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La refondation par le dialogue, première mission pour le prochain président

Un vétéran, ancien député, observe qu’objectivement la crise libanaise est facile à résoudre. Pour peu que les députés des deux bords s’attachent à prouver qu’ils ne sont assujettis à aucun axe extérieur. Et, qu’animés d’une bonne foi nationale, ils se retrouvent pour élire le général Sleimane. Après quoi le président inviterait les forces politiques du pays à se concerter, sous son égide, sur la formation d’un nouveau gouvernement. Ce qui induirait, en réalité, un dialogue général de fond. Car les débats devraient nécessairement porter sur le programme politique à établir en commun, pour servir de trame à la déclaration ministérielle. Et prévenir de la sorte tout risque d’implosion inopinée du cabinet qui serait mis en place, suite à des conflits lors de l’élaboration de ce texte majeur. Du même coup, estime le vieux loup de mer, une fois l’entente réalisée sur le fond, des revendications comme le tiers de blocage ou les quotas de portefeuilles s’en trouveraient gommées, n’auraient plus lieu d’être. Cela suppose, cependant, que l’on parvienne à s’entendre sur des points hautement conflictuels. Encore que pas complètement insolubles, si la bonne volonté y est. Ainsi l’engagement de l’État libanais, légalement obligatoire, à faire respecter les résolutions de l’ONU comme la 1701, ou à les respecter lui-même, pourrait être tenu dans le cadre d’un accord à l’amiable. Par étapes prudentes, assorties d’amortisseurs. Le résultat devant rester quand même, en définitive, le rétablissement effectif de la souveraineté du Liban sur l’ensemble de son territoire, de son droit exclusif à l’armement, comme à la décision de guerre ou de paix, après arrangement avec le Hezbollah, dans une sorte d’intégration de ses combattants au sein de l’institution militaire. Ou en constituant une force auxiliaire de résistance, gardant à ce titre plus de liberté de mouvement que la troupe régulière face à l’ennemi, mais sous le commandement de Yarzé et dans le cadre d’une stratégie de défense nationale bien étudiée. Avec passage, face à Israël, de la suspension d’armes à un cessez-le-feu complet dans la réhabilitation, la modernisation et le recyclage de la convention d’armistice de 1949, en attendant un accord régional global de paix. Il serait normal, souligne l’homme politique cité, que l’on revienne et que l’on s’en tienne à des résolutions de base adoptées à l’unanimité par le comité national de dialogue. Ainsi d’ailleurs que par le gouvernement dans toutes ses composantes, opposition comprise. Il s’agit, comme on sait, du tracé de frontières avec la Syrie, en commençant par Chebaa, dont la libanité doit être homologuée avec le concours de Damas. Par suite de quoi, en attendant le retrait israélien, l’enclave serait placée sous l’autorité légale provisoire de l’ONU. Il s’agit aussi de la régulation de l’arsenal palestinien, supprimé hors des camps et organisé à l’intérieur, sous seule autorité de l’État libanais, sans plus d’extraterritorialité, pour que ces agglomérations cessent d’être un antre de terrorisme, comme Nahr el-Bared, et de banditisme. Enfin, et sans doute surtout, ces résolutions essentielles édictent une double nécessité pour ainsi dire concomitante. D’abord la normalisation des rapports avec la Syrie, via l’établissement de relations diplomatiques, de l’échange d’ambassadeurs. Ensuite la dynamisation du tribunal à caractère international. Parallèlement, il est évident que la loi électorale devra constituer un élément du dialogue à réengager. Il faudra s’accorder sur le découpage des circonscriptions, caza, uninominale ou toute autre formule, incluant ou non une dose de proportionnelle. On devra de même bien clarifier les choses au sujet de Taëf, pacte dont l’application reste si fortement tronquée et qui accuse en outre d’évidents vices de forme ou de fond, qui se répercutent sur la Constitution, la polluent, et qui sont à corriger. Perspective médiane À lire ce qui précède, on constate qu’en pratique il est presque impossible d’espérer la conclusion d’une entente nationale dans la fourchette de temps, forcément réduite, précédant la formation d’un cabinet d’union. Alors que faire ? Tout simplement, répond l’ancien député, s’en remettre au président de la République qui aura été élu pour qu’il puisse, avec l’assentiment de la majorité et de l’opposition, mettre en place un gouvernement d’indépendants, formé principalement de figures de proue de la société civile, des forces actives du pays, issues de secteurs variés, à dominante socio-économique. Comme l’industrie, le commerce, l’agroalimentaire, les banques, les services dont le tourisme, les syndicats, les médias, les professions libérales. De par sa composition, une telle équipe serait la plus appropriée pour amorcer le redressement de l’économie nationale, ainsi que l’apurement des comptes étatiques, via un traitement progressif de la lourde dette publique, induisant une luette efficace contre la corruption, l’ineptie administrative et la gabegie. La stabilité sécuritaire étant assurée par la présence du général Sleimane à la tête de l’État, l’élément de confiance, facteur indispensable d’essor, ne tarderait pas à revenir, attirant un afflux de capitaux, tandis que le chômage et l’émigration, qui épuisent le pays, régresseraient fortement. Il existe un précédent. Élu en 1952, le président Chamoun devait faire face à une majorité parlementaire fidèle à son prédécesseur déboulonné, Béchara el-Khoury. Il ne pouvait donc former un gouvernement à sa guise. Il a alors fait appel à des extraparlementaires sous la conduite de Khaled Chéhab, Moussa Moubarak, Sélim Haïdar et Georges Hakim. Une expérience réussie, car le gouvernement avait pu obtenir les pleins pouvoirs, pour réaliser ses projets. Tout comme devrait le faire le prochain cabinet, s’il devait être composé d’indépendants. Émile KHOURY
Un vétéran, ancien député, observe qu’objectivement la crise libanaise est facile à résoudre. Pour peu que les députés des deux bords s’attachent à prouver qu’ils ne sont assujettis à aucun axe extérieur. Et, qu’animés d’une bonne foi nationale, ils se retrouvent pour élire le général Sleimane.
Après quoi le président inviterait les forces politiques du pays à se concerter, sous son égide, sur la formation d’un nouveau gouvernement. Ce qui induirait, en réalité, un dialogue général de fond. Car les débats devraient nécessairement porter sur le programme politique à établir en commun, pour servir de trame à la déclaration ministérielle. Et prévenir de la sorte tout risque d’implosion inopinée du cabinet qui serait mis en place, suite à des conflits lors de l’élaboration de ce texte...