présidentielle – pour ajourner impunément une séance parlementaire censée assurer un président à un peuple qui éprouve de plus en plus la désagréable sensation d’aller à la dérive… Cette même source soutient toutefois – peut-être dans une tentative d’égayer le tableau – que les concertations entre Walid Joumblatt et les différents pôles du 14 Mars se sont intensifiées ces derniers jours, dans l’optique d’un accord quelconque avec l’opposition. Elle ajoute qu’il n’y a pas de divergences entre les différents pôles de l’opposition. En outre, le député du mouvement Amal Ali Bazzi n’a pas manqué de relever que « ceux qui rejetteront l’initiative de M. Berry » devront en assumer les conséquences, faisant écho aux propos du secrétaire général du parti Baas prosyrien au Liban, Fayez Chucr, qui est même allé jusqu’à dire que l’initiative Berry est « la seule initiative » susceptible de « sauver » le Liban.
Plus précis, le ministre iranien des Affaires étrangères (AE), Manouchehr Mottaki, n’y est pas allé par quatre chemins : la formule 3x10 sera de nature à accélérer « naturellement » la solution à la crise au Liban. Clairvoyant, il a ajouté que « l’élection d’un président de la République » au Liban resterait « plus simple que la mise en place d’un nouveau gouvernement ». Cette position doit-elle laisser entrevoir une élection « de justesse » d’un président de la République qui, une fois à Baabda, serait condamné à gérer une crise qui dure déjà depuis plus d’un an et demi, tout en veillant à ce qu’elle ne dégénère pas en violences localisées ou, pire, en affrontements plus sérieux à l’échelle nationale ? Que vaudrait alors l’élection d’un président par hypothèse incapable – conjoncture régionale oblige – de former un nouveau gouvernement ? M. Mottaki n’a-t-il pas clarifié la position de son pays, alors qu’il sait pertinemment que le 14 Mars n’adhérera jamais à une répartition des portefeuilles ministériels selon la formule 3x10 ? Cependant, le récent assouplissement affiché par M. Joumblatt serait-il annonciateur d’un compromis sur ce plan, en échange peut-être d’une loi électorale favorable à la majorité ? Toutes ces questions demeurent à l’heure qu’il est sans réponses et, dans ce contexte, l’appel à la société civile, formulé tour à tour par le Parti national libéral (PNL) et par Misbah Ahdab, prend tout son sens. Le PNL et le député de Tripoli ont tous deux, dans une allusion aux récentes initiatives des notaires et présidents de municipalité, appelé la société civile à faire entendre sa voix et à exiger l’élection d’un nouveau président de la République « comme prélude au dialogue », a précisé M. Ahdab. Et, une fois n’est pas coutume, une note d’optimisme pour conclure : selon le quotidien saoudien Okaz qui cite des sources diplomatiques en poste à Beyrouth, « la semaine prochaine sera décisive » pour le Liban, car il existerait une possibilité de parvenir à un compromis qui pourrait déboucher sur l’élection du nouveau président de la République.
Lélia MEZHER
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