L’État libanais a à peine eu le temps de respirer après les craintes suscitées par les risques de dérapage de la grève syndicale, observée jeudi, qu’un attentat à l’explosif a secoué le pays.
Le timing choisi et la cible de l’acte terroriste, un officier des FSI, le capitaine Wissam Eid, ont suscité de nombreuses interrogations. L’attentat – dans lequel de nombreux responsables libanais ont vu un message – a eu lieu au lendemain d’une action de protestation, marquée par quelques troubles que les forces de l’ordre ont réussi à contenir, montrant ainsi leur aptitude à préserver la sécurité. Il est aussi intervenu deux jours avant la réunion de la Ligue arabe, dimanche au Caire, où les ministres arabes des Affaires étrangères doivent prendre connaissance du rapport de Amr Moussa sur sa dernière mission – ratée – à Beyrouth et à Damas.
Le message véhiculé à travers cet acte criminel est triple. Il est d’ordre sécuritaire, politique et judiciaire. Selon les informations obtenues, l’officier assassiné avait succédé au capitaine Samir Chéhadé qui avait quitté le Liban pour aller se faire soigner à l’étranger après la tentative d’attentat dont il avait été victime en septembre 2006. En sa qualité de responsable du département technique du service des renseignements des FSI, le capitaine Eid s’occupait de tous les rapports qui parvenaient à cette autorité et assurait la coordination entre les FSI et la commission d’enquête internationale sur l’assassinat de l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri, à qui il a remis de nombreuses informations.
Le matin, les FSI avaient reçu une fausse alerte à la bombe dans le secteur de Mar Takla-Hazmieh. Une unité des forces de l’ordre s’est rendue sur place pour vérifier l’information, et c’est à ce moment que l’explosion s’est produite. Selon un responsable de sécurité, l’objectif de cette fausse alerte à la bombe était de distraire les FSI, d’autant qu’un des objectifs de l’attentat est, selon lui, de créer un sentiment de peur et de frustration dans les rangs des forces de sécurité afin de les paralyser et de les empêcher d’assumer leur rôle, en leur montrant que personne, quel qu’il soit et où qu’il soit, n’est à l’abri des attentats.
C’est le même message qui est d’ailleurs adressé aux responsables du pays, ainsi qu’aux États concernés par le dossier libanais. Les instigateurs de l’attentat ont voulu faire comprendre à tous, selon des sources de la majorité, que seul un accord politique peut prémunir la scène libanaise contre ce genre d’attaque et qu’ils sont capables de faire échec à toute solution si elle ne fait pas l’objet d’une entente.
Plus encore, à travers l’assassinat du capitaine Eid, c’est le projet de création du tribunal international devant lequel les assassins de Rafic Hariri doivent être jugés qui est visé, d’autant que, selon les mêmes sources, des parties locales et extérieures cherchent à empêcher sa mise en place. Les responsables syriens, rappelle-t-on, avaient souvent mis en garde contre une politisation du dossier du tribunal, qu’ils voient comme une épée de Damoclès brandie au-dessus de Damas pour l’obliger à se plier à la volonté américaine. En s’opposant au tribunal, la Syrie voulait surtout porter les États-Unis à s’engager dans des négociations avec elle à ce sujet et, par extension, au sujet du rôle qu’elle assume dans la région. Mais il n’en fut rien.
Quoi qu’il en soit, à la veille du lancement des mesures pratiques pour la constitution du tribunal, des parties lésées par ce projet ont essayé d’adresser de nouveaux messages, pour réaffirmer leur opposition et montrer peut-être que si ce processus est maintenu, les attentats se poursuivront et la crise persistera.
Philippe ABI-AKL
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Le timing choisi et la cible de l’acte terroriste, un officier des FSI, le capitaine Wissam Eid, ont suscité de nombreuses interrogations. L’attentat – dans lequel de nombreux responsables libanais ont vu un message – a eu lieu au lendemain d’une action de protestation, marquée par quelques troubles que les forces de l’ordre ont réussi à contenir, montrant ainsi leur aptitude à préserver la sécurité. Il est aussi intervenu deux jours avant la réunion de la Ligue arabe, dimanche au Caire, où les ministres arabes des Affaires étrangères doivent prendre connaissance du rapport de Amr Moussa sur sa dernière...