L’appel des autorités religieuses à implorer le Ciel pour que les pluies hivernales arrosent l’île n’aura pas suffi : Chypre est confrontée à une des pires sécheresses de son histoire moderne, qui laisse son gouvernement démuni et fait planer la menace d’une sévère pénurie d’eau.
Située à 500 km des portes du désert égyptien, l’île de Méditerranée est habituée aux périodes de disette. Mais la fréquence et l’acuité accrues des épisodes ont fini par avoir raison des modestes réserves. Les barrages sont vides, tel celui de Kouris (115 millions de mètres cubes théoriques), sec à 96 %.
« Nous sommes au seuil d’un désastre », déclare à l’AFP le Dr Costas Papastavros, spécialiste des questions de climatologie et d’environnement. « La situation est très grave. Nous sommes au-devant d’une crise », confirme le porte-parole du nouveau gouvernement, Stephanos Stephanou.
Depuis octobre, il n’est tombé que 100 mm environ à Larnaca (Sud) et Nicosie, soit respectivement 31 % et 44 % de la normale, des records.
« La sécheresse de cette année est une des pires depuis un siècle. Nous sommes là face aux conséquences d’un changement climatique. À l’étude des statistiques, c’est une évidence », clame le Dr Papastavros, qui est à la tête d’un comité national sur la question.
Selon les chiffres de la météorologie nationale, au cours des 20 dernières années, les précipitations ont été à 15 reprises inférieures à la normale (calculée sur la période 1900-2005). En un demi-siècle, elles ont chuté de quelque 15 %, tandis que la température augmentait, elle, d’un degré.
Ces derniers mois, face à la perspective d’une pénurie, les responsables chypriotes ont paru pris de court, masquant mal une certaine improvisation.
En début d’année, le gouvernement de l’ex-président Tassos Papadopoulos a décidé en urgence la construction d’une usine mobile de dessalement près de Limassol (Sud). Mais elle n’entrera en fonctions qu’en octobre.
Lundi à Nicosie, le nouveau président Demetris Christofias a, lui, dirigé une réunion de crise sur le sujet, à coup sûr une des priorités de son début de mandat après la question de la réunification de l’île. Lors de celle-ci, il a notamment été décidé de réduire d’un tiers les livraisons d’eau aux organismes locaux de distribution, charge à eux de gérer la pénurie. À Nicosie, la fourniture d’eau sera limitée à trois fois par semaine pendant 12 heures à partir de vendredi.
La Grèce a en outre été appelée à l’aide. « Nous avons décidé de créer les infrastructures pour faire venir au moins huit millions de m3 par bateau. Mais cela demande cinq mois de délai », indique Stephanos Stephanou.
Selon ce porte-parole, ce sont avant tout les caprices du temps qui sont à blâmer dans la situation actuelle. « Il semble que nous n’ayons pas assez pris au sérieux la question de la baisse des précipitations et les mises en garde scientifiques dans notre modèle de développement », estime toutefois Costas Papastavros.
Au cours des dernières années, la construction de nouvelles usines de dessalement – Chypre en compte déjà deux, qui fournissent plus du quart des réserves – a été remise à plus tard. Dans le même temps, la construction d’une dizaine de complexes voués au golf (parcours, villas avec piscines) a été autorisée.
Pour le moyen terme, le gouvernement actuel projette de faire construire deux nouvelles usines de dessalement... qui n’en sont pas moins polluantes, relève le Dr Papastavros. Selon lui, l’agriculture de l’île doit aussi être repensée. « Il faut privilégier les cultures méditerranéennes au détriment des productions gourmandes en eau, comme la pomme de terre ou la banane, affirme-t-il. Car la sécheresse est là, et pour longtemps. »
Guillaume KLEIN (AFP)
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Située à 500 km des portes du désert égyptien, l’île de Méditerranée est habituée aux périodes de disette. Mais la fréquence et l’acuité accrues des épisodes ont fini par avoir raison des modestes réserves. Les barrages sont vides, tel celui de Kouris (115 millions de mètres cubes théoriques), sec à 96 %.
« Nous sommes au seuil d’un désastre », déclare à l’AFP le Dr Costas Papastavros, spécialiste des questions de climatologie et d’environnement. « La situation est très grave. Nous sommes au-devant...