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Actualités - Opinion

Citoyen grognon Tirs en l’air, comme du temps des milices…

Sommes-nous revenus au temps des milices, au temps où les « abadays » des quartiers portaient bien en valeur leurs armes, sur la ceinture, pour montrer leur pouvoir, au temps où les groupes opposés se mobilisaient en deux temps trois mouvements pour se faire face et s’entre-tuer au besoin, dans l’espoir de s’éliminer ? Pour un oui ou pour un non, d’ici ou de là, ils réapparaissent désormais, à l’angle d’une rue, se regroupent en un tournemain ou débarquent de nulle part à mobylettes. Un, deux, dix, cent... difficile de les compter tant leur nombre grimpe rapidement. Il suffit d’une simple apparition télévisée de leur leader pour que des quartiers entiers tremblent sous les tirs de joie des partisans mobilisés. Mais aujourd’hui, tirer en l’air au pistolet ne leur suffit plus, sans parler des feux d’artifice, qui ne font plus leur affaire depuis bien longtemps déjà. C’est à coup de mitraillettes qu’ils manifestent leur liesse et leur fierté. C’est donc pratiquement tous les soirs et dès qu’un chef fait mine de prononcer quelques mots sur le petit écran, que sifflent les balles traçantes au-dessus des têtes d’une population aussi terrorisée que dégoûtée. Mais cela aussi ne leur suffit plus. Ce qu’il leur faut désormais, c’est de l’action. Alors les partisans, qu’ils soient d’un bord ou de l’autre, vont s’attaquer à un immeuble, un bien immobilier ou même un symbole qui appartient évidemment à une personnalité de la partie adverse. Et le criblent de balles. Sans penser aux conséquences, aux risques. Parfois même, c’est à coups de cocktail Molotov ou de grenade qu’ils signent leur acte. Ils ne se privent pas non plus de s’attaquer aux partisans rivaux, tout aussi mobilisés qu’eux, de créer des échauffourées nocturnes qui se transforment rapidement en batailles de rue, certes, rapidement circonscrites par l’armée. Simples manœuvres d’intimidation, pensent-ils. Mais la dérive est si facile. Les mots insultants qu’ils se crachent au visage sont déjà si pleins de haine et les armes à portée de main. Il n’en faudra pas beaucoup plus qu’un mot, un geste de trop pour en arriver au point de non-retour, où les premiers morts tomberont, où le sang versé exigera réparation, où l’heure de la vengeance sonnera. Après avoir appelé à la mobilisation, et abusé de discours politiques d’une violence jusque-là inégalée, les leaders auront-ils alors l’autorité nécessaire pour démobiliser leurs troupes, avant qu’il ne soit trop tard et que les joyeux tirs en l’air ne se transforment en de mortelles batailles rangées ? Anne-Marie EL-HAGE
Sommes-nous revenus au temps des milices, au temps où les « abadays » des quartiers portaient bien en valeur leurs armes, sur la ceinture, pour montrer leur pouvoir, au temps où les groupes opposés se mobilisaient en deux temps trois mouvements pour se faire face et s’entre-tuer au besoin, dans l’espoir de s’éliminer ?
Pour un oui ou pour un non, d’ici ou de là, ils réapparaissent désormais, à l’angle d’une rue, se regroupent en un tournemain ou débarquent de nulle part à mobylettes. Un, deux, dix, cent... difficile de les compter tant leur nombre grimpe rapidement. Il suffit d’une simple apparition télévisée de leur leader pour que des quartiers entiers tremblent sous les tirs de joie des partisans mobilisés.
Mais aujourd’hui, tirer en l’air au pistolet ne leur suffit plus, sans parler des feux...