Les petits ruisseaux font les grandes rivières. Et, toutes proportions gardées, ce sont les minorités agissantes, parfois une poignée d’hommes, qui font l’histoire. Ou la petite histoire, quand il s’agit d’un petit pays que l’on surcharge de crises presque plus lourdes que la région tout entière. Un Michel Murr, cela pèse combien, en regard, par exemple, d’un Assad ou même d’un Nasrallah ? Quelques petites dizaines de milliers d’électeurs. Qu’il a su, patiemment, habilement, fidéliser au cours de sa longue carrière politique de proximité. Ou encore 700 notables à peine, selon ses propres dires. Jadis, Staline ricanait au sujet du Saint-Siège en lançant son fameux « Le Vatican ? Combien de divisions ? » Il avait terriblement tort. Car quelques décennies plus tard, la colline inspirée de Rome mettait à bas, sous Jean-Paul II, le grand, l’indestructible empire soviétique. On se tromperait de même, toutes proportions gardées bien sûr, en minimisant le phénomène, la percée Murr.
Peut-être bien que, pour l’heure, son engagement en faveur d’une présidentielle rapprochée ne va pas être déterminant, décisif. Le dossier est en effet plombé solidement par des rapports de force, aussi puissants qu’externes, qui se neutralisent. Au profit, finalement, de l’axe, du camp, du clan qui jouent le négativisme. Cela en vertu de la règle mathématique qui veut que moins par plus donne moins.
Longue vue
Mais à terme, l’intifada Murr peut modifier les donnes au niveau du pouvoir local. Et, en même temps, excusez du peu, infléchir sérieusement les mentalités, trop portées actuellement sur un clivage bipolaire.
Comment cela ? La lecture du message est simple. Plus de strapontins, en 2009, pour les opposants chrétiens, alliés des prosyriens, qui s’obstinent à nuire à leur propre communauté, comme au pays, en boudant la présidentielle. Ni au Metn, chez lui, ni, à un moindre degré, au Kesrouan, à Jbeil, à Zahlé et à Ferzol, où son mouvement fait tache d’huile.
Est-ce à dire que le 14 Mars peut se frotter les mains ? Oui et non. Oui, parce que sur le fond essentiel, sa lutte pour un Liban libre, se gagne un précieux appui populaire en pays chrétien. Ce qui réduit notablement la capacité de nuisance du régime syrien. Qui exploite la couverture, indispensable en matière de présidentielle réservée aux maronites, que lui assurent les aounistes, alliés des alliés de Damas.
Le centre
Non, parce que c’est en brandissant l’étendard d’une indépendance politique totale à l’égard des deux camps en présence que Murr agit. Ce qui, nul ne l’ignore, présage l’émergence d’une troisième force, tranquille, regroupée en un centre compact gravitant autour du prochain locataire de Baabda. Des ministres ou députés, des blocs qui lui seraient directement acquis ou s’allieraient à lui. Et dont certains, beaucoup, viendraient du 14 Mars actuel. Formation qui, de plus, pourrait changer de configuration en fonction des alliances électorales régionalisées en 2009.
Autre effet sur les mentalités : Murr fonde son action en suscitant le concours actif de la société civile, professions libérales, organismes économiques, jeunes, universitaires, congrégations, associations diverses (dont la fédération influente des municipalités et des moukhtars) ou simples travailleurs citoyens. L’appel au soutien du privé est coutumier en politique. Mais il a rarement été aussi généralisé et désintéressé. On peut citer ainsi le précédent historique de la révolution blanche de 1952, opérée pacifiquement via une grève, une fermeture générale à Beyrouth. Le renversement du régime, et des données, de l’époque est en quelque sorte de bon augure pour les retombées, à terme, du mouvement contre ceux qui sont contre la présidentielle.
Pression aussi sur les mentalités quand Murr, après bien d’autres, fait valoir qu’il est illicite, illégal et même à la limite criminel de prétendre qu’un député a le droit de bouder son devoir électoral. Car ce n’est pas pour laisser la présidence vacante et l’État sans tête ni âme qu’il a été lui-même élu. Sans compter que la Constitution lui en fait clairement obligation absolue.
Fidélité
Les réfractaires rassemblés autour du général Michel Aoun et auprès du 8 Mars vont-ils se laisser persuader ? Peu probable. D’abord parce qu’un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Ensuite parce que la plupart d’entre eux ne doivent leur strapontin qu’à la sollicitude de leur chef de file. Sans lui, ils auraient du reste d’autant moins de chance de renouveler l’exploit que leur boycott de la présidentielle ne pourrait pas de sitôt s’effacer des mémoires. Quant à espérer se faire coopter par les loyalistes, ils savent qu’ils peuvent toujours courir, comme on dit familièrement. Le 14 Mars a déjà, en effet, un trop-plein de postulants potentiels en son propre sein pour recruter ailleurs. Et puis, le bloc ne comprend pas que les aounistes, il y a aussi Skaff et le Tachnag.
Un peu étrangement a priori, des cadres du mouvement Amal indiquent comprendre parfaitement la portée nationale, en quelque sorte apolitique, du mouvement pour la présidentielle. En organisant une manif dans ce sens route de l’aéroport. Sauf que, on l’aura compris, pour eux, l’élection, qui devrait avoir lieu le 22, s’assortit de conditions posées par leur chef. Un dialogue à partir d’aujourd’hui. Et la 1960.
Sur ce point, les majoritaires estiment nécessaire de réviser la formule, de la moderniser. Rappelant qu’elle était valable pour 99 députés et une configuration de cazas ou de mohafazats totalement obsolète. Pour le cas de Beyrouth, un député « futuriste » dément les opposants qui soutiennent que le courant haririen veut en faire une seule circonscription, en précisant que la capitale devrait être divisée en trois ou quatre secteurs.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les petits ruisseaux font les grandes rivières. Et, toutes proportions gardées, ce sont les minorités agissantes, parfois une poignée d’hommes, qui font l’histoire. Ou la petite histoire, quand il s’agit d’un petit pays que l’on surcharge de crises presque plus lourdes que la région tout entière. Un Michel Murr, cela pèse combien, en regard, par exemple, d’un Assad ou même d’un Nasrallah ? Quelques petites dizaines de milliers d’électeurs. Qu’il a su, patiemment, habilement, fidéliser au cours de sa longue carrière politique de proximité. Ou encore 700 notables à peine, selon ses propres dires. Jadis, Staline ricanait au sujet du Saint-Siège en lançant son fameux « Le Vatican ? Combien de divisions ? » Il avait terriblement tort. Car quelques décennies plus tard, la colline inspirée de Rome...