Rechercher
Rechercher

Actualités

Le pré du vendredi saint Louis INGEA

Sorti sous le soleil, ce matin de vendredi saint, pour écouter le silence de la nature selon le conseil de notre prédicateur, au cours d’une retraite spirituelle, j’ai dû traverser un pré avant de m’isoler un long moment et essayer de prier. Les yeux baissés vers le sol ont permis à mon regard de balayer la surface de l’herbe. Sous mes pieds, un tapis mousseux de pousses folles. Des taches vertes d’abord, regroupées ici ou là. Mais également, mais surtout des touffes plus étalées, raides et desséchées, qui m’apparaissent agresser le lieu, séparant entre elles tout en les unissant les zones de verdure noyées au milieu de l’ensemble. En un mot, des touches abstraites et bicolores qui animent le sol et habitent l’espace. Inévitablement alors se dessine dans mon esprit la carte géographique du monde, comme préfigurée en miniature par ce jeu improvisé qui interpelle mon attention. Ce pré me suggère l’image de notre planète gonflée d’êtres vivants qui se pressent les uns contre les autres, à la manière de ces brins d’herbe enchevêtrés. J’y décèle, presque sans effort d’imagination, une analogie frappante avec notre condition humaine. J’ai l’impression que ce que mes yeux croient lire sur le sol bigarré n’est que le reflet de cette humanité-là. La partie verdoyante, dessinée en petites surfaces, illustre pour moi la masse des «?croyants en la vie?». C’est précisément elle qui a la chance, ou la grâce de pouvoir se nourrir, malgré tout, de la sève qui sourd des profondeurs. Une sève toujours présente, discrète mais généreuse, qui s’offre à qui veut, à qui sait la prendre et se l’assimiler. Le vert et le tendre sont des symboles de vie. Symboles alimentés par un courant invisible et réel qui irrigue, comme le fait l’amour, ce qui n’était, au départ, que matière. Ô couleur chrétienne du monde?! Ô vibration sublime dans le milieu divin?! Alors que l’herbe sèche, tenacement planquée parmi ces manifestations de l’élan vital, me rappelle cruellement ce dessèchement continu d’une grande partie des êtres vivants qui, hélas, ignorent encore ou refusent de plein gré les appels si proches de la vérité et de la beauté universelles. Par endroits, les fétus, privés de vie, privés de sang, privés d’amour, ne sont plus que brindilles couchées et noircies, écrasées sous les pas, tout juste propres à provoquer quelque feu follet qui ira se consumer en fumée. Alors je reste rêveur devant le tableau et mes yeux s’attardent sur ces minuscules carrés de verdure, mouchetés de points blancs, pâquerettes du printemps annonciatrices d’une vie qui doit se renouveler, se reprendre, envahir les surfaces. Et je me rends compte que plus les taches vertes sont éparses, plus est fort leur témoignage sur la vérité et la vie?: «?Vous êtes le sel de la terre?», nous a dit Celui qui est la sève même de l’univers. Comparons-nous donc à ces pousses silencieuses, fraîches et colorées qui sont le «?murmure permanent de la Création?». Parce que perdues encore parmi les amas desséchés, elles ne sont que davantage les prémisses et les semences qui doivent fertiliser la terre entière. Douces et entêtées, tendres et constantes, timides et porteuses d’espérance, c’est-à-dire de vie, c’est sur elles que repose l’attente du Seigneur de toute vie. Dans ce Liban déchiré, dans cet Orient pourri d’obscurantisme, mais aussi berceau de spiritualité, soyons, nous autres chrétiens libanais et pauvres pécheurs, les agents ardents et actifs qui allons perdurer, par-delà la misère ambiante, et transmettre aux générations montantes le flambeau sacré de la civilisation du cœur. Afin de conserver et puis de répandre ce levain de l’humanité, cette espérance radieuse, cette confiance dans le message de Celui qui fut, qui est et qui restera, en toute quiétude, le phare de tout ce qui se meut, de tout ce qui évolue, de tout ce qui atteste et diffuse la seule lumière du monde?: je veux dire le Christ Jésus, fils de Marie et fils de Dieu… Louis INGEA Architecte d’intérieur Article paru le vendredi 28 mars 2008
Sorti sous le soleil, ce matin de vendredi saint, pour écouter le silence de la nature selon le conseil de notre prédicateur, au cours d’une retraite spirituelle, j’ai dû traverser un pré avant de m’isoler un long moment et essayer de prier.
Les yeux baissés vers le sol ont permis à mon regard de balayer la surface de l’herbe. Sous mes pieds, un tapis mousseux de pousses folles. Des taches vertes d’abord, regroupées ici ou là. Mais également, mais surtout des touffes plus étalées, raides et desséchées, qui m’apparaissent agresser le lieu, séparant entre elles tout en les unissant les zones de verdure noyées au milieu de l’ensemble. En un mot, des touches abstraites et bicolores qui animent le sol et habitent l’espace.
Inévitablement alors se dessine dans mon esprit la carte géographique du monde, comme...