PARIS, d’Élie MASBOUNGI
Une relative irritation est évidente dans les cercles diplomatiques français, à la tournure prise par les événements au Liban. Une irritation due non seulement à l’aggravation de la crise, mais aussi à l’implication de la France dans les détails des tractations. Une implication évoquée ouvertement et quotidiennement par des représentants des deux camps en présence, le rassemblement du 14 Mars et les formations de l’opposition.
Ce mécontentement français transparaît dans les commentaires des officiels de l’Élysée et du Quai d’Orsay, qui continuent d’affirmer que les divers émissaires français ont limité leurs médiations aux questions de principe, lors de leurs entretiens avec les parties libanaises et les responsables syriens.
Dans une tentative de faire la part des choses et de prouver que Paris entend garder le sens de la mesure, malgré la fébrilité qui règne au Liban, le Quai d’Orsay a tenu hier à apporter une précision et une clarification, dans le cadre du point de presse électronique.
En réponse à une question sur l’une de ses déclarations antérieures portant sur les contacts politiques franco-syriens, Pascale Andréani, porte-parole du ministère des Affaires étrangères et européennes a indiqué : « Les contacts politiques entre nos deux pays ont pris fin jusqu’à ce que la Syrie démontre sa bonne foi et qu’un président de large consensus soit élu au Liban. Nos relations diplomatiques avec la Syrie ne sont pas remises en cause par cette décision. »
En réponse à une autre question sur des informations contradictoires parues au Liban concernant une « lettre d’intention » ou encore une « corbeille de solutions », la porte-parole a déclaré : « Nos discussions avec les acteurs de la crise libanaise visent à favoriser une entente sur l’élection d’un président de rassemblement. Ces contacts ont permis de réaffirmer les grands principes qui doivent présider à la solution de la crise libanaise, à commencer par l’affirmation de la souveraineté et de l’indépendance de ce pays. »
Et Mme Andréani d’affirmer en conclusion : « Il n’existe pas pour autant de “lettre d’intention” ou de “corbeille de solutions” telles que vous les qualifiez »…
Affirmation pour le moins discutable si l’on tient compte de tout ce qui se dit ouvertement sur les chaînes libanaises et sur la place publique. Les uns parlant de documents discutés et convenus en présence de M. Bernard Kouchner, les autres affirmant que le ministre français était présent lorsque le président Berry et le député Saad Hariri étaient entrés dans les détails et avaient ébauché des solutions sur les conditions préalables à l’élection présidentielle.
Affirmations contestées aussi par certains qui assurent que la France avait donné son opinion sur le principe de l’amendement de la Constitution qui devrait permettre l’élection du général Sleimane.
Sur un autre plan, la visite à Damas du 8 au 12 janvier d’une délégation groupant entre six et huit députés du groupe d’amitié France-Syrie se prépare dans un climat d’entente entre les parlementaires représentant les deux principales sensibilités politiques, à savoir le PS et l’UMP.
On apprenait hier que l’ambassadeur de France à Damas, M. Michel Duclos, avait conseillé au président du groupe, M. Gérard Bapt (PS), de surseoir à cette visite en raison des « circonstances délicates que l’on connaît », mais que les membres de la délégation, toutes tendances confondues, avaient insisté pour que le voyage se déroule aux dates prévues arguant du fait que les élus pourraient dans cette crise apporter des éléments positifs de réflexion et peut-être des idées pour une sortie de crise.
M. Bapt a déclaré hier qu’il avait contacté un des proches collaborateurs de M. Bernard Kouchner qui n’était pas du même avis que l’ambassadeur de France à Damas, et qui avait laissé aux députés la liberté de choix pour se rendre en Syrie ou non.
M. Bapt devrait contacter aujourd’hui le président de l’Assemblée du peuple à Damas, M. Mahmoud al-Abrash, pour mettre avec lui la dernière main aux préparatifs de cette visite.
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