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Actualités - Opinion

Le Caire et Ryad récusent visiblement Berry, jugé un peu trop prosyrien

Le président Nabih Berry revient bredouille du Caire. Tandis qu’en le faisant poireauter, comme on dit familièrement, sans lui fixer d’audience, Ryad montre à son tour combien il s’en méfie. Et combien il considère que sa nouvelle initiative n’est que de la poudre aux yeux. Lancée, sur directives de Damas, pour faire diversion, contourner, pervertir la feuille de route de la Ligue. Et gagner du temps, pour retarder tant et plus la présidentielle libanaise. Pivot même du conflit qui oppose le couple égypto-saoudien au tandem syro-iranien. Il est dès lors peu probable que l’invitation de Berry à une concertation de trois jours commençant demain pour expirer la veille du 22, énième date fixée pour la présidentielle, tienne le coup et donne quelque chose. Si d’aventure les camps en présence devaient se rendre à la rencontre. Car même le général Aoun, allié du chef d’Amal, n’y est pas favorable. Et fait savoir qu’au mieux il s’y ferait représenter par un simple observateur. Paradoxalement, on tourne donc en rond en faisant du surplace. Les Syriens n’en démordent pas. Il faut un accord préalable sur le gouvernement et sur la loi électorale. Avant d’élire le général Sleimane. Peu importe que le dialogue à cet effet prenne des mois. Les Égyptiens et les Saoudiens n’en démordent pas non plus. Il faut d’abord la présidentielle. Dans les meilleurs délais, car la perpétuation du vide institutionnel met l’État du Liban en sérieux danger de vacuité, de dislocation, de disparition. Avec de menaçantes retombées pour la stabilité régionale. Ils ajoutent que la manœuvre Berry vise également à dédouaner la Syrie. Dans ce sens qu’elle présente le problème comme ayant une cause purement interne, du moment qu’on peut le résoudre par un dialogue du même nom. En laissant de côté, en transgressant l’initiative arabe qui repose sur un constat : pour redonner sa paix politique au Liban, il est nécessaire de traiter le contentieux qui l’oppose à la Syrie, source même de son mal de tête chronique. Président pour un an du sommet arabe, le régime syrien est prié par Ryad et Le Caire d’aider à résoudre la crise libanaise. En allant au plus facile, au plus à la portée de main, l’élection d’un nouveau chef de l’État. C’est-à-dire en cessant de soutenir, ou d’inspirer, les parties locales qui exigent un package deal touffu, complexe, difficile à réaliser sans que l’on n’y mette des mois, voire des années. Surenchères Mais Damas fait la sourde oreille. Et continue de plus belle à entretenir le blocage. Par une spirale sans fin de trouvailles obstructionnistes, variables et graduées. Pour rappel : au début, les opposants se contentaient de demander un cabinet d’union, au nom de leur prétendu droit de participation au pouvoir. Ils précisaient qu’il fallait s’entendre à ce sujet ne serait-ce qu’une demi-heure avant la présidentielle, mais sûrement pas après. Quand on leur a dit que c’était peut-être faisable, ils ont inventé le tiers de blocage. Puis les 45 %, sous prétexte que c’est ce qu’ils ont à la Chambre. Ou encore les trois 10, en se chamaillant d’ailleurs à ce propos, pour rendre les choses encore plus compliquées. Voyant que le 14 Mars était prêt à discuter, à dialoguer, à négocier, ils ont entrepris de le braquer totalement. En affirmant qu’ils devaient avoir un droit de veto sur le prochain président du Conseil comme sur son ministre de l’Intérieur. Quand on leur a fait comprendre que même cela on pourrait en débattre, ils ont martelé d’incroyables exigences concernant la répartition des portefeuilles-clés, la Justice, les Finances, l’Intérieur, les AE. On en passe, et des meilleurs. Pour faire bonne mesure, ils ont rajouté les nominations administratives, notamment sécuritaires ou militaires, dont ils prétendaient se garder l’apanage. Enfin, ils ont sorti de leur besace le code électoral de 1960 qui a besoin d’un dépoussiérage nécessitant des mois et des mois de discussions. Les loyalistes répondent, inlassablement, qu’on ne peut sortir de la crise si l’on ne respecte ni la logique ni la Constitution. Pour former un gouvernement, pour élaborer une loi électorale ou pour engager un dialogue qui soit bien dirigé, qui ne tire pas à hue et à dia, il faut d’abord un président. Au sujet du code électoral, sans être complètement contre la 1960 revisitée en fonction de l’évolution que le pays politique a connue, les loyalistes s’étonnent que les opposants mettent si vite au panier le projet de la commission Boutros. Et ses réformes essentielles, prévues pour moderniser le scrutin. Ils se demandent également pourquoi l’on ne respecte pas le nombre de 108 que Taëf a édicté et qui a été augmenté de 20 strapontins. Pour le fond, ils répètent que ni la majorité ni aucun président potentiel digne de ce nom ne peuvent accepter les conditions rédhibitoires que les prosyriens posent. Et qui paralyseraient à jamais l’État. Cependant, il convient de relever que certains opposants modérés commencent à ouvrir les yeux dans la foulée de l’intifada Murr. En confiant, en privé, que la présidentielle d’abord leur semble un slogan d’autant plus valable qu’ensuite toutes les alliances, ou presque, pourraient changer. En fonction de la part, et du poids attractif, du nouveau régime. Comme dans la perspective des prochaines législatives. À leur avis, après la présidentielle, il n’y aurait plus vraiment de majorité et de minorité. On verrait peut-être émerger un centre fort, regroupant des membres du 8 comme du 14 Mars, s’appuyant beaucoup sur la société civile. Un mouvement qui prendrait le nom de Rassemblement pour la République. Et l’une des causes de la crise se trouverait ainsi gommée. Philippe ABI-AKL
Le président Nabih Berry revient bredouille du Caire. Tandis qu’en le faisant poireauter, comme on dit familièrement, sans lui fixer d’audience, Ryad montre à son tour combien il s’en méfie. Et combien il considère que sa nouvelle initiative n’est que de la poudre aux yeux. Lancée, sur directives de Damas, pour faire diversion, contourner, pervertir la feuille de route de la Ligue. Et gagner du temps, pour retarder tant et plus la présidentielle libanaise. Pivot même du conflit qui oppose le couple égypto-saoudien au tandem syro-iranien.
Il est dès lors peu probable que l’invitation de Berry à une concertation de trois jours commençant demain pour expirer la veille du 22, énième date fixée pour la présidentielle, tienne le coup et donne quelque chose. Si d’aventure les camps en présence devaient se rendre à...