Ce n’est plus un secret pour personne : le dossier brûlant sur les tables arabes est actuellement le prochain sommet prévu pour la fin mars à Damas. C’est sur cette question, très épineuse, que portent les efforts des médiateurs et les pronostics des analystes. Tout comme le sort du Liban, ou en tout cas celui de la présidentielle, semble en dépendre. D’une part, ce sommet doit se tenir à Damas pour la première fois et, d’autre part, son timing intervient à une période cruciale pour la région, où l’Administration américaine multiplie les menaces à l’égard de la Syrie et de l’Iran, et de ceux qu’elle considère comme leurs alliés, le Hezbollah et le Hamas. Dans un contexte aussi explosif, la tenue du sommet est très importante pour la Syrie qui espère en tirer au minimum un communiqué final de solidarité avec elle, face aux pressions dont elle fait l’objet.
Mais un tel communiqué a son prix et, après des mois de tension larvée, le conflit est désormais ouvert. L’Arabie saoudite et avec elle les régimes arabes dits pro-occidentaux ont décidé de pousser la Syrie à faire des concessions, notamment au Liban, en facilitant l’adoption d’un compromis entre l’opposition et la majorité. Mais à travers la poursuite de la crise libanaise, ce sont les deux projets contradictoires dans la région qui continuent de s’affronter...
Selon une source diplomatique libanaise, les médiateurs multiplient les efforts pour tenter d’éviter une aggravation des relations syro-saoudiennes qui aurait des conséquences désastreuses, non seulement sur le sommet lui-même mais aussi sur l’ensemble de la région. Selon cette source, l’émir de Dubaï s’est rendu récemment à Damas pour tenter d’organiser une rencontre entre le roi Abdallah d’Arabie et le président Bachar el-Assad dans un terrain neutre, notamment aux Émirats. L’idée n’a pas eu de suite. Le président Hosni Moubarak a ensuite tenté une médiation entre les deux pays. Le général Omar Sleimane, qui entretient de bonnes relations avec les Syriens et avec les Saoudiens, avait même établi un plan qui aurait permis aux deux parties de s’entendre sur un règlement de la crise libanaise, et le président égyptien en a développé les points avec le souverain saoudien. Il s’agissait d’abord de faciliter l’élection du général Michel Sleimane à la présidence de la République libanaise, avant la tenue du sommet arabe.
En contrepartie, l’opposition libanaise obtiendrait une promesse ferme de la majorité au sujet de la nouvelle loi électorale qui devrait se baser sur de petites circonscriptions électorales.
En ce qui concerne le gouvernement d’union nationale, les propositions égyptiennes prévoyaient de maintenir l’équipe actuelle tout en l’élargissant et en y incluant des ministres du CPL. Si un tel accord est adopté, le roi Abdallah d’Arabie accepterait de participer au sommet de Damas, où le général Michel Sleimane, devenu président, représenterait le Liban. Ces propositions n’ont pas été jugées acceptables, ni par le roi d’Arabie ni par le président syrien. C’est pourquoi, affirme la source diplomatique libanaise, le président Hosni Moubarak a décidé de déclarer ouvertement que la Syrie est impliquée dans la crise politique libanaise. Le président égyptien, souligne la source diplomatique, a quand même pris soin de faire cette déclaration à partir de Bahreïn, car cela aurait eu une tout autre signification s’il l’avait faite à Ryad. La source diplomatique estime ainsi que cette nuance maintient la porte ouverte aux négociations et c’est dans ce cadre qu’il faut inscrire la visite du prince héritier du Qatar, hier, à Damas, alors que son Premier ministre s’est rendu à Téhéran dans la même journée.
La source diplomatique libanaise précise que si les volontés existent, le temps qui reste avant la tenue du sommet est amplement suffisant pour trouver des solutions. Mais dans le climat actuel de tensions interarabes, la même source émet des doutes sur le succès des médiations en cours. Elle précise même qu’un scénario similaire à celui qui s’était produit l’an dernier à Ryad, où le roi Abdallah et le président Assad avaient tenu trois réunions consécutives, dont deux en tête à tête, juste pour détendre l’atmosphère le temps du sommet, n’est pas envisageable. Soit il y a une solution, soit le conflit restera ouvert, estime la source diplomatique, qui précise qu’une formule a déjà été trouvée pour remettre au président syrien la présidence du sommet pour toute l’année. En principe, c’est le président sortant – dans le cas précis le roi Abdallah d’Arabie – qui remet à son successeur la présidence du sommet. Mais si le président en exercice n’est pas présent, le nouveau président pourrait prendre ses fonctions directement du secrétaire général de la Ligue arabe. C’est dire que l’atmosphère n’est pas à l’optimisme... Mais la diplomatie arabe peut encore réserver des surprises.
Scarlett HADDAD
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