Que se passe-t-il au sein du Hezbollah ? Depuis que le quotidien saoudien al-Chark al-Awsat a publié une nouvelle selon laquelle le secrétaire général de la formation aurait été écarté au profit de son adjoint, cheikh Naïm Kassem, la question est sur toutes les lèvres. Et pour alimenter cette rumeur, sayyed Hassan Nasrallah ne s’est plus manifesté depuis un bout de temps, ni à travers des messages télévisés ni même dans le cadre d’informations de presse sur ses rencontres et autres entretiens. Et, cerise sur le gâteau, c’est le numéro 2 du Hezbollah qui occupe le devant de la scène en multipliant ces derniers temps les déclarations et les apparitions dans le cadre de cérémonies du parti. Pour certains analystes, la chose est entendue et Nasrallah, considéré comme trop modéré par les Syriens, aurait été poussé à adopter un profil bas au profit de l’aile dure du parti représentée par cheikh Naïm Kassem, surtout en cette période où la Syrie se lance dans un nouveau bras de fer avec les États-Unis alors que l’Iran pousse vers le calme et se rapproche des régimes arabes proaméricains notamment dans le Golfe. Voilà le tableau dressé par certains analystes proches de la majorité et qui laissent entendre à travers cet exposé qu’il y aurait des remous internes au sein du Hezbollah, ainsi que des tiraillements dans ses relations avec la Syrie et l’Iran.
Interrogée sur ce sujet délicat, une source de l’opposition éclate de rire et affirme que Hassan Nasrallah n’a jamais été aussi fort au sein de son parti et dans ses relations avec les parties régionales. Cette même source rappelle que le Hezbollah refuse en général de commenter ce genre de rumeurs. Elle relève ensuite le fait que l’information de la mise à l’écart du secrétaire général du Hezbollah a été publiée sur un site israélien avant d’être reprise par le quotidien saoudien, puis relayée dans divers médias. La source de l’opposition estime qu’il s’agit là d’une tentative de déstabilisation qui n’a aucun effet sur ceux qui connaissent de près le Hezbollah. Selon cette source, le parti devrait tenir un congrès général en avril ou mai prochain, pour renouveler ses structures et sa direction, formée d’un conseil consultatif de sept membres dont le secrétaire général. Ce congrès est un rendez-vous régulier basé sur un système de rotation qui vise à empêcher un dirigeant d’occuper une même fonction pendant une longue période. C’est donc dans le cadre de ce congrès que sont élus par exemple les membres du bureau politique, alors que les chefs des différentes sections et les candidats aux élections législatives sont désignés par le collège directorial, qui lui aussi se renouvelle par le biais d’élections. Mais, toujours selon la source de l’opposition, le prochain congrès pourrait ne pas avoir lieu à la date prévue en raison des circonstances que traverse actuellement le pays. En effet estime la source de l’opposition, un renouvellement des équipes de commandement et les mutations internes exigent du temps et chaque nouveau responsable a besoin en général d’une période d’un mois au moins pour prendre ses marques et s’informer des dossiers. Or le Hezbollah ne peut se permettre de rester aussi longtemps dans une situation de quasi-flottement à un moment aussi délicat pour le pays et la région. C’est pourquoi il est fort probable que le congrès soit reporté à une date ultérieure.
Un réseau d’alliances internes
En attendant, Hassan Nasrallah reste le secrétaire général du Hezbollah et son autorité est reconnue par tous les membres du parti. De plus, affirme cette source, son aura et son influence dépassent les frontières du Liban. Si, au sein du conseil consultatif, il existe des divergences d’opinions et des débats animés, la décision revient au secrétaire général et il la prend seul après des concertations avec les membres du conseil. La source de l’opposition précise encore que si le Hezbollah a d’excellentes relations avec le régime syrien, ce n’est pas ce dernier qui lui dicte ses positions. Celles-ci sont inspirées de la réalité sur le terrain, puisque c’est le Hezbollah qui se bat en première ligne, et de considérations qui touchent sa base et ses alliances. La même source répète que le Hezbollah est très soucieux du réseau d’alliances internes qu’il a nouées et il ne les sacrifierait pour rien au monde, puisque c’est grâce à elles qu’il n’est pas isolé au Liban et que les affrontements internes ont été évités, malgré les secousses. Concernant l’Iran, la source de l’opposition raconte avoir été témoin d’un incident précis : avant la tenue de la réunion de Saint-Cloud en France, en juillet dernier, le président Nicolas Sarkozy avait reçu les familles des soldats israéliens détenus par le Hezbollah et il avait qualifié ce dernier de terroriste. Aussitôt, le Hezbollah avait fait savoir à la France par le biais de son ambassade au Liban qu’il ne comptait plus participer à la conférence de Saint-Cloud. Pour tenter de sauver la mise, la France a aussitôt envoyé l’ambassadeur Jean-Claude Cousseran à Téhéran pour que l’Iran pousse le Hezbollah à renoncer à sa position. Peu avant le rendez-vous fixé avec M. Cousseran, le ministre iranien des Affaires étrangères Manouchahr Mottaki a contacté sayyed Nasrallah pour lui demander ce qu’il devait dire à son interlocuteur. Nasrallah a répondu qu’il exigeait un démenti de l’Élysée pour modifier sa position. Le ministre iranien est ensuite resté pendant plus de trois heures en contact avec Nasrallah jusqu’à ce que les deux parties aboutissent à une formulation acceptable du démenti. La source qui était ce jour-là par hasard chez Nasrallah conclut en déclarant : « Voilà le genre de relations que le secrétaire général du Hezbollah entretient avec l’Iran, où il jouit d’un grand respect. » Ses apparitions télévisées, c’est donc lui qui les décide, précise la source, tout comme il choisit de mettre Naïm Kassem en première ligne ou même son conseiller politique Hussein Khalil... Pour les remous et les conflits internes, il faudrait donc, selon cette source, aller voir ailleurs.
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