Alors que le secrétaire général de la Ligue arabe est attendu dans les prochains jours à Beyrouth sans qu’une date n’ait pour le moment été fixée pour ce retour, le député hezbollahi Hussein Hajj Hassan affirmait hier sans ambages que Amr Moussa était « le bienvenu » mais « pas en tant que médiateur ». De leur côté, les politiques de la majorité ont choisi de stigmatiser le Hezbollah, à l’instar du député Moustapha Allouche, qui a demandé que la prochaine déclaration ministérielle puisse permettre une intégration des armes du Hezbollah « à la légitimité ». Pendant ce temps, à Ryad, le roi Abdallah d’Arabie saoudite s’entretenait de la crise politique au Liban avec le député Walid Joumblatt, en visite dans le royaume.
Walid Joumblatt, arrivé vendredi dernier dans la capitale saoudienne pour une visite de trois jours, est venu « consulter les frères saoudiens sur les derniers développements de la situation au Liban », a déclaré le ministre de l’Information Ghazi Aridi, qui accompagne M. Joumblatt. M. Aridi a ainsi salué « le rôle positif de l’Arabie saoudite au Liban » et exprimé sa considération au roi Abdallah pour « son souci de préserver l’unité et la souveraineté du Liban et de réaliser un consensus entre tous les Libanais ». Le Premier ministre Fouad Siniora s’est également entretenu au téléphone avec le chef de la diplomatie saoudienne, le prince Saoud el-Fayçal. M. Siniora, qui lui a présenté ses condoléances après le décès de deux Saoudiennes au Tchad, a ensuite discuté avec lui des derniers développements politiques.
C’est dans ce contexte que les députés du Courant du futur Moustapha Allouche et Hadi Hobeiche ont tous deux affirmé que l’objectif actuel de l’opposition, et par extension du régime syrien, est de « saper l’armée » en tant qu’institution. Moustapha Allouche a affirmé que « le régime syrien œuvre à vider les institutions de leur contenu et à viser l’armée afin de revenir au Liban ». M. Allouche a estimé que « les crispations allaient augmenter et se poursuivre, de même que les assassinats ». Pour lui, « la prochaine déclaration ministérielle devra permettre d’intégrer l’organisation du Hezbollah à l’État », sinon le nouveau gouvernement ne fera qu’« ajourner la catastrophe ». Le député Hobeiche a de son côté souligné que « l’opposition a tenté et essaie toujours d’instrumentaliser les incidents sécuritaires » et d’attaquer frontalement le commandant en chef de l’armée, le général Michel Sleimane. « Cela nous pousse à nous demander si ces incidents n’ont pas été motivés par des considérations d’ordre politique », a-t-il dit. M. Hobeiche a également estimé que les arrestations ne signifient pas automatiquement une mise en cause « définitive » des personnes arrêtées. Le député de Tripoli Misbah el-Ahdab a en outre souligné qu’il devenait nécessaire de « croire dans le projet d’État et dans les institutions sécuritaires ». Le mufti de Tyr et de Jabal Amel, Ali el-Amine, a pour sa part relevé que « le peuple n’est plus en mesure de supporter de vivre des aventures qui mettent en péril la sécurité et la stabilité » du pays. S’en prenant directement au Hezbollah, il s’est demandé quelle pouvait être « la valeur d’une victoire si celle-ci entraîne des destructions et met en péril le projet d’État ».
Moussa, un « invité »,
non un médiateur
Le ministre démissionnaire Trad Hamadé s’est d’emblée adressé au secrétaire de la Ligue arabe, Amr Moussa, en lui disant : « Mon cher Amr Moussa, que tu viennes ou tu partes, le problème restera le même. Celui qui veut venir nous voir afin de vendre la décision arabe est le bienvenu. Si, par contre, il espère nous faire adopter une décision égypto-saoudienne différente de la décision adoptée à l’unanimité » par la Ligue arabe, « cela ne sera pas accepté » par les Libanais. « Le succès de la mission Moussa est de facto tributaire de deux éléments : l’unanimité libanaise et arabe ». Le député Hussein Hajj Hassan a lui aussi revu à la baisse les chances de succès de l’initiative de la Ligue arabe, allant jusqu’à remettre en cause l’objectivité et la crédibilité du mandat dont est porteur Amr Moussa. « S’il vient en tant qu’intermédiaire et facilitateur, il est le bienvenu. S’il désire par contre reprendre l’explication » de la feuille de route arabe, « alors il est le bienvenu en tant qu’invité, car nous ne pourrons pas traiter avec lui en tant que médiateur de la Ligue arabe ».
Le député membre du mouvement Amal, Ali Bazzi, a de son côté indiqué que la culture de l’opposition était celle « de l’unité et de la participation » alors que celle de l’équipe au pouvoir est celle « du monopole et de l’incitation ».
Le chef du courant Marada, Sleimane Frangié, a lui tenu à souligner que l’opposition n’allait « se démettre d’aucune de ses revendications » et qu’il convenait désormais que « l’autre partie fasse un peu de concessions car sinon nous nous trouverons face à l’inconnu ». M. Frangié a aussi ajouté qu’il ne faisait pas confiance à la Ligue arabe ni à la feuille de route en trois points car « le secrétaire général de la Ligue n’est pas un intermédiaire mais partie » au conflit. « J’espère que le commandement de l’armée n’est pas mêlé » aux incidents du « dimanche noir », a en outre indiqué M. Frangié, dans une allusion à peine voilée au commandant en chef, le général Michel Sleimane.
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Walid Joumblatt, arrivé vendredi dernier dans la capitale saoudienne...