De report en report, la séance parlementaire pour l’élection d’un président semble devoir attendre le printemps 2008. Si une solution rapide n’est pas trouvée avant la fin du mois, le Parlement sera dans l’impossibilité de tenir une réunion plénière, la session ordinaire prenant fin à la fin du mois en cours. La prochaine session ne s’ouvrira qu’à partir du 15 mars et entre les deux dates, le Parlement ne peut tenir une session extraordinaire que si le président de la République décide de signer un décret en ce sens. Or, le Liban n’a pas de président depuis le 24 novembre et les prérogatives présidentielles ont été transférées officiellement au gouvernement actuel dont la légitimité est contestée par l’opposition. Autrement dit, celle-ci n’est pas prête à reconnaître la légalité du décret de l’ouverture d’une session parlementaire extraordinaire s’il est signé par le gouvernement actuel. Dans ces conditions, il ne sera pas possible d’élire un président consensuel après le 31 décembre, et ce jusqu’à la mi-mars. C’est sans doute la raison pour laquelle le général Michel Aoun a déclaré lundi, après la réunion hebdomadaire de son bloc parlementaire, que l’élection est probablement reportée jusqu’à la nouvelle année. Il n’a sans doute pas voulu être plus précis pour ne pas inquiéter la population outre mesure, mais il ne faudra apparemment rien attendre au cours des deux premiers mois de l’année 2008. À moins qu’un accord de dernière minute ne soit trouvé. Ou qu’une partie, notamment la majorité, ne décide de procéder à une démarche unilatérale.
Pour l’instant, et en dépit des rumeurs qui circulent dans ce sens, cela semble toutefois peu probable, car aucune partie ne souhaite remettre en cause le statu quo sécuritaire actuel. Selon des sources proches de l’opposition, les négociations menées sous l’égide du ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, avaient pourtant bien avancé. La majorité, précisent ces sources, avait pratiquement admis la nécessité de former un gouvernement d’union nationale de trente membres qui accorderait douze portefeuilles à l’opposition, quatorze à la majorité et quatre au président de la République qui contrôlerait ainsi l’équilibre au sein du Conseil des ministres en faisant pencher la balance vers un camp ou l’autre, selon les sujets abordés. Le climat général était donc à l’entente et il restait encore deux points en suspens : l’identité du futur Premier ministre et le processus d’amendement constitutionnel. Pour l’opposition, celui-ci devait se faire indépendamment du gouvernement ou alors sous la condition expresse de la démission de l’actuel gouvernement pour qu’il se contente de gérer les affaires courantes, alors que la majorité insistait sur la nécessité que le processus passe par le gouvernement et consiste en une reconnaissance indirecte de sa légitimité. Ces subtilités constitutionnelles avaient même eu raison de la patience du ministre Kouchner qui, lui, voulait à tout prix aider les Libanais à trouver des solutions.
Le climat semblait donc globalement positif, affirment les sources proches de l’opposition, jusqu’à la rencontre nocturne entre le chef du Courant du futur, Saad Hariri, et le chef des Forces libanaises, Samir Geagea. Un communiqué rejetant toute concession de la part de la majorité avait d’ailleurs été publié à partir de Meerab, et Saad Hariri s’est ensuite rendu en Arabie saoudite, rendant les négociations avec l’opposition, via le président de la Chambre, encore plus difficiles. Des sources de l’opposition croient savoir qu’au-delà des problèmes purement internes, dus à l’aggravation de la crise de confiance entre les deux parties, un bras de fer syro-saoudien se profile à l’horizon. Selon ces sources, un dialogue interpalestinien entre l’Autorité représentée par Mahmoud Abbas et l’opposition conduite par le Hamas est sur le point d’être entamé sous l’égide de l’Arabie saoudite, dans le sillage de la conférence d’Annapolis. Dans ce contexte, Ryad souhaiterait que Damas fasse pression sur le Hamas pour que cette organisation fasse des concessions à Abbas. Or, Damas ne semble pas décidé à se lancer dans cette voie, alors que ses relations sont encore mauvaises avec Ryad. Résultat : le Liban est la scène privilégiée où s’affrontent les enjeux régionaux et internationaux. Si, d’ici là, les relations entre les deux pays ne s’améliorent pas, on voit d’ailleurs mal comment Saad Hariri, s’il était désigné Premier ministre du nouveau gouvernement, pourrait se rendre à Damas pour le prochain sommet arabe qui doit se tenir dans la capitale syrienne à la fin du mois de mars...
Pour toutes ces raisons, l’élection présidentielle, sur base consensuelle, ne semble pas imminente et ne pourrait avoir lieu avant le printemps prochain.
En espérant toutefois que le prochain printemps de Beyrouth soit plus prometteur que celui de Damas.
Scarlett HADDAD
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