En dépit, ou à cause, de la déception suscitée par les piteux résultats du sommet, les protagonistes du cru attendent maintenant une reprise de la mission Moussa. Sans trop y croire, mais parce que, objectivement, il faut donner sa chance à la chance. C’est-à-dire que tout en préparant leurs plans pour le cas d’un fiasco confirmé de l’initiative arabe, les uns et les autres s’abstiennent pour le moment de tout mouvement substantiel en avant ou en arrière. Ce qui ne les empêche pas, bien sûr, d’entretenir la flamme du combat en continuant à polémiquer.
Pour le fond, scepticisme et pessimisme restent de mise. Car le régime syrien bloque à tout crin, en courant toujours derrière un quadruple objectif. D’abord, tenter de forcer les Américains à traiter avec lui directement. Sur le Liban comme sur la reconnaissance de son rôle régional par rapport à l’Irak ou à la Palestine. Ensuite, obliger les Saoudiens et les Égyptiens à plier. Pour être mieux en mesure de rétablir sa mainmise sur ce pays. Enfin, et sans doute surtout sur le plan ponctuel, s’armer au mieux pour contrer le tribunal international, sa bête noire.
Damas la joue facile, comme on dit familièrement. Parce que même s’il n’atteint pas les buts précités, il obtiendrait à tout le moins la déliquescence, voire l’annihilation, d’un État libanais de droit, libre et indépendant, qu’il considère comme une épine dans son flanc. Un État sans président, sans Parlement et sans gouvernement en mesure de fonctionner à plein.
Camouflet
Quelles sont les perspectives, que va devenir la présidentielle ? Le bilan du sommet arabe n’est pas nul, ou insipide comme le qualifient les loyalistes, mais carrément négatif. Il consacre l’exacerbation de la lutte des axes. Au point que l’Iranien, invité des Syriens, a pu se permettre de bafouer publiquement les Arabes au sujet des trois îles du Golfe. D’une manière plus implicite, les prises de position antagonistes concernant le dossier libanais induisent que la scène locale reste vouée à servir de lice pour des règlements de comptes entre les protagonistes de cet affrontement extérieur.
Ce qui signifie la disparition de l’ancien concept de troïka arabe, Syrie-Égypte-Arabie saoudite habilitée, comme à Taëf, à conclure des arrangements sur le cas libanais, avec la bénédiction des Américains.
D’ailleurs, la donne se trouve aujourd’hui fondamentalement différente, par l’entrée en jeu, et en force, de l’Iran. Sur un plan global, en effet, on peut parler de deux projets régionaux opposés, l’iranien et l’américain. Une orbite double à laquelle ni la Syrie, d’un côté, ni l’Égypte ou l’Arabie saoudite, en face, ne peuvent se dégager vraiment. Même au Liban.
On comprend dès lors combien les espoirs attachés à l’initiative arabe restent limités localement. Et combien l’appel des loyalistes à un traitement par Moussa des relations syro-libanaises peut paraître, en soi, incomplet. Mais indépendamment des considérations régionalo-internationales, pour importantes qu’elles soient, on voit mal comment la Ligue peut se dépêtrer de l’imbroglio local. Touffu, complexe, tissé de contradictions ahurissantes. Comme le fait que Michel Sleimane, déclaré à l’unanimité candidat unique de consensus, n’est toujours pas élu.
En même temps, on ne sait pas par quel prodige Moussa, qui répète lui-même qu’il n’a pas de baguette magique en main, pourrait contourner la décision d’obstruction syrienne. Proclamée en sa présence même, à Damas, par un Moallem affirmant qu’il revient aux Libanais de régler leurs problèmes entre eux. Seuls, ce qui équivaut à tirer un trait définitif sur l’initiative arabe.
Réponse
C’est ce que relèvent les pôles du 14 Mars. Qui répondent en réaffirmant leur attachement à la proposition arabe de sortie de crise. Et en rappelant que depuis son retrait, la Syrie provoque crise sur crise à travers ses alliés, pour mieux tenir en main la clé d’une solution. Et en négocier l’usage au prix fort. Dès le départ, au double sens du terme, dès le retour de ses troupes at home, Assad avait annoncé la couleur. En prédisant aux Libanais anarchie et vide institutionnel.
Selon un cadre indépendantiste, le régime syrien pousse la duplicité jusqu’à soutenir qu’il est pour tout règlement sur lequel les Libanais s’entendraient, alors qu’il les empêche d’y parvenir. À preuve le sort d’annulation réservé aux résolutions du comité national de dialogue, prises à l’unanimité. Ou encore le barrage opposé à la réalisation des résolutions de l’ONU, 1701 et 1559 en tête. À preuve aussi l’obstruction manifeste, via des conditions préliminaires rédhibitoires, à l’élection de Michel Sleimane. Reconnu pourtant comme candidat de consensus non seulement par ses compatriotes, mais également par les Arabes ou la communauté internationale.
Dans une vaine tentative de persuasion, un ancien ministre demande de son côté aux opposants d’élire le général commandant en chef, sans voir là la condamnation de leurs revendications. Ni l’effacement de leur rôle, de leur capacité d’infléchir politiquement le cours des choses. Ainsi, rappelle-t-il, du temps de Chamoun, l’opposition avait pu faire largement acte de présence, malgré les efforts du régime pour l’évincer. De même sous Frangié ou sous Gemayel. Sans compter qu’un président de consensus n’aurait certainement pas vocation de laminer un camp quelconque. Il les invite à prendre conscience de la nécessité primordiale pour toutes les forces politiques réunies de préserver avant tout l’entité nationale.
Philippe ABI-AKL
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Pour le fond, scepticisme et pessimisme restent de mise. Car le régime syrien bloque à tout crin, en courant toujours derrière un quadruple objectif. D’abord, tenter de forcer les Américains à traiter avec lui directement. Sur le Liban comme sur la...