L’action coordonnée de cinq grandes banques centrales pour tenter de conjurer la crise du crédit a eu pour le moment un impact décevant, démontrant que les craintes sur l’exposition des banques à la crise immobilière américaine restent vivaces. « On a tous conscience que l’action de la Banque centrale européenne (BCE) a été insuffisante », remarque Cyril Regnat, stratège de Natixis interrogé par l’AFP. « Il est trop tôt pour juger », tempère Éric Vergnaud, analyste de BNP-Paribas, jugeant qu’il faut attendre l’entrée en vigueur des décisions prises par les banques centrales la semaine prochaine.
Les taux d’emprunt interbancaires n’avaient que marginalement reculé hier après l’annonce deux jours auparavant d’une action conjointe par la Réserve fédérale (Fed), la Banque centrale européenne (BCE), la Banque d’Angleterre, celle du Canada et la Banque nationale suisse pour donner plus de liquidités au marché. Le taux Euribor à trois mois se situait à 4,948 % jeudi contre 4,953 % mercredi. En temps normal, il devrait osciller autour de 4,2 à 4,25 %.
Les marchés boursiers non plus n’ont pas réussi à reprendre réellement des couleurs et affichaient une certaine morosité vendredi. Les analystes jugeaient le volume de liquidités offert par les banques centrales, environ 80 milliards de dollars au total, très insuffisant pour répondre aux besoins des institutions financières.
En outre, la crise de confiance entre les banques, cœur du problème, n’est pas résolue, alors que les mauvaises nouvelles s’amoncellent sur l’exposition des institutions financières à la crise des « subprimes », et n’épargne pas les grands noms, comme Wachovia, Bank of America et Citigroup qui l’ont encore prouvé cette semaine.
Les banques centrales « ne peuvent pas dire où se trouvent les prochaines pertes qui seront annoncées », souligne M. Vergnaud. Pour Cyril Regnat, les banques centrales ont également agi trop tard pour alléger les tensions sur la demande de crédit qui surviennent en fin d’année. Les banques doivent alors publier leurs comptes et tendent à conserver leurs liquidités plutôt que de les prêter.
« Mais juste après la fin de l’année, on aura une forte baisse des taux interbancaires. C’est surtout ça qui jouera dans le sens d’une normalisation » du marché du crédit, estime M. Regnat. À trop distribuer de liquidités, les banquiers centraux se verraient aussi rapidement accusés de récompenser la prise de risque inconsidérée de certains investisseurs qui ont investi dans des titres financiers liés au secteur immobilier américain.
Autre difficulté : agir sans attiser encore plus l’inflation, qui s’est accélérée et atteint 3,5 % sur un an en octobre aux États-Unis, et autour de 3 % en zone euro en novembre. D’où une marge de manœuvre limitée. Le président de la Réserve fédérale de New York, Timothy Geithner, a indiqué jeudi que lui et ses confrères réfléchissaient à l’opportunité d’élargir la gamme des outils à leur disposition pour augmenter les liquidités sur les marchés.
Si l’économie américaine continue de ralentir, comme s’y attendent les analystes, la Fed devrait aussi procéder à de nouvelles baisses de son taux directeur pour éviter une récession, tandis que la BCE devrait se contenter du statu quo, prévoient les analystes. « Il devient difficile d’échapper à la conclusion que les banques centrales ont perdu au moins une part de leur maîtrise sur les conditions monétaires », indique la banque d’affaires Goldman Sachs dans une note.
À l’inverse, Éric Vergnaud estime que les banques centrales ont bien « réaffirmé leur rôle de prêteur en dernier ressort » en apportant des liquidités au moment où les rouages des marchés financiers s’enrayent.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats L’action coordonnée de cinq grandes banques centrales pour tenter de conjurer la crise du crédit a eu pour le moment un impact décevant, démontrant que les craintes sur l’exposition des banques à la crise immobilière américaine restent vivaces. « On a tous conscience que l’action de la Banque centrale européenne (BCE) a été insuffisante », remarque Cyril Regnat, stratège de Natixis interrogé par l’AFP. « Il est trop tôt pour juger », tempère Éric Vergnaud, analyste de BNP-Paribas, jugeant qu’il faut attendre l’entrée en vigueur des décisions prises par les banques centrales la semaine prochaine.
Les taux d’emprunt interbancaires n’avaient que marginalement reculé hier après l’annonce deux jours auparavant d’une action conjointe par la Réserve fédérale (Fed), la Banque centrale européenne...