Finalement, tout est de savoir si Damas voudrait de Sleimane à la tête de l’État libanais. Pour beaucoup, la réponse est non. Car, disent-ils, l’opposition téléguidée fait barrage à l’élection par un feu nourri de conditions aussi exorbitantes que rédhibitoires. Cependant, d’autres pensent que les Syriens, alors au faîte de leur pouvoir, avaient manifestement promis le général à un destin national, comme on dit. Tout comme ils avaient procédé antérieurement avec Émile Lahoud. En assurant sa promotion au commandement de l’armée. Poste considéré à l’époque comme égalant en importance concrète la présidence de la République.
Il reste que le tableau a changé. Des diplomates arabes relèvent ainsi qu’auparavant les Syriens ne redoutaient pas un quelconque comportement négatif du potentiel président Sleimane à leur encontre. Parce que les circonstances objectives prévenaient par elles-mêmes une telle attitude. Qui, si elle était adoptée, n’aurait été qu’un coup d’épée dans l’eau, vite paré par le tuteur. Omnipotent du fait de sa présence militaire et de sa mainmise politique.
Mais aujourd’hui, suite au retrait des troupes syriennes et à la révolution du Cèdre, le chef de l’armée libanaise se retrouve dégagé, les mains libres. Il n’est plus soumis à surveillance ou censure. Sur le terrain ou sur le plan national, c’est-à-dire politique. Il peut prendre des décisions en toute autonomie. En ne se laissant guider que par sa conscience et son sens patriotique, comme il le répète fréquemment.
Il en a administré la preuve en tenant l’armée à égale distance du 14 et du 8 Mars. Ou en contrôlant les mouvements de masses dans le centre de Beyrouth et ailleurs, les seules instructions de la troupe étant de faire respecter l’ordre public.
Et encore plus en dirigeant la guerre contre le terrorisme de Fateh el-Islam. En menant la bataille de Nahr el-Bared jusqu’à la victoire. Au mépris de ceux qui proclamaient, au début des affrontements, que ce camp était une ligne rouge à ne pas franchir. Car pour lui, comme pour tout vrai Libanais, il n’est d’autre tabou intouchable que la sécurité du pays.
Tout cela peut-il plaire au régime syrien ? Peut-être pas. En tout cas, Damas n’a pas eu l’avantage de tester les intentions de Sleimane comme cela avait été fait pour d’autres, avant.
Échaudés
Du reste, en tombant parfois à plat, et de haut. Comme cela avait été le cas avec Élias Sarkis, les Syriens se mordant les doigts en 78 d’avoir facilité son élection en 76. Parce que, lorsque leur artillerie s’était déchaînée sur Achrafié pendant cent jours, il avait menacé de démissionner s’ils n’arrêtaient pas le bombardement.
Plus tard, à cause de cette expérience, ils avaient imposé la prorogation du mandat Hraoui. En déclarant franchement qu’ils ne voulaient pas avoir la surprise d’un deuxième Sarkis. Qui pourrait demander le retrait de leurs troupes, en application de l’accord de Taëf. Et qu’ils n’avaient vraiment confiance, du côté des maronites, que dans le président en place. Dont la gratitude s’exprimait par la répétition, dans les communiqués de l’Exécutif, du slogan voulant que ce pays avait toujours besoin de la protection des forces syriennes.
Quant à Émile Lahoud, il avait passé avec succès toutes les épreuves établies par l’examinateur syrien. En refusant de déployer l’armée au Sud, malgré une résolution émanant des trois présidents réunis, Hraoui, Berry et Hariri. En refusant également que les forces syriennes se replient sur la Békaa, conformément à Taëf, en lâchant les autres régions du pays. Et, sous son règne, les communiqués de l’Exécutif rajoutaient que la présence des troupes syriennes était aussi légale qu’indispensable ou provisoire. Façon de respecter les formes vis-à-vis de Taëf, puisque ce provisoire-là s’éternisait.
Quoi qu’il en soit, les diplomates arabes cités soulignent que les Syriens n’ont pas eu la latitude de sonder Sleimane sur ses intentions. Ils n’ont même pas songé à l’approcher, en fait, car ils pensaient que cette option, rejetée initialement par la majorité parlementaire libanaise, n’était pas à l’ordre du jour. Ils ont donc été tout à fait surpris, et pris de court, quand les loyalistes ont changé d’avis, pour présenter eux-mêmes la candidature du général. En sacrifiant ses propres candidats, Boutros Harb et Nassib Lahoud. Comme en faisant l’impasse sur le refus de l’amendement de l’article 49 C, ou de l’avènement d’un militaire, double principe énoncé par la Rencontre du Bristol.
Ils ajoutent qu’autrement les Syriens auraient pris les devants, en démarchant Sleimane. Pour tenter de s’accorder avec lui sur les revendications qui les intéressent. Remises, pour négocier, à Aoun.
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Il reste que le tableau a changé. Des diplomates arabes relèvent ainsi qu’auparavant les Syriens ne redoutaient pas un quelconque comportement négatif du potentiel président...