Ceux qui le traquent ne l’ont jamais vu, et on ne connaît pas de photo de lui. L’Irakien Abou Omar al-Baghdadi serait le chef de la branche d’el-Qaëda en Irak, selon l’organisation extrémiste, mais elle n’a jamais prouvé de façon irréfutable son existence. Alors que le gouvernement de Bagdad annonce comme imminente la « bataille finale » contre les affiliés d’Oussama Ben Laden, le commandement américain en Irak a encore des doutes sur la réalité de cette figure de l’ombre.
En octobre 2006, el-Qaëda proclame sur Internet la naissance d’un « État islamique en Irak », censé rassembler tous les groupes de l’insurrection sunnite. Sur le modèle des talibans afghans avec le mollah Omar, ils nomment à la tête de ce califat virtuel un « commandeur des croyants » (amir al-mou’minine) : Abou Omar al-Baghdadi, un personnage inconnu. Il a dirigé le département de la charia d’une précédente alliance de groupes d’insurgés dominée par el-Qaëda. Chargé de promulguer des fatwas, statuant par exemple sur le sort des otages, il disposait alors d’un tribunal islamique dont les verdicts étaient sans appel.
En mai 2007, les autorités irakiennes affirment qu’al-Baghdadi a été tué lors d’un raid à Bagdad, mais les Américains révèlent que la victime est en fait le porte-parole d’el-Qaëda, « ministre de l’Information » de l’État islamique, Mouhareb Abdellatif al-Joubouri.
Deux mois plus tard, coup de théâtre : le commandement américain clame qu’Abou Omar n’existe pas. C’est un « personnage fictif » créé pour « donner un visage irakien » à el-Qaëda, en fait contrôlé par les jihadistes étrangers, assure le général Kevin Bergner. L’armée américaine affirme avoir découvert l’imposture après l’arrestation, le 4 juillet, d’un haut responsable d’el-Qaëda en Irak, Khaled al-Mashadani, servant d’intermédiaire avec Oussama Ben Laden. Mashadani a révélé que l’autoproclamé État islamique n’est qu’une « organisation de façade » et son guide une illusion pour « masquer l’influence » des combattants étrangers sur el-Qaëda. Son rôle physique est joué par un Irakien, Abdallah al-Naima, proche des milieux salafistes, affirme même la coalition.
Pour Washington, le vrai chef d’el-Qaëda en Irak est l’Égyptien Abou Hamza al-Muhajir, plus connu sous le nom d’Abou Ayyoub al-Masri, « ministre de la Guerre » du califat. Teint mat et profil d’aigle, cet homme d’une quarantaine d’années a été désigné officiellement en juin 2006 par el-Qaëda pour succéder au Jordanien Abou Moussab al-Zarqaoui, tué quelques jours plus tôt dans une frappe américaine.
En novembre 2006, al-Masri a prêté allégeance dans un message audio à al-Baghdadi, déclarant « mettre à sa disposition 12 000 combattants ». Mais al-Masri « n’a fait que se prêter allégeance à lui-même, al-Baghdadi n’étant qu’une fiction », selon le général Bergner.
Depuis, tous les spécialistes du dossier reconnaissent le rôle de premier plan de l’Égyptien au sein de la hiérarchie d’el-Qaëda. Reste l’énigme al-Baghdadi. En quinze mois de « califat », le « commandeur des croyants » s’est exprimé dans au moins sept messages audio. Ben Laden continue de s’adresser à al-Baghadi comme au chef d’el-Qaëda en Irak, « ce qui est un artifice douteux mais persistant », relève l’universitaire français Jean-Pierre Filiu. « Abou Omar existe physiquement et il est incontestablement irakien, analyse M. Filiu. Mais son identité importe peu, car l’anonymat conforte sa sécurité et son ubiquité cybernétique », alors que « le pouvoir au sein d’el-Qaëda en Irak reste aux mains des non-Irakiens ».
« Nous n’écartons pas qu’il puisse y avoir un homme nommé al-Baghdadi », ont toutefois reconnu fin janvier des officiers du renseignement américain. Mais « si cet homme existe, il est clair qu’il n’a que très peu d’influence et qu’il n’est pas responsable de toutes les choses commises en son nom. C’est un homme de paille », ont-ils assuré.
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En octobre 2006, el-Qaëda proclame sur Internet la naissance d’un « État islamique en Irak », censé rassembler tous les groupes de l’insurrection sunnite. Sur le modèle des talibans afghans avec le mollah Omar, ils nomment à la tête de ce califat virtuel un « commandeur des croyants » (amir al-mou’minine) : Abou Omar...