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Actualités - Opinion

Damas œuvre toujours pour une victoire de l’opposition Émile KHOURY

À voir la manière dont le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a été trompé par Damas, on réalise que la Syrie, de toute évidence, n’a pas encore renoncé à enregistrer une victoire au Liban et qu’à défaut de s’assurer les rênes du pouvoir, elle préfère encore que les institutions soient paralysées. Ce blocage met en évidence la désinformation à laquelle se livrent le Hezbollah et ses alliés, qui affichent leur apparente volonté de parvenir à une sortie de crise, mais justifient leur obstructionnisme en affirmant redouter une réédition de l’expérience Émile Lahoud. Or, tout le monde sait qu’il n’y a pas à comparer entre le président Lahoud et le commandant en chef de l’armée, Michel Sleimane, dont il ne fait pas de doute, si on lui en donne l’occasion, qu’il saura former un gouvernement d’union nationale ou, à défaut, un gouvernement indépendant ou neutre. Et tout le monde sait aussi que le général Sleimane serait déjà installé à Baabda, et qu’il n’y aurait pas eu l’ombre d’une exigence préalable s’il avait satisfait aux desiderata de Damas et fait acte d’allégeance à la politique syrienne au Liban, comme l’ont fait ses prédécesseurs, Élias Hraoui et Émile Lahoud. En vérité, l’indépendance d’esprit de Michel Sleimane effraie la Syrie, et c’est bien la raison pour laquelle la formation d’un gouvernement d’union nationale où l’opposition jouirait du tiers de blocage est posée comme préalable à l’élection présidentielle ; c’est pourquoi Damas exige même que le chef de l’État soit empêché de faire pencher la balance, soit en exigeant – chose absurde et anticonstitutionnelle – qu’il n’y ait pas de vote en Conseil des ministres, c’est-à-dire que toutes les décisions soient prises à l’unanimité – , soit en accordant à la majorité, à l’opposition et au président de la République le même nombre de voix (10) en Conseil des ministres. On sait qu’auparavant, le général Michel Aoun ne faisait que répéter que le gouvernement devrait refléter les pourcentages des députés de l’un et l’autre camp au Parlement, soit 45 % pour l’opposition et 55 % pour la majorité. Tout se passe, en fait, comme si la Syrie préfère la persistance du vide constitutionnel à la formation d’un gouvernement d’union, dans la mesure ou ce vide fragilise le gouvernement actuel et le met à la merci soit d’une nouvelle démission, soit d’un nouvel attentat qui viserait l’un des ministres ou, à Dieu ne plaise, le Premier ministre lui-même, ce qui provoquerait le chaos politique qu’on peut imaginer. Il faut donc se rendre à l’évidence : la Syrie ne veut pas de gouvernement au Liban à moins que ce ne soit « son » gouvernement, un gouvernement si affaibli qu’on pourrait en paralyser l’action à tout bout de champ : déclaration ministérielle, nominations ou permutations judiciaires, législatives ou diplomatiques. Au nombre des blocages que Damas souhaite provoquer, en empêchant l’élection d’un président, figure bien entendu celui du processus conduisant à l’instauration d’un tribunal international pour juger les assassins de Rafic Hariri en raison des soupçons pesant contre la Syrie dans cette affaire. Ce blocage aurait, par ailleurs, l’avantage de maintenir le Liban dans son rôle d’exutoire du bras de fer entre les États-Unis et l’axe Syrie-Iran, alors que l’élection d’un nouveau président immuniserait certainement le Liban contre les retombées internes des tensions internationales. Compte tenu de l’intérêt évident de la Syrie à la persistance du vide au sommet de l’État, la seule question qui se pose est de savoir si ce vide, en attendant un bouleversement qui modifierait la donne régionale, s’accompagnera de troubles ou pas. Là aussi, les calculs de Damas pourraient se révéler inexacts, dans le sens où un mouvement de rue initié par l’opposition pourrait se retourner contre elle. Mais là, l’analyse politique cède le pas à la politique-fiction...
À voir la manière dont le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, a été trompé par Damas, on réalise que la Syrie, de toute évidence, n’a pas encore renoncé à enregistrer une victoire au Liban et qu’à défaut de s’assurer les rênes du pouvoir, elle préfère encore que les institutions soient paralysées.
Ce blocage met en évidence la désinformation à laquelle se livrent le Hezbollah et ses alliés, qui affichent leur apparente volonté de parvenir à une sortie de crise, mais justifient leur obstructionnisme en affirmant redouter une réédition de l’expérience Émile Lahoud.
Or, tout le monde sait qu’il n’y a pas à comparer entre le président Lahoud et le commandant en chef de l’armée, Michel Sleimane, dont il ne fait pas de doute, si on lui en donne l’occasion, qu’il saura former un...