Rechercher
Rechercher

Actualités - Opinion

Du pouvoir des États-Unis au Liban Amine ISSA

Quelle est la politique des États-Unis à l’égard du Liban ? À cette question, le spectre des réponses apportées est très large. Il va, selon les analystes et les protagonistes, de l’hostilité à l’endroit du Liban à l’alliance indéfectible, en passant par toutes les zones de gris où les États-Unis peuvent changer de politique au gré de leurs intérêts. Si cette dernière position est la plus proche de la vérité, elle n’ignore pas moins une autre variable : que peuvent faire les USA ? Je comparerai les événements et les faits avérés des années 2005 et 2007 pour expliquer comment ils peuvent infléchir la volonté d’une nation impériale, même soutenue par une forte dose d’idéologie. Au commencement était la réélection de George Bush en 2004, quand il affirmait ce qu’il avait entamé lors de son premier mandat, particulièrement à la suite des attaques du 11 septembre 2001. Cornaqué par la droite religieuse et surtout par les néoconservateurs qui avaient, au sein de « think tanks », échafaudé leur vision du monde pendant leur traversée du désert au cours des deux mandats de Bill Clinton, le président américain martelait lors de son discours d’investiture ses convictions : poursuivre les terroristes là où ils se trouvaient et établir la démocratie partout dans le monde. En 2005, la situation se présentait comme tel : en Afghanistan, les talibans semblaient incapables de ressurgir durablement et au Pakistan le président Pervez Musharraf promettait son aide pour déloger les terroristes du Waziristan. En Irak, la résistance à l’occupant inquiétait, mais restait contenu. Le nombre de morts, mille par mois, était certes élevé, mais en 2006, il sera multiplié par trois. Ahmadinejad, élu en juin de la même année, n’avait pas encore montré son véritable visage. Sharon, au faîte de sa popularité et soutenu par la Maison-Blanche, se retirait de Gaza pour en confier la gestion à une Autorité palestinienne conciliante. Le président Poutine, vexé par le refus de l’Iran d’enrichir sur le sol russe l’uranium destiné à la centrale de Boucher, suivait Washington dans la poursuite, depuis la révolution de 1979, de sa politique de sanctions contre le régime de Téhéran. La Chine, amadouée par son excédent commercial avec la première économie du monde, faisait de même. L’Égypte et l’Arabie saoudite admettaient sans trop protester les injonctions américaines de réformer leurs régimes autocratiques. En 2005, le pétrole était encore à soixante dollars et la croissance aux États-Unis atteignait 3 %. C’est dans cette conjoncture qu’advient l’assassinat de Rafic Hariri. Les États-Unis en voulaient à la Syrie, principalement pour ne les avoir pas soutenus lors de la deuxième invasion de l’Irak ; ils la punirent en faisant voter la résolution 1559. Damas l’ignora. La prorogation du mandat d’Émile Lahoud et l’assassinat du Premier ministre libanais offraient à George Bush la possibilité de passer à l’acte. Devant une Administration américaine résolue et prête à en découdre, la Syrie se retirait du Liban. En 2007, le tableau est différent. Donald Rumsfield, Karl Rove, John Bolton, Paul Wolfovitz, Richard Pearl, les chevaliers de l’Apocalypse du néoconservatisme, ont tous démissionné. Le 20 août, dans le Washington Post, George Bush se disait déçu que son Administration n’ait pu imposer la démocratie là où les dictatures sévissaient. Depuis le 7 novembre, les démocrates contrôlent le Congrès. Ils contredisent systématiquement le président dans sa politique au Moyen-Orient et le rapport Baker-Hamilton s’inscrit dans une révision complète de celle-ci. En Afghanistan, les talibans qui contrôlent le sud-est du pays ont importé d’Irak la méthode des attaques-suicides et le président Pervez Musharraf qui, volontairement ou pas, n’a pas endigué dans son pays la prolifération des pépinières terroristes, est lui-même sur la sellette. En Irak, si le général Petreaus a réussi à faire baisser le taux de la violence, celle-ci reste élevée, 600 attaques par semaine et 400 morts par mois. Mais le problème reste entier. Depuis la destruction du mausolée de l’imam el-Hadi à Samaraa, le 22 février 2006, les violences confessionnelles ont élargi considérablement le fossé entre les communautés. Les Anglais se sont retirés de Bassorah où sévissaient déjà les milices chiites qui consacraient plus d’énergies à s’entre-tuer qu’à combattre les soldats britanniques. La Sahwa sunnite dirigée contre el-Qaëda a certes délogé celle-ci de plusieurs régions, particulièrement d’el-Anbar, mais les partisans de Ben Laden sont toujours actifs. La question du partage du pouvoir n’est toujours pas tranchée et le conflit central, celui de la distribution des revenus du pétrole parmi les entités de l’État fédéral, demeure irrésolu. Trois mille soldats américains sont morts et la guerre a déjà coûté 1 000 milliards de dollars, deux fois et demi le budget annuel de la Défense américaine, qui dépasse à lui seul celui de la planète réunie. En Iran, le président Ahmadinejad, en faisant démissionner tous les ministres qui ne lui étaient pas acquis et en les remplaçant par d’anciens Pasdarans, corps dont il est issu, ou par des collaborateurs plus disciplinés et malgré l’opposition de la classe politique, continue à défier les États-Unis. Le 9 janvier 2006, il levait déjà les scellés apposés par l’AIEA sur les sites nucléaires sensibles et le 2 septembre 2007, il annonçait que l’Iran mettait en route une cascade de 3 000 centrifugeuses pour enrichir l’uranium, en contradiction avec les résolutions de l’ONU. En octobre, il organise sur les bords de la mer Noire un sommet des pays riverains, une conférence où les participants, dont la Russie, s’engagent à ne permettre à aucune armée étrangère d’attaquer l’un des pays présents, à partir du territoire de l’un deux. À Doha, le 2 décembre, il est l’invité vedette du sommet des pays du Conseil de coopération du Golfe où, main dans la main avec le roi Abdallah, il rentre dans la salle de conférence arborant un sourire triomphant. La cerise sur le gâteau est le rapport ambigu des agences de renseignements américaines qui déclare que l’Iran a stoppé en 2003 son programme nucléaire à des fins militaires. À Gaza, le Hamas a pris le contrôle du territoire et a exilé le président Abbas en Cisjordanie où son autorité est loin d’être incontestable. Israël a subi une humiliation en août 2006, Ehud Olmert est au plus bas dans les sondages et Ehud Barak déclare dans la presse israélienne le 13 novembre que son pays devrait négocier avec la Syrie. En Russie, le président Vladimir Poutine, dont les caisses se sont remplies grâce au pétrole, se fait un point d’honneur de contredire l’Amérique sur toutes les questions de politiques étrangères. Quand les États-Unis annoncent leur projet de bouclier antimissiles, la Russie se retire du traité sur les armes conventionnelles en Europe. Les États-Unis soutiennent l’indépendance du Kosovo, la Russie s’y oppose. Les États-Unis déploient leurs flottes dans l’océan Indien, la Russie envoie des navires dont un porte-avions en Méditerranée et remet en service sa base navale à Tartous. Sur le dossier nucléaire iranien, non seulement la Russie s’oppose à de nouvelles sanctions, ou du moins veut les édulcorer, mais elle reprend la construction de la centrale atomique de Bouchehr et annonce le 12 décembre qu’elle va livrer une première cargaison de combustible destinée à ladite centrale. La Chine, engagée avec les États-Unis dans une course aux nouveaux gisements de pétrole dans le monde, bloque toute résolution sur le Darfour pour tenir à distance les États-Unis des champs pétrolifères du Soudan. Et quand son déficit commercial avec l’Amérique inquiète celle-ci, qui lui demande de réévaluer le yuan, la Chine déclare qu’en 2007 sa monnaie s’est appréciée de 6.9 % alors que le secrétaire au Trésor, impuissant, trouve cela tout à fait insuffisant. En 2007, le baril de brut frôle les 100 dollars, mais ne semble pas affecter l’économie américaine, qui enregistre au troisième trimestre une croissance de 4,9 %. Mais nous sommes au quatrième trimestre et la crise des « subprimes » pèse de tout son poids. Le crédit se raréfie malgré les injections sur le marché par la Banque fédérale de milliards de dollars et Alan Greenspan, son ancien directeur, dont les déclarations sont scrutées à la loupe, vient d’annoncer que les chances d’une récession aux États-Unis étaient aujourd’hui de 50 %. On peut avancer sans grand risque qu’en 2007, les États-Unis, quelles que soient leurs intentions à l’égard du Liban et de la Syrie, sont dans une position difficile d’imposer leur volonté. Avant même qu’ils commencent à infléchir leurs positions à l’égard de la Syrie, toutes leurs pressions diplomatiques pour l’amener à composer n’ont mené à rien. La politique syrienne consista à refuser tout compromis sur ses positions, ne laissant aux États-Unis que deux choix : ou bien renverser le régime ou négocier. En 2005, la première option était encore possible. En 2007, elle ne l’est plus. Aujourd’hui, les États-Unis négocient avec la Syrie. Cela ne veut pas dire que celle-ci est libre de tous ses mouvements, loin de là, mais elle n’est plus en quarantaine et pour cela elle a su donner des gages de sa bonne foi au moment opportun, quand les États-Unis, affaiblis, étaient en mesure de les apprécier. D’abord sur le dossier irakien : à partir de juin, les rapports américains notent une baisse sensible des infiltrations de combattants à partir de la frontière syrienne. Ensuite, Khaled Mechaal n’a pu, à son accoutumée, organiser une grande manifestation à l’occasion de l’anniversaire de la fondation du Hamas, pas plus qu’il n’a été autorisé à organiser ni en Syrie ni en Iran un contre-sommet au moment où se tenait celui d’Annapolis. De plus, le Hamas multiplie les déclarations où il presse le Fateh de reprendre le dialogue et va même jusqu’à proposer la restitution des positions de celui-ci à Gaza. Invitée à Annapolis, la Syrie accepte que le Golan ne soit pas cité dans la déclaration finale. Sur l’Iran, sa position est plus mitigée. Sa présence à Annapolis a, il est vrai, été fortement critiquée à Téhéran, mais on est loin encore d’un divorce avec l’Iran. Au Liban, elle cherche désespérément à obtenir des États-Unis une reconnaissance du rôle qu’elle n’a jamais réellement perdu. Elle espère, en protégeant la Finul et en réfrénant les ardeurs bellicistes du Hezbolah à l’égard d’Israël, rejouer le rôle de gendarme qu’elle tenait depuis 1990, par un mandat des États-Unis sans avoir à user de violence comme elle est accusée de le faire depuis son retrait. Vraisemblablement, elle obtiendra son retour autorisé sur la scène libanaise, mais sous haute surveillance, car elle fut souvent un gendarme indiscipliné. Le scénario de l’été 2006, où toutes les lignes rouges furent dépassées, ne doit plus se répéter, et la capacité de l’Iran de ferrailler avec les États-Unis et Israël à partir du Liban doit être réduite. L’Occident a autant besoin d’un Liban à l’abri des règlements de comptes régionaux, pour protéger Israël, que la Syrie a besoin de reconnaissance arabe et internationale pour briser son isolement et son tête-à-tête inégal avec l’Iran. La Syrie passe aujourd’hui au Liban un examen probatoire. L’exercice consiste à aider à la stabilisation politique. Réussira-t-elle ou persistera-t-elle à exiger plus de concessions de la part de ses adversaires avant de contraindre ses obligés libanais à plus de souplesse ? L’issue de cette échéance se reflétera sur l’avenir de ses relations avec les États-Unis. Amine ISSA Agriculteur Article paru le samedi 29 décembre 2007
Quelle est la politique des États-Unis à l’égard du Liban ? À cette question, le spectre des réponses apportées est très large. Il va, selon les analystes et les protagonistes, de l’hostilité à l’endroit du Liban à l’alliance indéfectible, en passant par toutes les zones de gris où les États-Unis peuvent changer de politique au gré de leurs intérêts. Si cette dernière position est la plus proche de la vérité, elle n’ignore pas moins une autre variable : que peuvent faire les USA ? Je comparerai les événements et les faits avérés des années 2005 et 2007 pour expliquer comment ils peuvent infléchir la volonté d’une nation impériale, même soutenue par une forte dose d’idéologie.
Au commencement était la réélection de George Bush en 2004, quand il affirmait ce qu’il avait entamé lors de son...