Le propre d’une crise mal traitée, c’est de générer sans cesse de nouvelles complications. Avec des effets plus ou moins graves, parfois surprenants. Ainsi le débat s’articule-t-il maintenant sur le sommet et sur la participation libanaise. Ahurissant paradoxe : pour des raisons radicalement contraires, bon nombre de loyalistes et d’opposants estiment que le Liban devrait bouder la conférence. Les uns pour protester contre le blocage syrien de la présidentielle, les autres parce qu’ils récusent la représentativité de l’équipe Siniora.
Mais dans un camp comme dans l’autre, on entend des voix s’élever pour soutenir qu’au contraire, le Liban ne doit pas s’absenter. Pour ne pas créer un précédent à partir duquel les Arabes, et l’opinion locale également, s’habitueraient à considérer ce pays politiquement annulé.
Là aussi les raisons des majoritaires et des minoritaires divergent. Les premiers tiennent à ce que le pouvoir constitutionnel se fasse bien reconnaître comme légitime. Ils font valoir en même temps un argument matériellement plus discutable. À savoir que la délégation libanaise représenterait la seule présidence chrétienne de la Ligue, une composante unique qu’il ne faut pas évincer.
Fantaisies
Comment donner corps à cette formule ? Certains avancent que Siniora devrait diriger la délégation, mais se faire accompagner par une suite composée essentiellement d’officiels chrétiens.
D’autres assurent que le président du Conseil devrait, pour l’occasion, s’effacer au profit d’un chef de délégation chrétien. Ils suggèrent un nom plausible : Amine Gemayel, ancien chef de l’État. Comme il ne fait pas partie du Conseil des ministres, président par intérim, on le nommerait ministre auparavant, à la place de son fils, le regretté Pierre Gemayel.
Autre suggestion qui circule dans ces milieux : dépêcher Michel Sleimane à la tête d’une mission composée de hauts fonctionnaires du palais Bustros. Les tenants de cette idée font valoir que, de la sorte, l’on marquerait bien, aux yeux des Arabes et du monde, la volonté de faire du commandant en chef, candidat de consensus, le prochain chef de l’État libanais. En même temps, il ferait ses premières armes sur la scène diplomatique et prendrait langue avec les leaders arabes, notamment avec Assad. Pour s’en retourner éventuellement avec une position syrienne assouplie, facilitant son élection.
Mais, bien entendu, la plupart des loyalistes sont contre un tel expédient. Ils soutiennent que Sleimane doit impérativement être élu avant le sommet, pour y représenter valablement le Liban. Et pour mieux préparer sa contribution à l’étape suivante, la mise en place d’un cabinet dit d’union nationale.
Souhait
Du côté des opposants, certains souhaitent la participation libanaise pour que la Syrie, en tant qu’organisateur, ne se voie reprocher aucun couac sérieux. Car l’absence complète d’un membre de la Ligue serait un désaveu bien plus rude que sa sous-représentation. Dans le cas où des États, comme l’Arabie saoudite, l’Égypte et d’autres, décideraient de ne pas assister à la conférence au top niveau.
Toujours est-il que, sur le plan officiel, le Liban attend de voir ce que la Syrie va faire avant de décider s’il doit ou non participer au sommet. Plus exactement, il s’agit de voir si elle va débloquer la présidentielle, qui aurait alors lieu le 25. Et le carton d’invitation délivré à Siniora serait alors déféré à Sleimane. C’est ce que prévoient des diplomates accrédités à Beyrouth. Qui ajoutent toutefois que Damas aurait ensuite tout loisir, lors de la formation du nouveau gouvernement, de faire rebondir la crise. Notamment pour continuer son combat de retardement contre le tribunal international.
Moghniyé
Damas confirme, par ailleurs, qu’il ne compte pas convier des extra, comme l’Iran, la Turquie ou l’Afrique du Sud. Selon certains observateurs, ce serait en même temps pour marquer le caractère « solidarité arabe » de la rencontre, et pour éviter des questionnements sur l’affaire Imad Moghniyé. Car, jusqu’à présent, le régime syrien n’a pas livré d’informations sur l’enquête, comme il avait promis de le faire. Ces mêmes observateurs s’étonnent du reste que la Syrie n’ait pas envoyé de représentant aux funérailles et n’ait pas présenté des condoléances à Nasrallah, comme l’Iran l’a fait.
Côté crise, c’est le surplace. Damas, répètent les loyalistes, bloque tout pour neutraliser autant que faire se peut le tribunal international. Et l’Iran préfère également, d’après eux, maintenir le vide au Liban. À la stricte condition que cela ne dégénère pas au niveau de la rue.
Philippe ABI-AKL
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Le propre d’une crise mal traitée, c’est de générer sans cesse de nouvelles complications. Avec des effets plus ou moins graves, parfois surprenants. Ainsi le débat s’articule-t-il maintenant sur le sommet et sur la participation libanaise. Ahurissant paradoxe : pour des raisons radicalement contraires, bon nombre de loyalistes et d’opposants estiment que le Liban devrait bouder la conférence. Les uns pour protester contre le blocage syrien de la présidentielle, les autres parce qu’ils récusent la représentativité de l’équipe Siniora.
Mais dans un camp comme dans l’autre, on entend des voix s’élever pour soutenir qu’au contraire, le Liban ne doit pas s’absenter. Pour ne pas créer un précédent à partir duquel les Arabes, et l’opinion locale également, s’habitueraient à considérer ce pays...