Alfred Suah Debelleh, enrôlé de force à l’âge de 14 ans par les hommes de Charles Taylor au sein d’une unité d’enfants soldats, combattra plus de dix ans entre le Liberia et la Sierra Leone. Il a accepté de témoigner mardi devant la Commission vérité et réconciliation (CVR).
Originaire du sud-est du Liberia, Alfred est intégré en 1989 à l’âge de 14 ans dans la « Small Boys Unit » (SBU), composée exclusivement d’enfants et constituant la garde rapprochée de Taylor, qui venait de déclencher une rébellion armée contre le régime du président Samuel Doe. Les combattants de la SBU, âgés de 13 à 15 ans, étaient particulièrement craints par les populations civiles lors de ce conflit réputé pour les atrocités l’ayant jalonné. « Pendant les années où j’ai combattu, j’essayais seulement de satisfaire une seule personne (Charles Taylor) et non un pays », regrette Alfred, venu témoigner de son plein gré devant environ 300 personnes. Vêtu d’un costume gris, très détendu devant les membres de la commission, cet homme de 34 ans ajoute qu’il « exécutait les ordres sans réfléchir ». « C’est comme ça qu’on nous a formés », explique-t-il froidement.
La SBU, chargée par Taylor de missions spéciales, est envoyée en Sierra Leone voisine en 1992 pour soutenir le rebelle sierra-léonais Foday Sankoh, allié notoire de Taylor et chef du redouté Front révolutionnaire uni (RUF). « Nous sommes allés en Sierra Leone, nous avons combattu pendant quelques mois auprès des combattants sierra-léonais » afin de faire main basse sur une partie des ressources diamantifères du pays, raconte Alfred. « Avant d’aller en Sierra Leone, Foday Sankoh était avec nous à Gbarnga (Nord), il était sous notre protection », assure-t-il au sujet de celui qui déclencha dans ce petit pays une guerre de 10 ans (1991-2001) également marquée par de nombreuses violations des droits de l’homme (meurtres, mutilations, viols...).
Alfred détaille également le rôle joué par son unité dans l’exploitation des « diamants de la guerre » qui servaient à financer les troupes de Taylor. « Quand on a capturé les zones diamantifères en Sierra Leone, un homme d’affaires libérien appelé Jungle Jones est venu exploiter les diamants pendant que nous organisions un corridor » permettant de faire sortir les diamants du pays, affirme-t-il. Taylor est actuellement poursuivi pour crimes contre l’humanité lors de la guerre civile sierra-léonaise par le Tribunal spécial pour la Sierra Leone. M. Taylor, dont le procès se tient à La Haye (Pays-Bas), nie toute implication dans ce conflit.
En 1994, la SBU, qui est de retour au Liberia, est envoyée à Duport Road (banlieue de Monrovia) où elle massacre des centaines de civils. « On nous avait demandé de ramener 10 enfants vivants pour qu’ils soient sacrifiés par le Zoe (un sorcier) de Gbarnga. Il a aussi demandé un seau plein de sang d’enfants », se souvient Alfred. « Nous avons rempli le seau de sang d’enfants et nous avons ramené 10 enfants vivants », poursuit-il sans trahir aucune émotion. Alfred assure que cette requête avait été émise par Yundweh Morkonhmana, devenu ensuite président de l’Assemblée nationale sous le régime de Charles Taylor (1997-2003).
Les années ont passé et les enfants grandissent. D’enfants-
soldats, ils sont devenus mercenaires. En 2000, les membres de la SBU prévoient de se rendre en Côte d’Ivoire, mais l’affaire capote. Quelques mois plus tard, une unité de 150 combattants est expédiée en République démocratique du Congo (RDC), témoigne Alfred. « Après qu’on eut combattu quelque temps, ils sont venus nous chercher en nous disant que les gens commençaient à se rendre compte qu’il y avait des mercenaires libériens qui combattaient pour (Joseph) Kabila », conclut-il. Alfred est démobilisé après le départ de Charles Taylor en 2003 et se trouve depuis au chômage. Comme de nombreux autres anciens combattants, il affirme s’être converti au catholicisme.
Zoom DOSSO (AFP)
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Originaire du sud-est du Liberia, Alfred est intégré en 1989 à l’âge de 14 ans dans la « Small Boys Unit » (SBU), composée exclusivement d’enfants et constituant la garde rapprochée de Taylor, qui venait de déclencher une rébellion armée contre le régime du président Samuel Doe. Les combattants de la SBU, âgés de 13 à 15 ans, étaient particulièrement craints par les populations civiles lors de ce conflit réputé pour les atrocités l’ayant jalonné. « Pendant les années où j’ai combattu, j’essayais seulement de...