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Actualités - Opinion

Opinion Le Hezbollah serait-il sacrifié sur l’autel syrien ? Par Farès SOUHAID Ancien député

Que les Libanais se souviennent… En 1992, l’actualité était essentiellement axée, au plan local, sur les élections législatives et au niveau régional sur la conférence de Madrid. À cette époque, les chrétiens ont refusé de participer à des élections imposées par la Syrie sur base d’une loi électorale inique qui ne pouvait que déboucher sur une Chambre non représentative. Les chrétiens misaient sur la non-participation de Damas à la conférence de Madrid. Ils estimaient qu’un désaccord américano-syrien leur permettrait de faire face à la machine mise en place par le régime syrien et qui avait essentiellement pour but de générer une classe politique dans son écrasante majorité prosyrienne. Alors que le bras de fer entre ceux qui prônaient le boycott des élections et la Syrie avait atteint son apogée, Hafez el-Assad effectuait une visite éclair au Caire et informait les Américains de sa décision de participer à la conférence de Madrid. Les retombées de cette donne furent spectaculaires : Washington soutenait l’organisation des élections législatives parrainées par la Syrie. Et la première séance parlementaire se tenait en présence, notamment, des ambassadeurs des États-Unis et de France et du nonce apostolique. La conséquence immédiate de ce scrutin était la mise à l’écart des chrétiens sur l’échiquier local. Ce n’est qu’en l’an 2000, après le retrait des troupes israéliennes, le premier appel des évêques maronites et la formation du Rassemblement de Kornet Chehwane qu’ils effectuaient un retour timide sur la scène politique. Aujourd’hui, l’événement au plan local est axé sur la présidentielle. Et au niveau régional, c’est la conférence d’Annapolis, qui vient de se tenir non loin de Washington, qui continue de focaliser l’attention des observateurs. Les principaux courants et pôles politiques du pays mettent l’accent sur la nécessité d’organiser le scrutin présidentiel dans les délais les plus brefs, soulignant que cette échéance devrait avoir principalement pour but de mettre fin à neuf ans de mainmise syrienne sur le palais de Baabda, par le biais du général Émile Lahoud. Ces courants et pôles politiques espèrent que l’élection d’un nouveau président marquerait le point de départ de l’édification d’un État souverain, équitable, fondé sur l’accord de Taëf et le respect des résolutions onusiennes, notamment les 1559 et 1701. Dans le camp opposé, le Hezbollah tente d’imposer ses conditions. Il souligne, d’abord, qu’après l’élection d’un nouveau président, le gouvernement qui sera mis en place devrait informer la communauté internationale que les résolutions 1559 et 1701 ont été déjà appliquées. Or la communauté internationale insiste toujours sur le désarmement du Hezbollah, lequel prétend que ses armes sont sacrées et qu’il ne constitue nullement une milice mais une résistance. Quand Dieu est en compétition avec la loi, c’est Dieu qui gagne ! Parallèlement, le Hezbollah considère en outre tout à fait plausible une cohabitation entre l’État légitime présidé par le nouveau président et l’État du Hezbollah, selon le modèle préétabli lors de la présence syrienne. Le Hezbollah estime également que l’État légitime devrait épauler et aider l’État du Hezbollah au nom de la « bonne cause ». Cette situation que le Hezbollah tente d’imposer a pour but final de phagocyter l’État, de le soumettre à des pressions d’ordres politique et sécuritaire, afin de le réduire à un simple instrument à son service, faisant fi ainsi des autres communautés. L’ambition du Hezbollah ne s’arrête certainement pas là. Le parti incrimine tous ceux qui ne partagent pas sa vision politique et culturelle. Une complication majeure est venue se greffer aux ambitions du Hezbollah. Elle ressemble à celle vécue par les chrétiens en 1992. La Syrie a ainsi accepté de participer à la conférence d’Annapolis, contrairement à l’Iran. Dans ce contexte, depuis le début de l’initiative française, la Syrie adresse des signaux inquiétants au Hezbollah. Sous la pression occidentale, elle accepte de faciliter l’élection d’un nouveau président et obtiendrait en contrepartie sa réhabilitation au sein du monde arabe (le sommet arabe de 2008 aura lieu à Damas) et du monde occidental (la participation à Annapolis). Dans le même temps, le régime syrien a envoyé un message musclé au Hezbollah par le biais d’Ahmad Jibril, menaçant le parti chiite de troubles à Borj Brajneh au cas où l’Iran s’opposerait aux manœuvres de la Syrie. Cette menace syrienne a d’ailleurs été critiquée par Hassan Nasrallah dans son dernier discours. La Syrie a, par ailleurs, accepté le départ silencieux de Lahoud du palais de Baabda sans pouvoir monnayer cette carte qu’elle essaie d’utiliser depuis septembre 2004. Et, pour compléter le tableau, l’armée libanaise affiche son appui au gouvernement Siniora. Le Hezbollah sera-t-il sacrifié sur l’autel syrien ? Abou Hadi serait-il plus important qu’Abou Ammar aux yeux du régime syrien ? Des questions auxquelles les jours qui viennent ne devraient pas tarder à apporter des réponses.
Que les Libanais se souviennent… En 1992, l’actualité était essentiellement axée, au plan local, sur les élections législatives et au niveau régional sur la conférence de Madrid. À cette époque, les chrétiens ont refusé de participer à des élections imposées par la Syrie sur base d’une loi électorale inique qui ne pouvait que déboucher sur une Chambre non représentative. Les chrétiens misaient sur la non-participation de Damas à la conférence de Madrid. Ils estimaient qu’un désaccord américano-syrien leur permettrait de faire face à la machine mise en place par le régime syrien et qui avait essentiellement pour but de générer une classe politique dans son écrasante majorité prosyrienne.
Alors que le bras de fer entre ceux qui prônaient le boycott des élections et la Syrie avait atteint son apogée,...