L’épisode de la crise en Amérique latine a valu un demi-succès au président vénézuélien Hugo Chavez, acteur-clé de la réconciliation dans une région, où sa campagne contre les États-Unis et son soutien aux FARC sont encore loin de faire l’unanimité.
Après avoir jeté de l’huile sur le feu durant une semaine, cet orateur au naturel bouillant a scellé la paix entre la Colombie et l’Équateur, par une intervention pleine de mesure, lors du sommet du Groupe de Rio, vendredi à Saint-Dominigue. « Il est incontestable que Chavez a joué un rôle important et que son attitude a été fondamentale pour le dénouement de la crise », a expliqué Carlos Romero, professeur de sciences politiques à l’Université centrale du Venezuela (UCV), dans un entretien à l’AFP. Toutefois, selon cet expert en relations internationales, le dirigeant vénézuélien a aussi « suscité de nombreux doutes » en apportant son soutien aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC). M. Chavez avait qualifié de « bons révolutionnaires » la vingtaine de guérilleros marxistes, abattus lors de l’incursion de l’armée colombienne en territoire équatorien, qui a déclenché toute la crise le 1er mars. Chef de file de la gauche radicale, cet allié de Cuba avait en outre accusé « l’empire américain et ses laquais », – une allusion aux États-Unis et au président colombien Alvaro Uribe –, de vouloir implanter une « colonie ».
« Cette rhétorique ne fonctionne pas dans la région, où la majorité des pays ne veulent plus être étiquetés, ni comme alignés sur les États-Unis ni comme anti-impérialistes », souligne M. Romero, en citant le cas du Brésilien Luiz Inacio Lula da Silva ou de la Chilienne Michelle Bachelet, tous deux à gauche. Seul le président du Nicaragua, Daniel Ortega, ancien chef de la guérilla sandiniste, avait emboîté le pas de son allié équatorien Rafael Correa, en rompant ses relations diplomatiques avec la Colombie, allié traditionnel des États-Unis. Les 34 pays de l’Organisation des États américains (OEA) refusaient en revanche de condamner explicitement la Colombie, dans une résolution qui reconnaissait seulement la « violation de souveraineté » de l’Équateur.
« Chavez a fait preuve d’une grande habileté politique en désamorçant la crise, mais les problèmes de fond demeurent », a estimé pour sa part Edmondo Gonzalez Urrutia, directeur du Centre d’analyse diplomatique et stratégique à Caracas. Cet ancien ambassadeur du Venezuela redoute notamment « le risque de nouveaux incidents » avec les FARC, toujours très présents dans la région frontalière avec l’Équateur.
La question des otages pourrait aussi donner lieu à de nouvelles passes d’armes. M. Chavez, qui a obtenu la libération de six d’entre eux depuis le début de l’année, n’a pas l’intention de mettre fin à son rôle de médiateur, dont l’ont déchargé les autorités colombiennes. D’ailleurs, samedi M. Chavez a lancé un appel au chef des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), Manuel Marulanda, pour qu’il libère Ingrid Betancourt. « Il est devenu incontournable dans le dossier des otages. Mais seul son rôle de négociateur lui est bénéfique », a expliqué le directeur de l’Institut d’enquêtes indépendant Datanalisis, Luis Vincente Leon. « Dans son propre pays, les habitants ne portent pas les FARC dans leur cœur et ils ne voient pas d’un bon œil la sympathie que leur témoigne leur président », signale ce politologue vénézuélien, joint par téléphone à l’AFP. À force de se focaliser sur son audience internationale, M. Chavez pourrait « se mettre en danger chez lui », souligne-t-il. Les électeurs lui ont d’ailleurs infligé en décembre sa première défaite en rejetant sa réforme constitutionnelle qui instituait un socialisme d’État.
Philippe ZYGEL (AFP)
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Après avoir jeté de l’huile sur le feu durant une semaine, cet orateur au naturel bouillant a scellé la paix entre la Colombie et l’Équateur, par une intervention pleine de mesure, lors du sommet du Groupe de Rio, vendredi à Saint-Dominigue. « Il est incontestable que Chavez a joué un rôle important et que son attitude a été fondamentale pour le dénouement de la crise », a expliqué Carlos Romero, professeur de sciences politiques à l’Université centrale du Venezuela (UCV), dans un entretien à l’AFP. Toutefois, selon cet expert en relations...