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Actualités - Opinion

Un débat télévisé, deux avis Guerre ou paix, qui décide ?

Le secrétaire général de la rédaction de L’orient-le jour, Michel Touma, a très bien défendu la cause des « indépendantistes » lors du débat qui l’a opposé le 20 février au député Farid el-Khazen sur OTV. Reste une question qui a été trop brièvement soulevée lors de ce débat ; il s’agit de la décision de guerre prise par le Hezbollah en juillet 2006. En fait, pratiquement tous les débats politiques reprennent à un moment ou à un autre cette affaire de responsabilité, et chaque partie campe sur ses positions. Ce qui nous amène à proposer cet argumentaire avéré, un raisonnement point par point. • Sur la décision de guerre et de paix en juillet 2006 : le Hezbollah soutient qu’il n’a pas pris une décision de guerre en enlevant deux soldats israéliens. Faux : le fait de pénétrer même de quelques mètres en territoire ennemi pour tuer et enlever des soldats est bien un acte de guerre. Le précédent tout récent de Gaza aurait dû alerter même un profane en politique (M. Touma a cité cet argument). • Le Hezbollah soutient que, de toute façon, « c’est toujours Israël qui prend les décisions de guerre dans la région ». Faux : les Arabes ont déclenché eux-mêmes des guerres dans le passé, souvent à juste titre d’ailleurs. Notamment la guerre d’octobre 1973, et avant et après. • Le Hezbollah soutient que c’est notre « tragique destinée » dans ce pays de subir à répétition l’agressivité israélienne, pratiquée avec ou sans prétexte. Faux : cela voudrait dire que nous sommes frappés par une sorte de malédiction naturelle appelée « agressivité israélienne », un peu comme le destin des régions sismiques au Japon. Mais comment expliquer dans ce cas le calme qui a régné sur nos frontières Sud pendant des décennies, jusqu’en 1967 ? Pourquoi ladite malédiction n’existait pas alors ? Tout simplement parce que, jusqu’à cette date, nous ne représentions pas une menace sécuritaire pour les Israéliens. Depuis, nous avons laissé les milices s’éclater sur les frontières : d’abord les Palestiniens de 1967 à 1982, puis le Hezbollah jusqu’à maintenant, d’où les attaques israéliennes périodiques. D’où aussi, encore une fois, le calme sur les frontières syriennes, jordaniennes et égyptiennes, où aucune formation militaire ne menace vraiment la sécurité d’Israël. • Le Hezbollah soutient que, une fois la guerre déclenchée par Israël, il n’y avait plus rien à faire… sauf ce qu’il a fait lui-même, en invoquant un prétendu consensus national. Faux : après le déclenchement des premiers actes violents israéliens et jusqu’au 14 août, le Hezbollah a continué à prendre seul les décisions de guerre et de paix ; il a décidé par exemple de ne pas relâcher les deux prisonniers, de ne pas les livrer au moins au gouvernement libanais et de s’en prendre aussi aux civils israéliens. C’est ce qu’il fallait faire ? Peut-être, peut-être pas. Il n’empêche que des alternatives existaient et des choix contraires auraient pu écourter les souffrances des Libanais et réduire l’ampleur des dégâts. En tout cas, les décisions militaires au jour le jour étaient prises par le Hezb tout seul, sans aucune concertation avec aucune partie libanaise, ce qui est contraire à l’esprit de partenariat, le slogan fétiche de l’opposition… • Le Hezbollah soutient que tant qu’il y a un territoire considéré comme occupé (les prétendues fermes de Chebaa), il est de son droit, de son devoir d’attaquer militairement Israël, comme étant la seule voie possible. Faux : si l’on suivait ce raisonnement, pratiquement la moitié des pays du monde seraient en guerre, car les différends frontaliers se comptent par dizaines (il serait trop long de les citer ici, mais nous sommes sûrs que le solide département de recherches du Hezbollah les connaît déjà). • Le Hezbollah soutient que le gouvernement, déjà dans la déclaration ministérielle, lui a concédé cette mission de résistance. Faux : la déclaration ne mentionne que le droit à la résistance, non sa pratique à outrance. Mais même si c’était vrai (si la déclaration lui donnait ce droit absolu), cela reste foncièrement illégal et irrecevable, pour la simple raison qu’un gouvernement n’a pas constitutionnellement la compétence d’octroyer des droits de lutte armée à quiconque (hors ses forces légales), de donner en quelque sorte des permis de milices. C’est comme si vous essayez d’obtenir un permis de construction de votre « moukhtar ». • Le Hezbollah soutient que lui au moins se dédie à la résistance contre Israël et qu’il n’a jamais utilisé ses armes à l’intérieur. Faux : avant 1990, le Hezb avait son rôle milicien « normal » comme toutes les autres milices ; et actuellement, à part ses quartiers fermés aux forces légales, son occupation du centre-ville n’aurait pas été crédible s’il n’était pas armé. Mais même si c’était vrai, et si donc ses armes n’étaient pas destinées à un quelconque conflit interne, mais à la lutte contre Israël, cela ne changerait pas grand-chose au résultat final. Les Libanais n’auraient alors le choix qu’entre deux catastrophes : celle de la guerre civile ou celle de la guerre contre Israël. Maigre consolation et tragique destinée ! Nicolas SBEIH Journaliste, consultant en média
Le secrétaire général de la rédaction de L’orient-le jour, Michel Touma, a très bien défendu la cause des « indépendantistes » lors du débat qui l’a opposé le 20 février au député Farid el-Khazen sur OTV. Reste une question qui a été trop brièvement soulevée lors de ce débat ; il s’agit de la décision de guerre prise par le Hezbollah en juillet 2006. En fait, pratiquement tous les débats politiques reprennent à un moment ou à un autre cette affaire de responsabilité, et chaque partie campe sur ses positions. Ce qui nous amène à proposer cet argumentaire avéré, un raisonnement point par point.
• Sur la décision de guerre et de paix en juillet 2006 : le Hezbollah soutient qu’il n’a pas pris une décision de guerre en enlevant deux soldats israéliens. Faux : le fait de pénétrer même de quelques...