Plusieurs agents de la Sûreté générale ont fait leur entrée manu militari, samedi dernier, au Crystal, boîte huppée de la rue Monnot, à Beyrouth. «Ils ont bloqué la route en empêchant les gens d’accéder à la boîte », selon l’administration du Crystal. « Ils ont enjoint à la clientèle de la boîte de se mettre à genoux, ils ont interrompu la musique et éclairé la salle », ajoute l’administration.
« Plus d’un quart d’heure durant, ils nous ont obligés à rester agenouillés. Ils ont brandi leurs mitraillettes et employé un langage vulgaire où les insultes ne manquaient pas », raconte un client présent ce soir-là, sous le couvert de l’anonymat. « J’ai 33 ans et je n’avais jamais subi de pareille humiliation. C’est pire qu’à l’époque de l’occupation syrienne. Les femmes étaient terrifiées, les hommes n’osaient pas broncher. Ils ont molesté un jeune homme simplement parce qu’il s’était levé pour venir en aide à une femme sur le point de s’évanouir », ajoute-t-il.
Pour ce témoin oculaire, « tout ceci n’est rien face au traitement qui a été infligé au personnel d’origine africaine de la boîte ». « Simplement parce qu’ils sont noirs, ou du moins étrangers, ils ont été appréhendés et brutalement agressés. J’ai honte de porter la nationalité d’un pays aussi raciste », poursuit-il.
L’administration du Crystal confirme l’arrestation de ses employés soudanais. « S’il s’avère vraiment que ces derniers sont des immigrés clandestins, pourquoi ont-ils été arrêtés un samedi soir, alors que la boîte est bondée ? Et pourquoi ont-ils infligé ce traitement à nos clients », s’interroge-t-elle toutefois.
Pour l’administration, cet incident pourrait être étroitement lié au fait que la boîte « n’était pas en mesure de réserver une table pour le fils d’un haut responsable de la SG, ce samedi soir, car nous affichions complet ». Le témoin oculaire est plus péremptoire. « Il n’y avait pas de table libre pour le fils du plus grand responsable de la Sûreté générale, d’où le fait qu’il a voulu faire une démonstration de force. Comme si nous étions en Irak, à l’époque de Saddam Hussein », souligne ce témoin.
Les précisions de la SG
Pour sa part, la direction générale de la Sûreté générale s’est « étonnée », dans un communiqué diffusé hier, « des atteintes à la personne et à la famille du directeur général de la SG, sachant que l’enquête préliminaire fait état d’une tentative délibérée d’impliquer le fils (du général Wafik Jezzini) dans cette affaire ». « Certains médias ont affirmé que la boîte a été perquisitionnée pour des motifs personnels. Mais la surveillance et le contrôle des boîtes de nuit sont l’une des missions essentielles de la Sûreté générale qui veille à la sécurité des citoyens et à la discipline générale », ajoute le communiqué de la SG.
D’après la Sûreté générale, la perquisition en question a été menée par « huit agents, protégés par sept autres éléments ». « Il est normal que ces derniers soient munis de leurs armes, et les rumeurs selon lesquelles la clientèle aurait été humiliée sont dépourvues de fondement », précise le communiqué.
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« Plus d’un quart d’heure durant, ils nous ont obligés à rester agenouillés. Ils ont brandi leurs mitraillettes et employé un langage vulgaire où les insultes ne manquaient pas », raconte un client présent ce soir-là, sous le couvert de l’anonymat. « J’ai 33 ans et je n’avais jamais subi de pareille humiliation. C’est pire qu’à l’époque de l’occupation syrienne. Les femmes...