Le patriarche Sfeir s’oppose à l’élection à la moitié plus un. Le général Sleimane n’en veut pas non plus. Même les Américains y sont réfractaires et l’ont fait savoir à Geagea qui les démarchait à ce propos. Car à leur avis, et malgré ses dénégations-assurances, le risque d’une guerre civile deviendrait alors trop élevé.
Mais malgré ce faisceau de réticences-pressions, le 14 Mars envisage de plus en plus de recourir à cette procédure. Pour contrer ce torpillage manifeste de la présidentielle, donc de l’État même, de sa souveraineté, de son autorité et de son indépendance, que le quorum des deux tiers rend possible.
Il s’agit, en somme, de sauver le Liban, en tant qu’entité autonome, de la perdition, voire du retour à l’esclavage ou de l’éclatement. Cela, évidemment, une fois que tous les recours sensés auront été épuisés. Après confirmation de l’impasse dans le traitement du conflit, tout à fait déterminant pour la scène libanaise, qui oppose la Syrie à l’Arabie saoudite, épaulée par l’Égypte, parallèlement à l’exacerbation de la lutte des axes mettant en présence Washington et le tandem Damas-Téhéran.
Célérité
Beaucoup estiment, au sein de la majorité, qu’aussitôt après la clôture du sommet boudé par le Liban, il faudra aller très vite en besogne. Élire de suite le général Sleimane. Prendre les devants avant que le pourrissement ne s’installe et ne génère des troubles de rue. Bien entendu, d’ultimes pressions diversifiées seraient exercées sur les opposants pour les porter à participer à la séance électorale. Mais si ces efforts ne devaient pas porter leurs fruits, alors une élection à la majorité absolue, c’est-à-dire simple, s’imposerait d’elle-même. À tout prix, c’est-à-dire au risque d’un dérapage sécuritaire. Danger que ces majoritaires minimisent, en mettant l’accent sur la confiance qu’inspirent l’armée et les FSI. Institutions sur lesquelles les Américains, selon des cadres qui ont accompagné Geagea à Washington, ne tarissent pas d’éloges, question prévention et maintien de l’ordre.
Atermoiements
En face, Berry confirme son intention d’effectuer une tournée en Syrie, en Iran, en Égypte, en Arabie saoudite, mais aussi en France et en Italie, pour lancer une initiative à trois ogives : la sienne propre, basée sur la reprise du dialogue au Parlement, sur l’élection de Sleimane, sur les trois 10 et sur le caza. Celle de la Ligue, ensuite, avec retour de Moussa à Beyrouth. Boostée par une réactivation de la conciliation européenne, via Solana ou des émissaires de Paris.
Mais les loyalistes soutiennent que Berry se met en mouvement sur prescription syrienne. Pour perdre ou gagner du temps, meubler l’espace politique avec l’imbroglio des conditions sans fin. Empêcher, en somme, l’élection de Sleimane. Priorité absolue, comme le souligne le secrétaire général du 14 Mars, Farès Souhaid, pour qui l’après-sommet ne devra en rien ressembler à l’avant-sommet. Signifiant par là que la majorité ne restera plus les bras croisés.
Une note
Retour à Samir Geagea. Selon sa suite, il a remis à ses interlocuteurs américains, comme à Ban Ki-moon, un mémoire développant les points suivants :
– Nécessité d’assurer sans tarder l’élection du général Sleimane, premier point de l’initiative arabe, pour prévenir les multiples retombées négatives, voire néfastes, d’une perpétuation du vide institutionnel au Liban. Priorité qui justifierait, en cas d’échec confirmé de toutes les conciliations, le recours au droit constitutionnel de la majorité d’élire le président à la moitié plus un.
– Barrage à l’implantation des réfugiés palestiniens, dont le droit de retour doit être consacré. Les équilibres démographiques ne permettent pas au Liban d’intégrer la population palestinienne, appelée à rejoindre l’État palestinien qui doit être créé, comme Bush l’a promis. Les États-Unis sont donc invités à se prononcer clairement contre l’implantation (faisant écho à cette demande, Welsh a de fait déclaré au Congrès que Washington est contre l’implantation et pour l’application de la résolution onusienne 194 de 1948).
– Appel à une action accélérée pour la libération des Libanais détenus tant en Syrie qu’en Israël. Un problème qui constitue une bombe à retardement et dont le règlement peut servir d’entrée en matière à un traité de paix régional.
– Accentuation de l’aide et du soutien à l’armée libanaise, en équipements divers et en armement, pour renforcer ses capacités, du reste amplement prouvées à Nahr el-Bared ou dans des incidents de rue, de veiller à la paix civile au Liban.
– Tracé et surveillance des frontières avec la Syrie, pour couper court au trafic d’armes, et à l’infiltration d’éléments palestiniens et d’activistes fondamentalistes.
– Traitement de la question de Chebaa qui ne doit pas rester en suspens. L’enclave devrait être placée sous contrôle de l’ONU en attendant l’homologation de son appartenance, libanaise ou syrienne, selon que les deux pays auront convenu. En n’oubliant pas, à ce propos, que le Liban a déjà présenté toutes les pièces et tous les documents prouvant ses droits.
Philippe ABI-AKL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le patriarche Sfeir s’oppose à l’élection à la moitié plus un. Le général Sleimane n’en veut pas non plus. Même les Américains y sont réfractaires et l’ont fait savoir à Geagea qui les démarchait à ce propos. Car à leur avis, et malgré ses dénégations-assurances, le risque d’une guerre civile deviendrait alors trop élevé.
Mais malgré ce faisceau de réticences-pressions, le 14 Mars envisage de plus en plus de recourir à cette procédure. Pour contrer ce torpillage manifeste de la présidentielle, donc de l’État même, de sa souveraineté, de son autorité et de son indépendance, que le quorum des deux tiers rend possible.
Il s’agit, en somme, de sauver le Liban, en tant qu’entité autonome, de la perdition, voire du retour à l’esclavage ou de l’éclatement. Cela, évidemment, une fois que tous...