Élections présidentielles :
inanité du vote populaire
le 24 janvier 2008 à 00h00
L’idée d’une élection du président de la République par vote populaire est lancée de temps en temps lorsqu’on assiste au fonctionnement de ce système dans certains pays. Nous avons eu l’exemple de la France l’été dernier, et nous suivons de près les campagnes présidentielles aux États-Unis.
Mais proposer le vote populaire pour le Liban dénote une vue superficielle du problème. En effet, au Liban, qui est devenu tristement célèbre pour l’âpreté des luttes politiques, l’unanimité subsiste sur un point : nous sommes un pays pluraliste, chacun respecte l’appartenance de l’autre, qu’elle soit religieuse, philosophique, ou communautaire. Or comment des citoyens d’appartenances diverses vont-il voter pour un seul individu candidat à une fonction aussi fondamentale que celle de président ? Comment une communauté, celle à laquelle la Constitution attribue ce poste, peut-elle avoir un poids minimum par rapport aux autres ?
Un exemple tout proche illustre l’inanité d’un vote populaire dans un pays pluraliste. Chypre, après une lutte commune du peuple chypriote gréco-turc contre le colonisateur anglais, a obtenu la reconnaissance de son indépendance par l’ONU en 1962. Il fut décidé de confier à des spécialistes l’élaboration d’une Constitution pour l’ensemble de l’île, Constitution à faire adopter par un référendum. Immédiatement, des protestations se sont élevées dans plusieurs pays, et notamment les pays arabes, qui ont fait valoir les droits de la minorité musulmane (15 % de la population) à garder son caractère communautaire et à participer équitablement au pouvoir. Le référendum fut donc définitivement rejeté.
Ici, l’auteur de l’idée du vote populaire semble vouloir faire feu de tout bois. Tandis qu’en octobre, il a proclamé dans son manifeste « les constantes chrétiennes », projet qui maintient tel quel le mode d’élection du président selon la Constitution, il change aujourd’hui son fusil d’épaule et réclame l’élection du président directement par le peuple. Cette instabilité ne peut que surprendre quand on traite d’un problème aussi grave que la restauration de la paix dans le pays.
Revenons au fond du problème : de quoi s’agit-il ? C’est la question que le maréchal Foch, une fois nommé généralissime commandant de toutes les armées alliées qu’il a menées à la victoire de 1918, posait chaque fois qu’il était en face d’une difficulté. Les historiens ont souligné ce trait de son caractère.
Chez nous, de quoi s’agit-il ? D’élire un président pour sortir de la crise. Malheureusement pour notre pays, ceux qui veulent laisser la crise perdurer ne se donnent même pas la peine de cacher leur jeu. Les hausses successives de leurs revendications sont aujourd’hui agrémentées par la parenthèse du vote populaire. À quand la prochaine hausse ?
Albert SARA
L’idée d’une élection du président de la République par vote populaire est lancée de temps en temps lorsqu’on assiste au fonctionnement de ce système dans certains pays. Nous avons eu l’exemple de la France l’été dernier, et nous suivons de près les campagnes présidentielles aux États-Unis.
Mais proposer le vote populaire pour le Liban dénote une vue superficielle du problème. En effet, au Liban, qui est devenu tristement célèbre pour l’âpreté des luttes politiques, l’unanimité subsiste sur un point : nous sommes un pays pluraliste, chacun respecte l’appartenance de l’autre, qu’elle soit religieuse, philosophique, ou communautaire. Or comment des citoyens d’appartenances diverses vont-il voter pour un seul individu candidat à une fonction aussi fondamentale que celle de président ? Comment une...
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