Walid Moallem confirme, avec tout l’éclat d’un défi au monde entier (ou presque), que le régime syrien n’est pas du tout disposé à faciliter la présidentielle libanaise. Ce qui revient à dire qu’il cherche, bien au contraire, à l’empêcher. Jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il veut. À savoir, en hors-d’œuvre principal, la reconnaissance US, au double sens du mot. Reconnaissance de son importance sur l’échiquier régional, comme de son influence décisive au Liban. Et reconnaissance pour sa contribution à la stabilité régionale, comme pour sa volonté de conclure la paix avec Israël, le jour où le Golan lui serait restitué. Il a déjà lâché du lest, dans ce sens, en lâchant un peu le Hamas.
Mais il affirme, par contre, qu’il ne lâchera jamais ses bons amis du Liban. Parmi lesquels il place Michel Aoun. Cité d’abord par Chareh dans la nomenclature des leaderships que Damas soutient. Puis intronisé par Moallem comme interlocuteur unique face au 14 Février, comme il appelle insidieusement les loyalistes.
Le jeu est clair. L’opposition locale dresse un mur opaque de « non ». Il est vain de citer la liste entière de ses positions de refus, autrement dit de ses revendications rédhibitoires. Mais il en est, comme l’élection elle-même, qui sont négociables. Dans la mesure, évidemment, où Washington accepterait de traiter, de marchander directement avec Damas. Tandis que d’autres exigences resteraient maintenues dans tous les cas de figure. Parce qu’elles cristallisent, en réalité, le rétablissement de la tutelle politique syrienne. Il s’agit, dans un premier temps, et on l’aura deviné, du tiers de blocage. Et de tout ce qui va avec, les portefeuilles-clés ou les nominations. Mais, surtout, d’une loi électorale garantissant en 2009, ou de préférence avant, la prise entière de pouvoir par les prosyriens du cru.
Lenteur
Super-accrochés à la défense d’un Liban souverain, les Français n’ont épargné aucun effort pour assurer la présidentielle. Ils ont poussé l’ouverture en direction du régime syrien, malgré son lourd casier judiciaire, au-delà même du raisonnable. Ils déchantent, et l’avouent. Revenus de leurs illusions, ils ne s’étonnent même pas que, comble d’impudence, la partie syrienne les accuse aujourd’hui d’avoir eux-mêmes torpillé l’échéance. Et d’avoir trahi un prétendu document d’entente dont ils n’ont aucune connaissance. Texte qu’il aurait été absurde de la part d’un médiateur d’approuver : il avalise tout ce que réclament les prosyriens libanais, et rien d’autre. Ni les suppliques de Paris ni ses mises en garde n’ont empêché le blocage. Plus grave encore, leur approche ne leur a pas permis de protéger Antoine Ghanem ou François el-Hajj. Elle n’a pas servi de rempart anticrime, comme Kouchner l’espérait explicitement dès sa première mission beyrouthine.
Parce qu’ils se devaient d’agir, les Français auront donc été les derniers à tirer des conclusions qui sautent aux yeux. Dans ce cadre, un ministre libanais rappelle que tous les conciliateurs arabes ou occidentaux qui sont intervenus sur le dossier libanais ont fini par pointer du doigt Damas. En termes sans doute choisis, diplomatie oblige, mais ne prêtant à aucune équivoque.
Dans une mise en scène versatile, Damas a d’abord mis l’accent, pour contrer l’avènement d’un président indépendantiste, sur la nécessité d’un candidat de consensus. Une fois la chose faite, à travers la candidature Sleimane, le régime syrien s’est rabattu, via l’opposition, sur des conditions abracadabrantes de forme et de fond. En soutenant qu’il fallait tirer un trait sur la Constitution et l’amendement de l’article 49. Et en reparlant de tiers de blocage, mieux, de 45 % et autres petits cadeaux, comme le département de la Justice. Pour entraver le tribunal, sa bête noire. Ou comme les nominations sécuritaires qui l’importent au plus haut point, car elles concernent directement les possibilités d’action de ses réseaux souterrains. Sans parler du programme politique, de la déclaration ministérielle ou de la loi électorale.
Sans craindre les sarcasmes faciles, Chareh et Moallem soutiennent que le régime syrien n’exerce aucune pression sur l’opposition libanaise. Que celle-ci n’est pas influençable et que c’est librement qu’elle choisit les options chères à Damas. Ils oublient certaines réalités patentes, de jadis ou du présent. Comme la formation du tandem Hezbollah-Amal, partis antérieurement opposés, sur ferme injonction de l’ex-gauleiter Ghazi Kanaan. Ou comme la récente tactique consistant à refiler la patate chaude à Michel Aoun. Une trouvaille dont Nabih Berry n’était pas, n’est toujours pas, un fervent adepte. À bien y regarder, les Syriens n’ont peut-être pas tort du reste : ce n’est pas de pression sur l’opposition qu’il s’agit de leur part, mais bien de mot d’ordre.
Mais d’où viennent la force et le culot du régime syrien ? De la faiblesse et de la pusillanimité de ses vis-à-vis, arabes ou occidentaux. Il sait en effet que, bon gré mal gré, les régimes arabes de la région, même l’Arabie saoudite, sont obligés de le protéger. Parce que s’il sautait, ils ne tarderaient pas à le suivre. Malgré les fermes propos des Égyptiens sur la préservation du Liban, la réunion arabe du 6 semble avoir peu de chances de donner des résultats pratiques positifs.
Le régime syrien sait aussi que les Occidentaux ne sont pas tout à fait d’accord sur la densité des sanctions, économiques ou diplomatiques, qui pourraient lui être infligées. D’autant qu’il faudrait passer par l’ONU, où il garde quelques soutiens puissants.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Walid Moallem confirme, avec tout l’éclat d’un défi au monde entier (ou presque), que le régime syrien n’est pas du tout disposé à faciliter la présidentielle libanaise. Ce qui revient à dire qu’il cherche, bien au contraire, à l’empêcher. Jusqu’à ce qu’il obtienne ce qu’il veut. À savoir, en hors-d’œuvre principal, la reconnaissance US, au double sens du mot. Reconnaissance de son importance sur l’échiquier régional, comme de son influence décisive au Liban. Et reconnaissance pour sa contribution à la stabilité régionale, comme pour sa volonté de conclure la paix avec Israël, le jour où le Golan lui serait restitué. Il a déjà lâché du lest, dans ce sens, en lâchant un peu le Hamas.
Mais il affirme, par contre, qu’il ne lâchera jamais ses bons amis du Liban. Parmi lesquels il place...