Question à 1 000 dollars : qu’est-ce qu’on entend périodiquement au Liban, surtout dans des périodes festives comme celle-ci ou en haute saison touristique ? Réponse : des lamentations persistantes de la part des acteurs économiques du pays. Voilà les commerçants du centre-ville – ou les rares qui ont survécu – qui racontent que leur chiffre d’affaires représente à peine 20 % de la normale. Les hôteliers qui sont à 30 % de taux d’occupation. Les investisseurs étrangers qui ont bloqué leurs projets. Ainsi de suite. Le tout est médiatisé à souhait, car tout ce beau monde croit sincèrement que leurs SOS seront entendus, voire écoutés par les campeurs des places de la ville, les auteurs du blocage politique et par l’opposition en général.
Ces lamentations ne sont pas seulement inutiles ; elles sont, aussi, nuisibles. Car leurs candides auteurs oublient le fond de l’action de l’opposition. Il ne s’agit pas, ou plus, pour cette dernière de renverser le gouvernement (objectif connu pour être irréalisable), mais d’exacerber la crise socio-économique et d’appauvrir la population. Car une population plus pauvre devrait en principe se tourner contre « les responsables », donc l’État, et, concernant spécifiquement la communauté chiite, un tel appauvrissement permettra au Hezbollah d’en demeurer le principal bailleur de fonds et d’en accroître la dépendance à son égard.
Cette théorie est-elle une vue de l’esprit ? Non, mais une réalité avérée. Il n’y a qu’à en déceler quelques aspects : une guerre déclenchée au début de la saison touristique la plus prometteuse depuis 1975 ; des émeutes (23 janvier 2007) lancées juste à la veille de Paris III ; des déclarations tonitruantes à chaque début de reprise partielle de l’activité ; un rejet des démarches de privatisation (pourtant régulées selon des lois déjà votées) ; un campement surréaliste qui dure depuis plus d’un an, etc.
À ceux qu’offusquerait une théorie aussi machiavélique en apparence, on dira tout simplement que la méthode n’est pas nouvelle et qu’elle a été éprouvée maintes fois dans le monde. Notamment par ceux qu’on appelle généralement les mouvements révolutionnaires. Au Liban, on en a fait une ligne générale de tout un clan politique. Alors à ceux, parmi les acteurs économiques, qui seraient tentés encore de se plaindre, on dira : cessez vos jérémiades, elles sont la preuve que l’objectif est en train d’être atteint.
Nicolas SBEIH
Consultant en média
Article paru le samedi 29 décembre 2007
Question à 1 000 dollars : qu’est-ce qu’on entend périodiquement au Liban, surtout dans des périodes festives comme celle-ci ou en haute saison touristique ? Réponse : des lamentations persistantes de la part des acteurs économiques du pays. Voilà les commerçants du centre-ville – ou les rares qui ont survécu – qui racontent que leur chiffre d’affaires représente à peine 20 % de la normale. Les hôteliers qui sont à 30 % de taux d’occupation. Les investisseurs étrangers qui ont bloqué leurs projets. Ainsi de suite. Le tout est médiatisé à souhait, car tout ce beau monde croit sincèrement que leurs SOS seront entendus, voire écoutés par les campeurs des places de la ville, les auteurs du blocage politique et par l’opposition en général.
Ces lamentations ne sont pas seulement inutiles ; elles sont,...
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